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29/04/2018 08:00 EDT | Actualisé 29/04/2018 08:00 EDT

Si la tendance se maintient... pas de proportionnelle en 2022!

L’essentiel, pour toute formation politique, c’est de prendre le pouvoir et de le garder.

bizoo_n via Getty Images

Puisque j'ai eu l'occasion, il y a près d'un an, de dire sur ce site tout le mal que je pense du mode de scrutin proportionnel, qu'on me permette tout d'abord de renvoyer le lecteur au commentaire que j'avais écrit alors à ce sujet redevenu depuis peu d'actualité.

Cet indispensable retour en arrière étant effectué, penchons-nous maintenant sur la décision prise dernièrement par le Parti québécois et Québec solidaire de s'engager à instaurer ce type de scrutin pour 2022. À condition, bien sûr, que l'un ou l'autre de ces deux partis réussisse à prendre le pouvoir cet automne, ce qui est loin d'être évident...

Ainsi, à en juger d'après les multiples sondages réalisés au Québec depuis environ un an, une tendance lourde se dessine en faveur de la Coalition Avenir Québec, dont les chances d'accéder pour la première fois au pouvoir cet automne sont bien réelles. Si ce scénario devait se concrétiser, cela signifie très clairement que la CAQ – qui est plus nationaliste que le PQ en ce moment ! – aurait réussi là où le PQ et QS auraient échoué, à savoir : canaliser le mécontentement populaire contre les libéraux. Aucun renversement de cette tendance n'étant en vue pour l'instant, il est donc peu probable que le PQ ou QS forment le prochain gouvernement – ni même l'opposition officielle à ce compte-là!

Actuellement classé au troisième rang, le PQ, dont les appuis ne cessent de baisser, recueille désormais tout juste les faveurs de 20 % des personnes interrogées, contre à peu près 10 % pour QS, qui arrive de ce fait en quatrième position. En tête de peloton, on retrouve la CAQ et le PLQ. Tous deux crédités peu ou près de 30 % des intentions de vote, ils occupent respectivement, presque à égalité, la première et la deuxième place sur la ligne de départ. Selon toute vraisemblance, l'un de ces deux partis devrait franchir victorieusement la ligne d'arrivée le 1er octobre, car il ne faut jamais compter les libéraux – qui ont l'assurance de pouvoir faire élire au moins une quarantaine de députés – pour battus d'avance, aussi impopulaires soient-ils. Par contre, il faudra probablement attendre jusqu'à la fin de la soirée électorale pour savoir lequel sera porté au pouvoir... et si nous aurons un gouvernement majoritaire ou minoritaire.

Pas besoin d'être prophète pour affirmer que le Parti québécois est à cinq mois d'un rendez-vous électoral qui risque d'être crucial pour son avenir.

Pas besoin d'être prophète pour affirmer que le Parti québécois est à cinq mois d'un rendez-vous électoral qui risque d'être crucial pour son avenir. Pourtant, cela n'empêche pas le moins du monde ses dirigeants de s'entêter sottement à vouloir emprunter le chemin des déboires plutôt que le chemin de plus en plus illusoire des victoires. Or, quel remède à une situation toujours plus préoccupante pour eux les stratèges du PQ ont-ils trouvé ces derniers temps ? Rien de mieux que d'envisager, d'un commun accord avec les responsables de QS – un parti qui, rappelons-le, a opposé l'an dernier une humiliante fin de non-recevoir au projet péquiste de convergence des forces souverainistes –, de changer le présent mode de scrutin. Comme s'il suffisait de tendre l'autre joue pour espérer amadouer un petit groupe de gauchistes dogmatiques, puis de jurer dans la foulée de renouveler une promesse non tenue par le passé pour escompter s'attirer soudainement la sympathie des électeurs ! Les Québécois seraient-ils dupes à ce point ? Auraient-ils déjà oublié que tous les partis politiques du Québec flirtent avec cette idée depuis des lunes sans que rien de concret n'ait été fait ? Et pour couronner le tout, osons poser la question qui tue : pourquoi les Québécois accorderaient-ils une fois de plus leur appui à un parti complètement déboussolé qui, faute d'avoir une forte volonté d'agir, persiste à se détourner de sa mission historique ?

Sous l'apparence de démocratie dont se drapent les ténors du PQ, se cache – encore une fois, hélas ! – un aveu de faiblesse et d'impuissance : sans s'en rendre compte, ils se rangent dans le camp des « petits partis ». Ces derniers sont d'ordinaire les premiers à souffrir des distorsions occasionnées par le mode de scrutin uninominal à un tour en vigueur chez nous, et à désirer légitimement le remplacer par un système électoral qui favoriserait davantage leur émergence en tant que forces politiques. Seulement voilà, pas plus que le PLQ ou la CAQ, le PQ n'a rien à gagner en reprenant à son compte les doléances des malheureuses organisations politiques qui se sentent flouées par la formule en place – et, avouons-le franchement, dont le sort laisse la majorité de la population carrément indifférente.

