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12/06/2015 09:16 EDT | Actualisé 12/06/2016 05:12 EDT

Grèce-Russie: un rapprochement facilité par des liens historiques et culturels

Pousser la Grèce vers la sortie, c'est la jeter dans les bras de la Russie. Aux Européens de se montrer suffisamment sages pour aider la Grèce à se relever plutôt que de la perdre définitivement.

L'économie et les relations internationales sont deux domaines totalement interconnectés. L'un détermine souvent l'autre. La question grecque en est la preuve évidente.

Si les décideurs européens ont pu considérer que le Grexit, c'est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro, pourrait être le moyen de se débarrasser de ce caillou dans la chaussure de l'économie européenne, les principaux risques liés à la santé des institutions financières européennes ont été écartés et le coût économique pour la zone euro de cette éventuelle sortie est minimisé.

Le gouvernement grec, sentant que la menace d'une sortie du pays de la zone euro en cas de désaccord irréconciliable, effraie de moins en moins les décideurs européens et cherche à muscler son jeu pour maintenir le rapport de force. Or, dans un contexte de fortes tensions entre Union européenne et États-Unis d'un côté, et Russie de l'autre, Alexis Tsipras effectue un rapprochement avec Vladimir Poutine.

Ce rapprochement entre les deux hommes est facilité par de forts liens historiques et culturels entre la Russie et la Grèce.

Bien sûr, il y a d'abord la fraternité orthodoxe qui lie ces deux pays et qui explique beaucoup les liens dans l'histoire des deux pays depuis le 19e siècle. Selon les statistiques des deux pays, une écrasante majorité de Russes et de Grecs se déclarent fidèles de l'Eglise orthodoxe: 70% des Russes pour 95% des Grecs.

Mais l'histoire militaire des deux pays est aussi très liée. Ces deux pays ont payé un très lourd tribut dans leur combat face aux troupes nazies qui les avaient envahi pendant la Seconde Guerre mondiale. Immédiatement après la guerre 1939-1945, la guerre civile grecque (1946-1949) a vu s'opposer les monarchistes soutenus par l'ouest et les communistes soutenus par l'est, ce qui explique les liens traditionnels entre l'extrême gauche grecque, à laquelle appartient Alexis Tsipras et son parti Syriza, et la Russie, héritière de l'URSS.

Ces deux entités partagent encore aujourd'hui une certaine hostilité vis-à-vis des États-Unis, qui explique le positionnement singulier en Europe de Tsipras sur la question ukrainienne. Face aux sanctions européennes contre la Russie, Tsipras déclarait: «pour résoudre cette crise profonde, il faut abandonner le cercle vicieux des sanctions, qui ne contribuent pas à la défense du droit international».

Plus concrètement, les intérêts des deux pays à une entente sont évidents. Le 8 avril dernier, la rencontre entre Tsipras et Poutine a démontré la volonté de deux régimes d'afficher leur rapprochement et leur aide mutuelle, dans deux domaines économiques en particuier.

D'abord, la création du Turkish Stream, en remplacement du South Stream, évoquée lors la visite à Moscou du ministre grec de l'Énergie, Panagiotis Lafazanis, est confirmée. Ce futur pipeline majeur passera bien par la Turquie et la Grèce, ce qui lui permettra d'obtenir une situation stratégique dans le secteur de l'énergie en Europe. Parallèlement, en mars dernier, Nicos Anastasiades et Poutine ont signé un accord relatif à la possibilité pour la marine russe d'utiliser les ports de Chypre.

Ensuite, les économies des deux pays dans les secteurs de la finance, du commerce et du tourisme vont intensifier leurs échanges. Les marchés publics grecs de privatisation seront ouverts aux entreprises russes et l'embargo russe sur les produits agricoles européens sera assoupli en ce qui concerne les produits grecs.

Signalons enfin que le rétropédalage de Tsipras sur son refus de continuer la privatisation du port du Pirée, au profit de la société de fret maritime chinoise Cosco, n'est pas tant le signe d'une victoire de Bruxelles dans son bras de fer avec Athènes, mais plutôt comme une main tendue des Grecs vers la Chine, qui lui a renvoyé l'ascenseur en achetant 100 milliards d'euros de bons à court terme grecs.

Bien sûr, la Grèce n'a pas franchi le pas de demander une aide financière directe de la Russie, mais elle montre clairement que si l'Union européenne se désolidarise de son sort, elle cultive l'ambiguïté de son jeu. Tsipras déclarait: «la Grèce n'est pas une mendiante qui va de pays en pays pour leur demander de régler ses problèmes économiques et une crise économique qui ne concerne pas seulement la Grèce mais qui est une crise européenne [...] La Grèce est un pays souverain qui a le droit inaliénable de mener une politique étrangère multidimensionnelle et de chercher à jouer un rôle géopolitique.»

Il est maintenant admis par tous qu'un défaut partiel sur la dette grecque sera inévitable pour mettre un terme à la spirale infernale de l'économie grecque. Pousser la Grèce vers la sortie, c'est la jeter dans les bras de la Russie. Aux Européens de se montrer suffisamment sages pour aider la Grèce à se relever plutôt que de la perdre définitivement.

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