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09/05/2016 11:51 EDT | Actualisé 10/05/2017 05:12 EDT

Donald Trump veut renouer avec la Russie

Donald Trump, le favori des primaires républicaines aux États-Unis, a prôné le 27 avril 2016 une politique étrangère américaine moins interventionniste.

Donald Trump, le favori des primaires républicaines aux États-Unis, a prôné le 27 avril 2016 une politique étrangère américaine moins interventionniste.

«Ma politique étrangère placera toujours les intérêts des Américains et la sécurité de l'Amérique avant toute autre chose», a ainsi déclaré Donald Trump lors d'un discours à Washington.

«L'Amérique d'abord sera le thème majeur de mon administration. Nos alliés ne paient pas leur part», a-t-il aussi martelé, s'en prenant à l'OTAN.

Qu'on se le dise, Donald Trump a aussi promis de renouer le lien avec la Russie.

Dans cette perspective, il est assurément dans la même veine qu'Henry Kissinger qui milite pour l'intérêt mutuel de la Russie et des États-Unis.

Cela passe par la création des ponts et non des avant-postes entre chaque bloc.

De fait, l'Ancien secrétaire d'État de Nixon s'est inquiété des tensions entre Moscou et Washington après avoir rencontré le 4 février 2016, à Moscou, le chef de l'administration présidentielle russe Sergueï Ivanov.

Toute définition d'un nouvel équilibre global doit passer par un dialogue et même un partenariat respectueux entre les États-Unis et la Russie, a tenu à souligner Henry Kissinger. Et dans cette perspective, il pense naturellement à l'Ukraine et à la Syrie.

Dans cet esprit Kissinger note que «l'Ukraine a besoin d'être intégrée dans une architecture de sécurité européenne et internationale de sorte qu'elle serve de pont entre la Russie et l'ouest plutôt que d'avant-poste pour chaque camp».

Quant à Stephen F. Cohen, professeur émérite et historien de la Russie à New York et à l'Université de Princeton, il a prononcé le 18 novembre 2015 un discours dans lequel il a fustigé la politique anti-russe américaine menée depuis la fin de la Guerre froide et a milité pour la reconnaissance d'un mode multipolaire.

Dans ce cadre, le Président américain doit avoir un partenaire au Kremlin - pas un ami, mais un partenaire. C'était vrai au temps de l'Union soviétique, et c'est encore d'actualité aujourd'hui.

À ses yeux, mieux vaut les régimes autoritaires que le chaos, et une diplomatie fondée, non sur la confiance ou l'amitié feinte, mais sur le respect et des convergences équilibrées d'intérêts bien compris, précise l'experte en géopolitique Caroline Galactéros dans son blogue «Bouger les Lignes».

De même, Trump ne voit pas l'autorité ni le charisme comme des handicaps, mais comme des vertus pour guider et composer. La Russie est à ses yeux un État puissant, tenu par un pouvoir autoritaire légitime qu'il faut arrêter d'ostraciser.

Et Stephen F. Cohen de souligner, la chance d'un partenariat stratégique durable entre Washington et Moscou a été perdue au cours des années 1990 après la fin de l'Union soviétique. Et ce ne fut pas du fait de Moscou. Et qu'on y songe, la nouvelle Guerre froide qui se dessine aujourd'hui n'a rien à envier à la précédente.

Pour mémoire, l'épicentre de la Guerre froide précédente se trouvait à Berlin, et non à proximité de la Russie. Il y avait une vaste zone tampon entre la Russie et l'Occident en Europe de l'Est. Aujourd'hui, l'épicentre est en Ukraine, aux frontières de la Russie, fait judicieusement remarquer Caroline Galactéros

Washington franchit les Lignes rouges de Moscou

Pour mémoire, après la crise des missiles de Cuba, Washington et Moscou développèrent certaines règles de conduite mutuelle. Ils adoptèrent des rubicons encodés dans des traités ou des accords non officiels. Or, aujourd'hui on regrettera qu'il n'y ait aucune ligne rouge.

Les trois lignes rouges des Russes que les États-Unis refusent de prendre sont assurément matérialisées par tout à la fois l'extension de l'OTAN jusqu'aux frontières russes, le déploiement d'un bouclier anti-missiles en Europe et l'énergie que les États-Unis fournissent dans la promotion de la démocratie occidentale en Russie et dans les pays de la CEI, rappelle volontiers l'experte en géopolitique Caroline Galactéros.

Et dans ce contexte, pour Stephen Cohen, il n'existerait aujourd'hui aucune force politique anti-Guerre froide ou pro-Détente aux États-Unis. Voilà somme toute des positions convergentes que le candidat Donald Trump a l'intention d'appliquer.

«Nous ne pouvons pas avoir de politique étrangère sans diplomatie, une superpuissance comprend que la prudence et la retenue sont les véritables signes de force».

Lors de sa campagne électorale, Trump a critiqué avec virulence la décision d'envahir l'Irak en 2003, qualifiant l'invasion de catastrophe. «Nos amis et nos ennemis doivent savoir que si je trace une ligne rouge, je respecterai cette ligne rouge», a-t-il promis. Mais «contrairement à d'autres candidats présidentiels, la guerre et l'agression ne seront pas mon premier instinct», souligne-t-il.

Et ce dernier de conclure: «Nous ne pouvons pas avoir de politique étrangère sans diplomatie, une superpuissance comprend que la prudence et la retenue sont les véritables signes de force.»

Ce billet de blogue a initialement été publié sur le HuffPost France.

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