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09/06/2016 10:10 EDT | Actualisé 10/06/2017 05:12 EDT

Quand François Blais oublie tout de son passé universitaire

Selon le ministre François Blais, les principales accusations des détracteurs du projet de loi 70 sont au nombre de six. Or, parmi les six, il y en a qui sont de pures inventions du ministre, d'autres présentent une réponse très partielle à ce que le ministre appelle une «accusation» et, summum du summum, il y en a pour lesquels le ministre se doit de relire ce qu'il a lui-même écrit dans son livre Un revenu garanti pour tous.

Le ministre Blais semble avoir oublié les cours de rhétorique qui nous ont appris qu'un bon discours consiste à présenter honnêtement et avec respect les arguments de ses adversaires pour mieux en faire voir les failles et la «supériorité» des arguments que l'on défend soi-même.

Or, je mets au défi le ministre de citer un mémoire, une intervention publique où les détracteurs de son projet de loi ont affirmé que le programme Objectif emploi s'attaque à tous les assistés sociaux du Québec. Tout le monde a compris qu'il s'agissait des nouveaux demandeurs sans contrainte à l'emploi. Pourquoi sortir cet argument sinon pour tenter de nous faire passer pour des gens qui n'ont rien compris. Pour le respect, on repassera.

Puis pour démontrer qu'il est faux de dire que le programme Objectif emploi va appauvrir les plus pauvres, il ne parle que du côté givré de sa réforme, celui de l'allocation spéciale versée à ceux et celles qui s'inscrivent au programme et qui recevront effectivement une bonification. Il laisse de côté la pénalité qui pourrait s'élever jusqu'à 224 $ par mois. Quand la prestation de base est de 623 $, on parle tout de même d'une coupure de 36 %. Qui peut survivre au Québec avec moins de 400 $ par mois?

Il dit encore qu'il est faux de prétendre que le gouvernement obligera les assistés sociaux à occuper un travail pour lequel ils seront peu ou même pas du tout payés. Encore une fois, aucun opposant n'a dit ça. Par contre, François Blais 1ère version a bel et bien dit ça, mieux, il l'a écrit (et malheur à lui, les écrits restent): «Les politiques de type workfare ne font rien pour aider [les prestataires d'aide sociale], au contraire. Elles les forcent à occuper un travail qu'ils ne désirent pas et dans des conditions d'employabilité inférieures à celles des autres travailleurs, ce qui les enferme définitivement dans des statuts de citoyens de second rang» (page 95 de son livre). Si le ministre Blais regrette ses écrits d'universitaire, qu'il ne s'en prenne qu'à lui-même, pas aux opposants du projet de loi 70 qui ont surtout mis en doute la disponibilité des ressources pour véritablement aider les personnes à terminer le parcours qu'elles auront été forcées de prendre.

Le ministre nie que la démarche d'Objectif emploi soit punitive et qu'elle vise à faire des économies sur les plus pauvres. Le programme est pourtant en partie basé sur les coupures de prestations, on l'a dit, de 36 % si quelqu'un refuse de s'engager dans le programme. Le ministre Blais affirme même que les mesures volontaires ne donnent rien, en omettant de mentionner que le segment de population qui est le plus massivement sorti de l'aide sociale ces dernières années est celui des familles monoparentales et que c'est précisément le segment qui a été le mieux soutenu, avec le soutien aux enfants et la pleine indexation de leurs prestations. Ce n'est pas qu'en coupant les vivres aux gens qu'ils vont changer leur sort, c'est surtout en les soutenant adéquatement pour qu'ils puissent faire autre chose que lutter pour leur survie.

Le ministre nie même que le programme Objectif emploi nourrit les préjugés envers les assistés sociaux. Or, si le ministre choisit la voie de la coercition, n'est-ce pas parce qu'il considère que les «BS» restent assis sur leur cul toute la journée et qu'ils ont besoin de se faire botter le derrière pour s'activer, surtout les jeunes, avant qu'ils ne «s'habituent» à l'oisiveté. Encore ici, il importe de citer François Blais: «Le seul remède que nos gouvernants aient trouvé ces dernières années pour s'attaquer à l'inertie de certains prestataires fut le recours à la coercition ou à «l'activation», mais cette stratégie ne donne pas les résultats escomptés simplement parce qu'elle repose sur une conception simpliste et tout aussi bureaucratique de l'activité humaine» (page 76).

Enfin, le dernier argument du ministre est plus que discutable. Sur la question de la conformité aux chartes, il se substitue aux tribunaux, statuant que son programme passerait ce test puisque des pays parmi les plus progressistes (Suède, Norvège, Danemark, etc.) exigent aussi de la «réciprocité» des prestataires. Outre le fait que ça n'ait rien à voir, chaque pays ayant son système juridique propre, il oublie de dire que toute l'architecture de protection sociale de ces pays est bien différente et que les personnes assistées sociales sont beaucoup mieux soutenues qu'au Québec, ce qui n'est pas négligeable dans l'équation.

M. Blais, votre projet de loi 70 doit être retiré. Présentez-nous plutôt un programme de revenu minimum garanti comme le premier ministre vous l'a demandé lors de votre assermentation et que vous défendiez si bien au début des années 2000.

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