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08/10/2015 09:59 EDT | Actualisé 08/10/2016 05:12 EDT

Indépendance : l'alliance à travers l'expérience

Deux aspects m'apparaissent primordiaux pour le rassemblement des souverainistes: les alliances électorales et le militantisme de terrain.

Alors que Pierre Karl Péladeau semble vouloir changer la manière de mobiliser le Parti québécois pour faire la promotion de l'indépendance, la fameuse question de la convergence redevient peu à peu un sujet d'actualité.

Récemment, PKP était présent au lancement du Livre qui fait dire oui d'Option nationale. Il a également fait une conférence de presse pour officialiser le rôle que Véronique Hivon aura dans la «convergence des forces indépendantistes». Mais comment dépasser le stade des beaux discours et transformer des vœux pieux en actions concrètes?

Je vais aborder ici deux aspects qui m'apparaissent primordiaux pour le rassemblement des souverainistes: les alliances électorales et le militantisme de terrain.

Primaires ou alliances ponctuelles?

L'aspect sans doute le plus frustrant mais ô combien incontournable est celui de la prise du pouvoir. En effet, comment réaliser l'indépendance sans d'abord être élu au gouvernement du Québec? Et comment prendre le pouvoir sans alliance électorale, compte tenu de la division actuelle du vote indépendantiste au niveau provincial?

La question a été abordée par maintes personnalités. Puisque le PLQ n'est pas près d'instaurer le scrutin proportionnel d'ici la prochaine élection, il est souvent proposé de tenir des «primaires souverainistes», où un unique candidat serait choisi au terme d'une investiture multipartite dans chaque comté.

Là où le bât blesse dans ce procédé, c'est qu'on ignore s'il serait légal de fusionner les caisses électorales des différents exécutifs de circonscription (du PQ, de QS et d'ON) suite à l'investiture, chose nécessaire afin que les ressources financières de tous les partis soient au service de l'élu indépendantiste (l'argent demeure souvent le nerf de la guerre). De plus, les négociations pour déterminer la logistique risquent d'être ardues puisqu'actuellement, il est important pour les petits partis de présenter un candidat dans chaque circonscription, car cela influence énormément leur performance au niveau du total des suffrages dans tout le Québec, desquels dépend grandement leur financement public.

Une solution moins audacieuse mais plus réaliste serait de tenir plutôt des négociations dans quelques circonscriptions ciblées en impliquant tant les exécutifs concernés que les hautes instances de chaque formation. Ainsi, en identifiant les comtés où la division du vote fait le plus mal au mouvement (tels que Laurier-Dorion ou encore Nicolet-Bécancour), il serait possible de s'entendre pour laisser telle circonscription à X parti (comme Laurier-Dorion à Québec solidaire), en échange de quoi le parti X devrait faire le même compromis envers une formation Y dans un autre comté où cette dernière est mieux établie (QS accepterait par exemple de ne plus menacer l'élection du PQ dans Hochelaga-Maisonneuve).

Évidemment, il faudra du temps et beaucoup de bonne foi de la part de toutes les formations. Mais un autre ingrédient trop négligé pourrait augmenter les probabilités de succès du processus: le militantisme sur le terrain.

S'entraîner à travailler en équipe

Qui donc s'occupe des négociations? On l'oublie trop souvent, mais il s'agit d'êtres humains qui ont leurs qualités... et leurs défauts. Malheureusement, des caractères bouillants et des conflits de personnalité ont déjà entraîné, en tout ou partiellement, l'échec de négociations entre partis. À mon sens, la seule manière de réduire les risques de mésentente est de s'assurer que les militants et partis apprennent à se connaître AVANT d'entamer de complexes négociations.

D'ailleurs, l'élection fédérale actuelle est une occasion en or de réseauter et de discuter avec des membres de toutes les formations indépendantistes, et ce, partout à travers le Québec.

À moins que certains souverainistes soient tentés par une centralisation des pouvoirs vers Ottawa, il est clair que c'est sous la bannière du Bloc québécois que nous pouvons tous nous retrouver en ce moment. Point de ralliement naturel et unique sur la scène fédérale, le discours résolument indépendantiste, décentralisateur et environnementaliste du Bloc mise en grande partie sur nos points communs.

L'adage dit que les meilleures épées sont faites d'un alliage de différents métaux et forgées dans le feu le plus ardent. C'est selon moi la plus belle image qui doit inspirer nos actions: des gens de tous les âges, de tous les milieux et de toutes les opinions qui se battent ensemble pour la même cause. Durant cette élection, lorsque les bloquistes de toutes allégeances subissent les attaques contradictoires du NPD, lorsque les conservateurs déploient leur arrogance, lorsque les libéraux jouent à «Capitaine Canada», puis lorsque nous sommes accablés par le poids du labeur, que nous sommes exténués, fatigués et que nous subissons le feu nourri de nos adversaires, nous sommes plus soudés que jamais. Il n'y a rien de mieux que l'expérience du combat pour se tourner vers ses alliés naturels et constater non seulement nos points en commun, mais également que nos adversaires nous considèrent tous comme leurs ennemis. Des militants de Québec solidaire, d'Option nationale et du Parti québécois sont déjà entrain de tisser des liens en militant au Bloc. J'ai moi-même eu la chance d'y faire des rencontres inoubliables. Ces nouvelles amitiés ne sont pas factices, car elles sont forgées dans l'action, et elles demeureront bien vivantes après le scrutin.

La lame de fond

Lorsque l'élection fédérale sera terminée, il faudra cependant garder l'œil ouvert car, à moins d'une surprise majeure, le taux de participation sera encore une fois très faible. Une tonne de citoyens sont devenus allergiques aux partis politiques, qui sont bien imparfaits il faut l'avouer, Bloc inclus.

Les dures campagnes électorales et leurs défis nous poussent souvent à devenir partisans. On ne doit donc pas sous-estimer le potentiel que peut nous apporter la société civile. Bien que les organisations la composant reçoivent en général moins de visibilité médiatique, ses membres ont souvent un énorme plaisir à militer et on constate qu'en Écosse et en Catalogne, elle fût une actrice incontournable de la mobilisation populaire.

Tôt ou tard, il faudra de toute façon organiser des groupes non-partisans dans chaque circonscription, où tous pourront se retrouver sans étiquette afin de faire renaître le camp du Oui, de faire la promotion de l'indépendance à temps plein et de conquérir enfin notre pleine liberté politique.

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