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12/10/2016 09:12 EDT | Actualisé 12/10/2016 09:13 EDT

Lisée saura-t-il rallier ses troupes en vue de la bataille finale?

Les membres du Parti québécois ont tranché: en élisant Jean-François Lisée à leur tête vendredi dernier, ils ont succombé au chant des sirènes qui leur promettent le pouvoir en 2018 et, peut-être, un pays avant la fin de leurs jours.

Un premier pas sur le (périlleux) chemin des victoires

Les membres du Parti québécois ont tranché: en élisant Jean-François Lisée à leur tête vendredi dernier, ils ont succombé au chant des sirènes qui leur promettent le pouvoir en 2018 et, peut-être, un pays avant la fin de leurs jours.

JFL peut être fier, à juste titre, de cette première victoire bien méritée. Il a manœuvré habilement, intelligemment, au point même de laisser loin derrière lui le favori de la course et, à la surprise générale, de s'emparer de la couronne du vainqueur dès le deuxième tour. Qu'il ait réussi au passage à faire un pied de nez à ce qu'il est convenu d'appeler, à tort ou à raison, l'establishment péquiste, voilà qui en dit long sur les aptitudes et les compétences du député de Rosemont!

Son discours de victoire, exemplaire à cet égard, était digne d'une personne aspirant aux plus hautes fonctions de l'État. Son message fort et rassembleur se voulait un savant mélange d'esprit combatif et de détermination, le tout assaisonné d'une pointe d'humour destinée à mieux faire avaler la pilule à celui et à celle de ses adversaires qui étaient visiblement les plus déçus de la tournure des événements, à savoir Alexandre Cloutier et Martine Ouellet.

Où sont passés les arguments en faveur de l'indépendance?

Certes, je suis déçu de constater que cette dernière, sur qui j'avais misé, n'a pu obtenir un meilleur score. Ma déception tient toutefois surtout au fait que cette femme étonnante et intrépide n'a pas su expliquer aux militants péquistes que l'indépendance sera une «affaire payante», d'où son incapacité à convaincre une majorité d'entre eux de la nécessité et de l'urgence de procéder dans les meilleurs délais à la réalisation de cet objectif.

Ce ne sont pourtant pas les arguments qui manquent en faveur d'une transition rapide du statut de province à pays: les frais de traversée du territoire québécois, que ce soit par bateau, par train, par camion ou par pipeline, rapporteraient des milliards chaque année à l'État québécois! Ajoutons à cela que l'immense dette de l'Ontario à l'égard du Québec suffirait à elle seule à annuler la part du Québec de la dette canadienne. Par ailleurs, en devenant véritablement capitale nationale, la ville de Québec connaîtrait un boom immobilier sans précédent du seul fait que des ambassades étrangères et des organisations internationales s'installeraient inévitablement en grand nombre dans cette région, cependant que des consulats s'installeraient dans la foulée à Gatineau et à Montréal. Quant aux sièges sociaux perdus au fil des ans au profit de Toronto, ils reviendraient tôt ou tard chez nous (pour éviter des frais de douanes!), tandis que de nouvelles entreprises spécialisées dans des secteurs tels que l'électricité et les techniques de pointe ne manqueraient pas de s'implanter également dans un Québec redevenu dynamique et prospère dans la mesure où il exploiterait à fond son formidable potentiel hydro-électrique.

La pire chose à faire serait de vouloir, encore une fois, cacher le projet de pays sous le tapis ou le mettre sous le boisseau sous de fallacieux prétextes, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse...

Malheur aux vaincus! Faute d'avoir réussi à persuader les membres du PQ des indéniables avantages de l'indépendance, Martine Ouellet aura surtout démontré qu'elle n'avait pas (encore) tout à fait l'étoffe nécessaire pour assumer la responsabilité de chef de parti. Tant pis pour elle, elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même et à son manque d'audace et de perspicacité! On ne peut que lui souhaiter meilleure chance la prochaine fois... et l'inviter, entre-temps, à refaire ses devoirs de manière à pouvoir éclairer adéquatement la démarche entreprise par celui qui est maintenant le seul maître à bord.

