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20/04/2015 09:59 EDT | Actualisé 20/06/2015 05:12 EDT

L'ABC de la religion du Canadien de Montréal: les lettres M à P

Quand vient le temps des séries éliminatoires, ce temps glorieux où les barbes fleurissent, permettant ainsi de distinguer les hommes des enfants (et les hommes des femmes, accessoirement), de nombreux fidèles du Canadien planifient, seuls ou en groupes, un pèlerinage à l'Oratoire Saint-Joseph.

Inspiré par la belle Langue de puck de Benoît Melançon et pour conclure mes recherches sur la religion du Canadien de Montréal, j'ai rédigé mon ABC de la religion du Canadien, dont voici quatre autres lettres.

M comme «Miracles»

S'il est, dans la religion du Canadien, une chose certaine et digne d'être accueillie avec une entière confiance, c'est bien que les miracles arrivent. Petits ou grands, ils marquent forcément chaque saison du Canadien. Et les évangélistes, ceux et celles qui, jour après jour, soir après soir, mettent en récit la religion du Canadien, ne manquent pas de les raconter et de les réclamer: «Auteur de 48 arrêts, Carey Price a connu une sortie phénoménale. Il a réalisé plusieurs petits miracles. [...] René Bourque a prolongé sa période de résurrection.» Jean-François Chaumont (Le Journal de Montréal; 2 mai 2014). «Il est clair que le Canadien aura besoin d'un miracle de Carey Price. [...] Parce que les Bruins ont chassé les doutes...» (Yvon Pedneault. Le Journal de Montréal; 12 mai 2014). «Les fidèles qui croient au même genre de petit miracle cette fois-ci sont bien peu nombreux, mais dans le groupe, il y a bien sûr Brian Gionta.» (Richard Labbé. La Presse plus; 27 mai 2014).

Mais, même dans la religion du Canadien, les miracles ne sont ni obligatoires ni automatiques. Car ils semblerait, après tout, que les joueurs de hockey, même s'ils ont le CH tatoué sur le cœur,  même s'ils portent la Sainte-Flanelle, même s'ils s'appellent Jesus Price, sont des êtres humains comme les autres et qu'ils ont, malgré tout, certaines limites. Ce dont, il faut leur rendre justice, témoignent aussi les évangélistes.

«Price a beau réaliser des miracles... il ne peut pas stopper des tirs qui dévient deux fois sur Francis Bouillon. Après tout, il est humain.» (Yvon Pedneault. Le Journal de Montréal; 4 mai 2014. «En relève à Price, c'est à Dustin Tokarski, 24 ans, que le Canadien a demandé de réaliser des petits miracles. Mais il n'y a pas eu de petits miracles, et Tokarski a donné trois buts sur 30 tirs.» (Richard Labbé. La Presse plus; 20 mai 2014).

N comme «Noël»

Au soir de la première rencontre du Canadien dans la saison 2014-2015 (elle avait lieu à Toronto le 9 octobre), Céline Galipeau, au cours du Téléjournal de Radio-Canada, lançait le sujet en ces termes: «C'était Noël avant l'heure pour les partisans du Canadien.»

Elle voulait sans doute signifier que les partisans du Canadien recevait en ce jour d'octobre, soit bien avant le vrai jour et la véritable heure, le cadeau de Noël qu'ils et qu'elles avaient tant attendu (la dernière partie datait quand même du 29 mai, soit un peu plus de quatre mois plus tôt), tant espéré (même si les risques que l'événement n'ait pas lieu étaient plutôt minimes).

Mais il y avait plus dans ce lancement, bien plus qu'un simple cadeau de Noël. Il y avait de la religion, de l'espoir, de la confiance. Il y avait une bonne nouvelle qui serait pour tout le peuple bleu-blanc-rouge le sujet d'une grande joie. Il y avait tout le merveilleux de Noël, de cette nuit où l'inattendu se réalise, où l'improbable devient certain. Il y avait une forme d'Épiphanie quand le divin donne un nouveau sens à l'humain.

