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03/03/2017 09:29 EST | Actualisé 03/03/2017 09:29 EST

Course à l'armement: le coup d'accélérateur de Donald Trump

L'annonce de Donald Trump n'aura pas un effet stabilisateur sur la planète. Malheureusement, le fait d'avoir plus de soldats, de bateaux ou d'avions ne fait pas en sorte que vos adversaires ont peur de vous.

On parle souvent de «course à l'armement» et cette semaine on a eu droit à un bon coup d'accélérateur de la part du pilote Donald Trump, qui vient de renforcer l'avance de son écurie de 54 milliards de dollars, une hausse de 9%. De quoi faire crier «Ma parole!» à Pierre Houde.

Si on tient compte des annonces précédentes - demandes (ou ordres) aux pays de l'OTAN d'atteindre le 2% de leur PIB convenu ou encore la «mise à niveau» des capacités nucléaires - on constate que la course à l'armement va s'accélérer considérablement au cours des prochaines années. En fait, depuis 2001, les dépenses militaires mondiales ont augmenté drastiquement, malgré une brève accalmie de 2012 à 2014, selon le SIPRI. Les hausses des tensions militaires en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient ont fait augmenter la demande d'armes de façon spectaculaire, comme en témoigne le fait que l'Arabie saoudite a dépassé la Russie en dépenses militaires en 2015. Donnons-nous une tape dans le dos pour avoir tiré profit de cette demande en vendant des véhicules blindés qui ne serviront certainement pas à bafouer les droits de l'Homme dans ce pays connu pour le progressisme de sa société. Oui, c'est du sarcasme.

Avec un budget de 596 milliards de dollars en 2015, les États-Unis franchiront sans aucun doute le cap des 600 milliards en 2017, loin devant la Chine, l'adversaire déclaré du président américain, avec ses 214 milliards selon les estimations du SIPRI (les données chinoises réelles ne sont pas publiques). Considérant que ces pays mettent respectivement 3,3 et 2% de leur PIB en dépenses militaires, celles-ci ne représentent finalement pas un poids excessif sur leurs économies nationales, ce qui n'est pas particulièrement rassurant si vous êtes pacifiste, mais au contraire alléchant si vous êtes un actionnaire d'une compagnie d'armement.

L'annonce de Donald Trump n'aura pas un effet stabilisateur sur la planète.

L'annonce de Donald Trump n'aura pas un effet stabilisateur sur la planète. Malheureusement, le fait d'avoir plus de soldats, de bateaux ou d'avions ne fait pas en sorte que vos adversaires ont peur de vous et font tout ce que vous demandez; la vie réelle n'est pas comme le jeu de stratégie Civilization (du 1 au 6, je vous laisse le choix). Les gouvernements de la Chine, de la Russie, de l'Iran et probablement d'autres pays ne resteront pas les bras croisés en se disant «Wow, on fait quoi?». Ils ajusteront leurs dépenses pour répondre à cette annonce. Et par la force des choses, les dépenses des pays qui se sentent menacés par ces derniers le feront également (Ukraine, pays baltes, Japon, Arabie saoudite, etc.). L'augmentation des dépenses militaires par votre voisin avec qui vous n'avez pas particulièrement une bonne entente est généralement perçue comme une menace. Si vous n'avez pas les moyens de suivre, vous allez chercher des alliés pour vous protéger. Les risques d'escalades sont réels et l'Histoire nous montre qu'une course aux armements est généralement plus inquiétante à regarder que le Grand Prix du Canada et que les conséquences sont beaucoup plus dévastatrices.

On peut se demander si le président Trump est vraiment isolationniste. Pour être honnête avec vous, je crois qu'il l'est autant qu'un repas de type fast-food est santé. Ce n'est pas parce que vous avez de la laitue dans votre burger qu'il est bon pour votre corps; ce n'est pas parce qu'il fait la promotion de l'«America first» que le Donald ne sera pas interventionniste. Un pays n'achète pas des F-35 pour les faire parader le jour du Superbowl et n'augmente pas le nombre de soldats pour les envoyer en vacances sur une île du Pacifique.

La volonté affichée durant la campagne par le président d'intervenir directement en Syrie et en Irak pour combattre l'État islamique semble être mise de côté pour le moment, notamment grâce au secrétaire de la Défense Jim Mattis, qui préconise plutôt une légère augmentation des troupes dans ces pays et une levée de l'interdiction de participer aux combats pour celles déjà présentes. Une belle économie!

Est-ce que le Congrès acceptera cette augmentation? S'il faut croire certains spécialistes, les plans militaires de Donald Trump demanderaient une augmentation de 250 à 300 milliards de dollars sur 4 ans, ce qui l'opposera nécessairement aux démocrates, mais aussi aux républicains soucieux de contrôler la dette nationale. Comme quoi il est plus facile de faire des promesses que de les appliquer. Un peu de nostalgie de l'époque des monarchies absolues dans votre café, M. Trump?

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