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27/08/2015 03:45 EDT | Actualisé 27/08/2016 05:12 EDT

Oui, Virginie Provost aime le sexe. Et puis?

Cette révélation est fort moins scandaleuse que la montée de lait que l'équipe d'Infoman et les médias en ont fait. Le message qu'on envoie en humiliant cette jeune candidate avec un détail qui n'a rien à voir avec le travail qu'elle veut faire, c'est que les femmes n'ont pas le droit d'affirmer leur sexualité sans conséquence.

C'est le scandale chez Infoman : dans un billet récent, Jean-René Dufort et son équipe ont dévoilé qu'une candidate bloquiste aime - attendez un moment que je reprenne mon souffle - le sexe!

Eh oui, autrefois, comme bien des adolescents, Virginie Provost a osé répondre à un sondage tout à fait ridicule en disant qu'en cas d'attaque nucléaire, elle apporterait son « cell, un pénis, ben des chips. »

Le tour est joué : Virginie Provost aime les pénis. Plus besoin de lui poser la question lors des entrevues qui suivront. Parce que quand une femme choisit la vie publique ou politique, en plus de commenter sur son physique, on a tendance à lui demander ce qu'elle mange, où elle achète ses jolies robes, et qui elle fourre.

Cette révélation est fort moins scandaleuse que la montée de lait que l'équipe d'Infoman et les médias en ont fait par la suite. Effectivement, le message qu'on envoie en humiliant cette jeune candidate avec un détail qui n'a absolument rien à voir avec le travail qu'elle veut faire, c'est que les femmes n'ont pas le droit d'affirmer leur sexualité sans conséquence.

Par contraste, notre comportement envers les hommes politiciens se distingue énormément. Quand Léo Bureau-Blouin a annoncé sa candidature à l'âge de 20 ans, on lui a posé des questions sur sa politique. On n'est pas allé chercher dans son historique de Twitter ou Facebook pour trouver des propos regrettables, qui, sans doute, existent. Quand on l'a critiqué dernièrement, c'était parce qu'on lui reprochait d'avoir appuyé Alexandre Cloutier dans la course pour la chefferie péquiste.

Malgré son implication avec le mouvement controversé du Printemps érable, qui a alimenté un débat assez provocateur sur les frais étudiants et les manifestations, on a toujours pris Léo Bureau-Blouin au sérieux. Même l'article qu'on a écrit à son sujet dans Clin d'œil n'a pas jugé bon de lui demander les mêmes questions banales qu'on pose aux femmes, surtout les politiciennes (on ne sait toujours pas c'est quoi son péché mignon du week-end ou son régime de soin de la peau, par exemple). Et si ce n'était pour le billet d'Herby Moreau, on n'aurait jamais su qu'il avait une conjointe en 2012, ce qui indique pourtant son affection pour les vagins.

La vie privée de Léo Bureau-Blouin n'a rien à voir avec sa job. Ça, c'est quelque chose qu'on entendra souvent pour justifier pourquoi on n'essaie pas de le gêner avec des détails sur sa sexualité.

Mais avec Virginie Provost, on a décidé que la même règle ne s'appliquait pas. Remarquez qu'on a dévoilé ce qu'elle a répondu au sondage; mais on n'a pas eu la politesse de l'interviewer, de connaître ses principes, ou de comprendre pourquoi elle se présente pour le Bloc. Avant tout, on a décidé de la mettre à sa place. La seule motivation à discerner dans cette affaire, c'est de dégrader une jeune femme qui, finalement, n'a rien dit de très méchant. Une stratégie assez puritaine, merci.

Oui, mais Virginie Provost, c'est une candidate politique qui devrait se comporter ainsi, me direz-vous? Alors les enfants de Pauline Marois, la progéniture de René Lévesque, le fils et la fille de Gilles Duceppe : ce sont des miracles d'une immaculée conception, peut-être? Croyez-vous que ces politiciens ont eu leurs enfants sans en retirer le moindre plaisir?

Ici, au Québec, on s'en prend aux femmes qui portent le hijab, mais on glorifie le bikini tout en se disant qu'on est la province la plus progressiste quant à l'égalité entre les hommes et les femmes. Mais ce bikini, il passe à peine quand une femme en porte un sur la couverture de Summum, puisqu'on ne la laisse pas s'en sortir sans lui rappeler que son choix n'est pas respectable.

Or, on en retient que la porteuse de bikini est seulement émancipée quand on lui donne la permission de l'être, quand elle porte son maillot « pour de bonnes raisons. » Autrement, la femme qui assume sa sexualité devrait avoir honte. C'est enfin ça que le billet d'Infoman nous laisse entendre.

Dites-moi encore, c'était quoi toute cette histoire avec le voile?

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