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30/01/2014 12:50 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Québec solidaire et Option nationale, deux identités bien propres

Depuis la fondation d'Option nationale (ON) à l'automne 2011, de nombreux politologues remettent en question la pertinence d'avoir sur la scène provinciale un 3e parti souverainiste. Selon eux, Québec solidaire (QS) et Option nationale défendent des idées similaires, dont l'indépendance du Québec et plusieurs mesures progressistes (nationalisation de certaines ressources naturelles, scrutin proportionnel, etc.). Certains espèrent même une éventuelle fusion entre ces deux entités. En tant que candidat pour le prochain scrutin, voici quelques raisons qui m'ont fait pencher du côté d'Option nationale.

Tout d'abord, QS et ON se distinguent par leurs origines respectives. Québec solidaire est fondé en 2006 par la fusion de différentes organisations. En effet, l'union des forces progressistes (elle-même formée du rassemblement pour l'alternative progressiste, du parti de la démocratie socialiste et du parti communiste du Québec) se joint à Option citoyenne en 2006. On retrouve conséquemment dans l'ADN de QS, entre autres, des féministes, des communistes, des syndicalistes, des marxistes-léninistes ainsi que de nombreux citoyens provenant des milieux communautaires. De plus, la formation de gauche est créée dans un contexte où de nombreux péquistes sont déçus par le «virage à droite» effectué au Parti québécois (PQ) depuis l'ère Bouchard, de 1996 à aujourd'hui. Ils convergent donc vers ce nouveau parti qui se donne comme priorité de critiquer le capitalisme.

Option nationale émerge, pour sa part, sur la scène politique à l'automne 2011. L'un des députés démissionnaires de la crise du PQ de juin 2011, Jean-Martin Aussant, décide de fonder un nouveau parti. Ce dernier a pour but de promouvoir à temps plein l'idée d'indépendance et d'en faire absolument son enjeu électoral principal lors de chaque élection. Rapidement, de nombreux indépendantistes n'ayant jamais eu le goût de militer (ou l'ayant perdu) se sentent séduits par la démarche frondeuse que propose le jeune parti souverainiste. En effet, les fondateurs d'ON proposent à l'électorat de rapatrier unilatéralement les lois, impôts et traités du Québec (L-I-T) par mandat électoral. Plusieurs aiment cette nouvelle approche, car elle témoigne d'une grande confiance envers le peuple québécois et démontre un aspect d'audace et de défi devant le fédéral. Autrement dit, ON demande au peuple de l'autoriser à enclencher le processus d'accession à l'indépendance dès l'arrivée au pouvoir pour foncer sans demander la permission d'Ottawa.

Une autre différence entre les deux formations est le type de candidats et de militants qu'elles attirent. Ces derniers vont souvent de pair avec les origines et les spécialités respectives de chaque groupe. Par exemple, lors du scrutin de 2012, plus des deux tiers, environ, des candidats de QS sont soit syndicalistes, soit enseignants ou encore issus du milieu communautaire. De son côté, Option nationale attire dans ses rangs, en 2011 et en 2012, beaucoup de diplômés et de professionnels issus de domaines plus variés. On y retrouve notamment des avocats, des informaticiens, des philosophes, des gestionnaires, des enseignants, des artistes, de jeunes entrepreneurs, etc. Bref, même si le jeune parti se considère surtout comme progressiste, il tente d'attirer en son sein des personnes provenant de tous les horizons.

En outre, chaque parti possède une plateforme unique et originale. Bien que plusieurs mesures de centre gauche soient incluses chez les deux partis, QS tente surtout de défendre une multitude de causes sociales dont l'environnement, les logements sociaux, l'égalité des chances, les PPP (partenariats publics-publics), la protection des droits d'auteur, la démocratie directe, l'intégration des nouveaux arrivants, l'enrichissement de l'Afrique, le rétablissement de la paix au Moyen-Orient, l'arrivée du farfadet avec un seau rempli d'or, l'élevage des licornes productrices d'arcs-en-ciel et... j'en oublie sans doute. De plus, QS propose une assemblée constituante où toute option (fédéraliste ou non) pourrait être inscrite en théorie dans une constitution entérinée ensuite par référendum.

Option nationale se démarque, pour sa part, sur le plan «identitaire» (ex. mesures de protection de la langue française, promotion de la culture québécoise, etc.) et au niveau de la route menant au pays. ON se concentre sur l'indépendance afin d'éviter de diviser son énergie dans plusieurs éléments alors que la question nationale manque de visibilité. Il faut des meneurs qui en parlent lorsque cela compte vraiment (on donne un «A» pour l'effort à madame Françoise David qui en a parlé pendant une grosse minute répartie lors du débat des chefs de 2012). L'objectif d'ON est aussi d'entamer la construction de l'État souverain dès l'arrivée au gouvernement. Plusieurs considèrent que cette démarche est inspirée des idées de Robert Laplante inscrites dans le pamphlet politique Revoir le cadre stratégique (2004). Ce dernier rappelle l'importance, pour le Québec, de contrôler ses propres lois avant la tenue d'un exercice aussi important qu'un référendum. Cette philosophie propose aussi d'adapter la stratégie du mouvement indépendantiste au contexte actuel plutôt que de s'entêter à reproduire une recette de type «grand soir» ayant échoué à deux reprises.

Enfin, d'un point de vue socio-démographique, Québec solidaire est surtout mobilisé au centre de l'île de Montréal. C'est là que la formation est parvenue à faire élire ses deux premiers députés pourfendeurs de méchants riches et d'entrepreneurs. Cependant, QS est beaucoup moins présent (voire pratiquement absent) dans le reste du Québec. ON tente, pour sa part, de créer des piliers de militants dans toute la province. Le parti est parvenu à organiser des exécutifs aux quatre coins du Québec et à obtenir des suffrages intéressants pour un jeune parti notamment à Québec, Trois-Rivières, Montréal, en Montérégie et en Abitibi.

Bref, plusieurs éléments démontrent que Québec solidaire et Option nationale ont chacun leur identité bien propre, que ce soit au niveau de leurs origines, de leur dynamique ou de leurs objectifs. On peut se demander si le mythe selon lequel les deux partis sont jumeaux provient réellement d'un constat objectif... ou s'il n'est pas plutôt issu d'un souhait désespéré d'unité au sein du mouvement indépendantiste. La probabilité d'alliances à court terme est cependant très faible depuis que les délégués de QS ont décrété, à leur congrès du printemps 2013, qu'ils ne feraient plus d'alliances électorales (malgré l'entente de 2012 entre QS et ON ayant aidé Françoise David à se faire élire). L'avenir nous dira quelle organisation parviendra à devenir la plus rassembleuse et à raviver la flamme des patriotes.

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