Le PQ a le don de mettre la charrue avant les bœufs

C'est pourquoi il est consternant de constater que le PQ court de façon presque masochiste et systématique à sa propre perte ! À moins que Jean-François Lisée ne parvienne à sortir rapidement quelques as de sa manche, il ne serait pas étonnant que le vaisseau amiral de l'indépendance s'échoue bientôt lamentablement sur les écueils des atermoiements et des faux-fuyants dont il est coutumier.

De l'aveu même du chef souverainiste, la priorité sera de battre des libéraux devenus « toxiques » à force de corruption et de clientélisme aux prochaines élections. Si telle est son intention véritable, M. Lisée serait pour le moins bien inspiré de garder à l'esprit que, comme l'admettent eux-mêmes les défenseurs du mode de scrutin proportionnel, ce système engendre le plus souvent un gouvernement minoritaire ou de coalition.

À titre d'information, l'Allemagne utilise le même type de scrutin proportionnel mixte que celui projeté par QS et le PQ. Or, le système électoral allemand, fréquemment cité en exemple, a connu tout récemment des ratés dignes de mention. Eh oui ! sans un compromis qui s'est longtemps fait attendre, les Allemands auraient été obligés de retourner aux urnes au début de cette année, soit six mois à peine après la tenue des élections fédérales du 24 septembre dernier. Sachant que ce pays est réputé pour sa discipline et son efficacité légendaires et que les dirigeants allemands de la période d'après-guerre ont eu dans l'ensemble un comportement tout ce qu'il y a de plus rationnel, imaginez un instant quels résultats nous obtiendrions dans des circonstances similaires ! La question suivante se pose dès lors avec d'autant plus d'acuité qu'il est permis de douter que règnent au Québec la rigueur et la rationalité propres au peuple germanique : Voulons-nous, sous prétexte de chercher à combler le « déficit démocratique » prétendument existant, des élections anticipées à répétition ?

Paradoxalement, le PQ pourrait être le premier pénalisé le cas échéant, car ce serait le meilleur moyen pour lui de se priver pour toujours du privilège de former un gouvernement majoritaire et, plus grave encore, de la possibilité de réaliser l'indépendance ! En effet, quelle pourrait bien être la marge de manœuvre d'un hypothétique gouvernement péquiste minoritaire qui voudrait engager le Québec sur la voie de la souveraineté ? La réponse logique à cette question s'impose d'elle-même : il sera toujours temps, le jour où le Québec sera devenu un pays, de procéder à la réforme du processus électoral. Mais ce serait suicidaire que de le faire avant !

Je suis pour ma part convaincu qu'un mode de scrutin uninominal à deux tours, comme celui en vigueur en France jusqu'à nouvel ordre, parviendrait, dans une large mesure, à améliorer les règles du jeu démocratique à la satisfaction de l'ensemble des électeurs et des partis politiques québécois.

Je suis pour ma part convaincu qu'un mode de scrutin uninominal à deux tours, comme celui en vigueur en France jusqu'à nouvel ordre, parviendrait, dans une large mesure, à améliorer les règles du jeu démocratique à la satisfaction de l'ensemble des électeurs et des partis politiques québécois. Ce système, s'il était appliqué chez nous, favoriserait en outre une plus grande concertation entre les partis, de même que l'élection de gouvernements stables, y compris dans l'éventualité où il serait nécessaire de mettre en place un gouvernement de coalition. Mais il s'agit là de spéculations parfaitement oiseuses. Tout comme le sont, au fond, les engagements de QS et du PQ. Car ne nous faisons pas d'illusions : il y a fort à parier que ni le PLQ ni la CAQ ne seront disposés à modifier, au lendemain de leur éventuelle (ré)élection, un mode de scrutin qu'ils auront su exploiter à leur avantage !

Les apparatchiks du PQ n'auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. En vrais perdants qu'ils sont, ils se seront égarés dans des détails insignifiants au lieu de se consacrer exclusivement à un objectif hautement plus noble, mais auquel ils ne croient visiblement plus. Ils auront succombé bêtement et inutilement au chant des sirènes d'un organisme qui milite avec une détermination farouche pour la réforme d'un système électoral qui a, n'en déplaise à certains, de bonnes chances de perdurer bien au-delà de 2022. Car l'essentiel, pour toute formation politique, c'est de prendre le pouvoir et de le garder. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'on a un projet aussi ambitieux que d'aspirer à modifier le statut du Québec – et non pas un simple processus électoral. Et vogue la galère péquiste !