Car ce soir-là, ce n'était pas seulement le Canadien qui avait battu les Maple Leafs (il y a toujours dans ces parties plus qu'une rivalité entre deux clubs de hockey). Ce soir-là, c'était Montréal qui avait battu Toronto. Ce soir-là, c'était le français qui avait battu l'anglais. Ce soir-là, c'était tout le Québec qui prenait sa revanche. Ce soir-là, c'était Noël. Alléluia!

O comme «Oratoire Saint-Joseph»

Quand vient le temps des séries éliminatoires, ce temps glorieux où les barbes fleurissent, permettant ainsi de distinguer les hommes des enfants (et les hommes des femmes, accessoirement), de nombreux fidèles du Canadien planifient, seuls ou en groupes, un pèlerinage à l'Oratoire Saint-Joseph.

On ne sait pas exactement à qui ils demandent de l'aide, puisqu'il est difficile de «sonder les reins et les cœurs». Ce pourrait être à Saint-Frère-André à qui l'on doit l'Oratoire (on rappelle qu'il était portier, une fonction qui fait sens dans le monde du hockey). Ce pourrait être à Saint-Joseph, le père putatif de Jésus, à qui l'Oratoire est dédié. Ce devrait être à Dieu, directement (à qui il vaut mieux s'adresser, plutôt qu'à ses saints).

Mais on sait précisément comment ils demandent de l'aide: en montant à genoux les 99 marches des escaliers en bois menant à l'Oratoire et/ou (à choix) en allumant un lampion dans la chapelle votive consacrée à Saint-Joseph, soutien du Canadien, modèle des hockeyeurs, etc.

On fera remarquer qu'en agissant ainsi, les fidèles montrent peu de confiance dans le Canadien. Demander de l'aide de puissances surnaturelles, n'est-ce pas douter des habiletés des joueurs et des entraîneurs? Ils rétorqueront probablement que même si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal.

Mais, même en religion, les temps peuvent changer. Lors les séries 2014, le diocèse catholique de Montréal proposait d'allumer un lampion virtuel. Se doutait-il qu'il rendait ainsi le pèlerinage à l'Oratoire inutile?

P comme «Paradis et purgatoire»

Entre le paradis et l'enfer, le catholicisme a éprouvé le besoin d'un purgatoire, d'une sorte de salle d'attente sur le trajet vers le ciel. Les âmes pas assez mauvaises pour être envoyées en enfer, mais pas assez bonnes pour entrer directement au paradis, y séjournent le temps de purger leur peine.

Le Canadien a fait de même. Mais, plus stricte et plus sélective que le christianisme, sa religion (où il y a si peu d'élus et guère plus d'appelés) a besoin de moins d'espace. Ainsi, en guise de paradis, un seul vestiaire suffit à accueillir tous les élus (alors qu'il y a plusieurs chambres dans la demeure du père de Jésus). Mais il lui faut aussi, quand même un lieu où faire patienter les meilleurs des appelés (entendez notamment les joueurs repêchés par le Canadien), où leur permettre de ronger leur frein et de se faire les dents en attendant d'être admis au paradis. Il fallait un purgatoire et le Canadien a créé les Bulldogs de Hamilton, son club école.

On notera que le paradis et le purgatoire de la religion du Canadien posent trois questions ardues auxquelles même le meilleur théologien (on imagine bien qui il peut être) ne peut répondre:

  • Que vaut un paradis quand il précède l'Ascension? Certains élus (19 exactement) seraient-ils encore plus élus que d'autres pour que leur chandail soit accroché au ciel (ou au plafond du Centre Bell, ce qui fait tout de suite moins admirable)?
  • Un purgatoire doit-il vraiment permettre l'aller et le retour? Ceux qui ne sont, temporairement ou définitivement, plus dignes d'évoluer au paradis peuvent-ils y revenir?
  • S'il y a un paradis, s'il y a un purgatoire, le reste, tout le reste, relève-t-il forcément de l'enfer? Où y a-t-il une place pour un simple monde?

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