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23/11/2013 10:02 EST | Actualisé 23/01/2014 05:12 EST

Qu'est-ce qu'on en à faire que Rob Ford fume du crack?

Depuis maintenant près de deux semaines, la consommation de crack du maire de Toronto semble obnubiler l'attention médiatique. Plus les commentaires se multiplient, plus l'on soulève la nécessaire démission du maire.

Il me semble qu'une question reste oubliée dans cette histoire.

Qu'est-ce qu'on en a foutre que Rob Ford fume du crack?

Je veux dire, en tant qu'individu, c'est un comportement qu'on recommande d'éviter, ça démontre un certain manque de préoccupation pour sa santé. À la limite, ça démontre que dans sa vie personnelle, il prend des décisions stupides, irresponsables.

Reste que j'ai un malaise. Parce que j'ai l'impression qu'en 2013, au Canada, on peut forcer un maire à démissionner, non pas parce qu'il fait preuve d'incompétence, non par parce qu'il tient des propos dangereux, non pas parce qu'il manque de respect à l'institution démocratique qu'il représente. Au Canada en 2013, on veut qu'un maire démissionne parce qu'on n'aime pas ses mœurs.

Loin de moi l'idée de défendre un homme qui aurait tenu ces propos en parlant des cyclistes: «My heart bleeds when someone gets killed, but it's their own fault at the end of the day». Mais je crois, que ce sont ces propos qui devraient forcer la démission d'un politicien, pas le fait qu'il fume du crack.

Imaginons pour un instant que Pauline Marois soit filmée en plein ébat sexuel; imaginons qu'un ancien amant de Stephen Harper raconte son plaisir pour la domination; imaginons que Amir Khadir ait visité un salon de massage érotique ou que Justin Trudeau fume d'énormes joints pour mieux dormir. Et si Denis Coderre jouait au poker en compagnie de David Desharnais? En quoi cela réduirait-il leurs capacités à assumer les charges publiques pour lesquelles ils sont mandatés?

Je crois qu'il existe des motifs tout à fait légitimes pour remettre en question la capacité de Rob Ford à gouverner. Ce qui m'énerve, c'est que derrière le discours encourageant la démission de Rob Ford, quelque chose comme du puritanisme déborde.

La consommation d'alcool, de drogues, de stupéfiants, les loisirs, les us et coutumes sexuels d'une personne n'ont rien à voir avec ses orientations politiques ou sa capacité à livrer ses mandats.

Ce puritanisme politique, il est partout. Dans la consommation de cocaïne de Boisclair, son homosexualité, les échanges de photos érotiques d'Anthony Weiner, la nature de la relation du couple Clinton, ou encore les loyers payés ou non de Daniel Breton. Médiatiquement, nous puons le conservatisme social. Dernièrement, le cas de la candidate Bibiane Bovet, de l'équipe Mélanie Joly, exprime parfaitement ce puritanisme médiatique.

On a énormément parlé du fait qu'elle fut une escorte, qu'elle avait changé de sexe, mais si peu du motif de son expulsion de l'équipe Mélanie Joly. L'autorité des marchés financiers enquêtait sur une entreprise louche à laquelle elle était associée.

Médiatiquement et socialement parlant, Bibiane Bovet est une prostituée transgenre bien plus qu'une personne qui fait l'objet d'une enquête pour des manœuvres financières douteuses.

Cette mise en scène du spectacle Ford ne nous révèle au final qu'une triste réalité. Une pétition de 250 000 signataires est moins lourde politiquement que de tourner un porno.

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