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05/05/2015 11:43 EDT | Actualisé 05/05/2016 05:12 EDT

Ma rencontre avec PKP

Je désire partager mes impressions sur cet homme politique particulier et proposer aux péquistes mes réflexions sur cette course à la chefferie qui aura un grand impact sur l'ensemble du mouvement indépendantiste.

Ayant eu la chance de discuter avec Pierre Karl Péladeau à Montréal, à la suite de l'événement indépendantiste «Entêtés d'avenir» l'automne dernier, l'idée m'est venue de vous en dresser un bref portrait ainsi que d'énoncer quelques idées qui me paraissent importantes avant le jour J.

Je désire en effet partager mes impressions sur cet homme politique particulier et proposer aux péquistes mes réflexions sur la suite et la fin de cette course à la chefferie qui aura un grand impact sur l'ensemble du mouvement indépendantiste.

L'indépendance bientôt ou pas?

L'atmosphère était légère : PKP et moi dégustions une bière de micro-brasserie et aucun journaliste ou attaché politique n'était dans les parages pour surveiller ses moindres paroles. Je dois d'ailleurs reconnaître la simplicité et la disponibilité du personnage. Lui faisant remarquer que je milite chez Option nationale car je désire, comme beaucoup de gens, un plan d'accession à l'indépendance clair et structuré, il m'exprima son désaccord. Prétextant que le peuple québécois n'était pas prêt pour cela, que notre mouvement partait de trop loin et qu'on devrait d'abord expliquer la cause en détail, il a dit préférer parler, par exemple, de souveraineté économique et culturelle.

Évidemment insatisfait de cette réponse timide et non-confiante (alors que les indépendantistes les plus pressés portent leurs espoirs en lui), je l'ai relancé pour connaître son opinion sur la tenue d'un référendum à court terme. J'ai tenté de lui rappeler le cas écossais, où le camp du OUI a vu ses appuis passer de 25% environ à 45% en trois ans seulement. Cela ne l'a pas ému, et encore moins l'idée de l'élection référendaire. Je fus bien étonné que son discours ressemble un peu à celui de la CAQ de François Legault : les Québécois ne sont pas prêts, le fruit n'est pas mûr, etc. Au moins, il semblait vouloir préparer la chose mais ne semblait pas enclin à réaliser le pays dans un premier mandat, à moins de circonstances exceptionnelles.

Un entourage à surveiller

Au-delà de l'homme qui a ses qualités, ses défauts et qui peut toujours changer d'idée et améliorer son programme, il y a son entourage qui est aussi à considérer. Les militants du Parti québécois ont négligé cet aspect en choisissant leurs précédents leaders. On remarque pourtant que l'entourage du chef a eu malheureusement plus d'influence sur les décisions du parti que la grande majorité des militants depuis 10 ans.

Parmi les membres les plus influents de l'équipe se trouvent de nombreuses personnalités ayant œuvré aux côtés d'André Boisclair ou encore de Pauline Marois. Or, les militants sont en droit de se demander s'il est sage que le favori s'entoure, entre autres, de personnes ayant conduit le PQ à de dures défaites. En outre, plusieurs députés ont vivement critiqué l'attitude des proches de Mme Marois qui agissaient en vase clos pendant la campagne électorale de 2014 et camouflaient les stratégies même aux candidats d'envergure.

Espérons que la structure politique et l'attitude des nouveaux dirigeants favorisera davantage de décentralisation et de collégialité dans la prise de décisions importantes.

Le danger du culte du messie

Ce qui frappe le plus est évidemment la popularité, toujours élevée, de Pierre Karl Péladeau, qu'il fasse de bons coups ou pas. Pourtant, son plan d'accession à l'indépendance ne s'est guère précisé jusqu'à présent, outre quelques idées économiques provincialistes (que tout gouvernement normal pourrait réaliser) et quelques éléments de mobilisation.

Sur ce dernier point, on peut se demander si PKP connaît bien son propre mouvement. En effet, il désire créer un institut de recherche sur l'indépendance... mais pourquoi réinventer la roue? Ignorait-il que d'excellents instituts nationalistes existent déjà, comme l'Institut de recherche sur le Québec (IRQ) et l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC)? Que ces organisations regroupent des intellectuels accomplis tels que Charles-Philippe Courtois et Robert Laplante, qui n'attendent que d'avoir des fonds respectables pour augmenter la fréquence de leurs publications? Monsieur Péladeau aurait peut-être eu intérêt à les financer plus tôt...

Il serait pour le moins risqué que PKP reçoive un chèque en blanc des membres (lire ici : une victoire dès le premier tour).

Cela risquerait de lui donner «le droit» d'ignorer les autres équipes après la course. Ce serait une grave erreur, car elles ont toutes démontré jusqu'à présent une bonne capacité de vulgarisation et une grande maîtrise de plusieurs dossiers.

On imaginerait très bien, par exemple, un Alexandre Cloutier au ministère de l'Éducation, une Martine Ouellet aux Ressources naturelles ou à l'Économie, et un Pierre Céré au ministère du Travail. Les membres ont donc tout intérêt à leur accorder des fonds et des votes de manière substantielle afin de réduire l'écart entre le premier aspirant et les autres, assurant ainsi à ces derniers de conserver de l'influence au terme de l'épreuve. Le mouvement indépendantiste aura définitivement besoin de chacun d'entre eux. De plus, je trouve normal que les candidats débattent avec vigueur, car la course devient ainsi un bon entraînement pour tous. La politique n'a rien de facile et nous aurions tort d'essayer de leur faciliter les choses : ça ne ferait que les rendre plus faibles.

Enfin, comme l'a dit Bernard Drainville avant de changer brusquement d'idée et de se joindre au clan Péladeau, ma dernière mise en garde s'adresse aux personnes qui voient en PKP un messie qui réglera tous les problèmes d'un coup de baguette magique: il aura au contraire besoin de toute l'aide qu'il peut recevoir, s'il gagne, car l'indépendance ne se fera jamais grâce à seulement quelques bons discours d'un chef connu.

Il faudra un travail monumental sur le terrain de tous les indépendantistes afin de convaincre plusieurs centaines de milliers d'indécis que l'indépendance du Québec est dans notre intérêt à tous. Chaque personne qui croit en cette cause devra maîtriser parfaitement l'argumentaire afin d'en discuter avec parents, amis, collègues et même voisins. Il faudra le faire avec courtoisie, respect, écoute et enthousiasme. Enfin, il faudra rappeler les liens entre le quotidien des gens et l'idée moderne de pays.

Bref, peu importe qui gagnera cette course, nous aurons tous beaucoup de pain sur la planche dès cet été et les militants péquistes devront redoubler d'efforts pour convaincre leurs leaders de refaire de l'indépendance LA priorité de leur parti, non seulement en paroles, mais aussi en actes.

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