D'autant plus que l'indépendance n'est pas synonyme de la catastrophe financière annoncée par l'actuel premier ministre Couillard, au contraire! Pour peu qu'on examine la question sous un angle différent de celui auquel même les leaders souverainistes nous ont habitués depuis la démission de Jacques Parizeau, l'indépendance peut être synonyme de richesse, d'abondance, de plein-emploi, de services sociaux et d'éducation de qualité, etc.

Au fond, la question est de savoir ce que nos champions de la cause souverainiste attendent encore, pendant qu'il en est encore temps, pour faire ouvertement la promotion d'un Québec susceptible d'enrichir l'ensemble de ses habitants. Ah! oui, j'oubliais: il faut battre Couillard et les libéraux en 2018. Quel défi stimulant! Pour les remplacer par quoi, déjà? Ah! oui, suis-je bête: par un «***** de bon gouvernement»! Comme si les Québécois et les Québécoises ne connaissaient pas déjà ce scénario! Comme si les mêmes causes ne produisaient pas les mêmes effets! La pire chose à faire serait de vouloir, encore une fois, cacher le projet de pays sous le tapis ou le mettre sous le boisseau sous de fallacieux prétextes, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse...

L'heure est à la réconciliation

Cela dit, je veux bien, malgré tout, me rallier à JFL. Je suis en effet tout disposé à «laisser la chance au coureur», comme le veut l'expression consacrée. D'ailleurs, quel autre choix a-t-on lorsqu'on est indépendantiste? Abandonner le navire serait d'autant plus suicidaire à cette étape-ci qu'aucune autre formation politique ne peut sérieusement prétendre prendre la relève à plus ou moins brève échéance. Lisée est un petit malin qui pourrait bien nous surprendre - tout juste comme il vient de le faire! Par conséquent, je suis prêt à croire qu'il pourrait nous débarrasser des libéraux dans deux ans. Mais après? Qu'adviendra-t-il du projet de pays? Qu'adviendra-t-il, en 2022, lorsque les libéraux «nouveaux» se présenteront devant l'électorat avec un chef fraîchement élu à leur tête? Lorsque le gouvernement du Parti québécois aura trouvé le moyen de se faire détester de la population après quatre années de pouvoir (à la condition qu'il y accède en 2018, ce qui est loin d'être assuré!)? JFL cédera-t-il alors à la tentation bien québécoise de vouloir plaire à tout le monde - et en particulier aux anglophones - sous prétexte de veiller à ménager les susceptibilités et d'assurer sa réélection?

Jean-François Lisée est le plus expérimenté des divers candidats ayant prétendu à la succession de PKP!

On le devine, le «chemin des (petites) victoires» censées mener à la victoire suprême risque d'être semé d'embûches considérables. Le nouveau capitaine du vaisseau amiral de l'indépendance devra naviguer en eaux troubles tout en évitant les multiples écueils qui vont tôt ou tard se dresser sur sa route. Saura-t-il relever semblable défi et affronter la tempête le moment venu? Sera-t-il en mesure de respecter les engagements qu'il a pris? Ou sera-t-il tenté de louvoyer et de faire machine arrière au moindre obstacle rencontré, comme le fait craindre son parcours parfois sinueux? Parviendra-t-il à réunir les appuis indispensables pour franchir chacune des étapes nécessaires pour arriver à bon port? Saura-t-il employer à bon escient, comme il l'a promis, les talents de chacun(e) de ses adversaires dans cette longue course qui vient enfin de se terminer? Il devra coûte que coûte s'entourer d'une équipe forte et diversifiée, apte à l'appuyer dans ses efforts. Il est à espérer qu'il parviendra en dépit de tout à réaliser la quadrature du cercle, car il ne fait aucun doute que les ennemis de notre émancipation nationale n'hésiteront pas un seul instant à exploiter la moindre de ses faiblesses, la moindre erreur de parcours de sa part.

Qu'à cela ne tienne, Jean-François Lisée est le plus expérimenté des divers candidats ayant prétendu à la succession de PKP! La preuve de son habileté à articuler sa pensée n'étant plus à faire, il demeure dès lors le politicien le mieux équipé pour affronter Philippe Couillard et mettre fin au régime libéral corrompu actuellement au pouvoir. Tel Hercule chargé de nettoyer les écuries d'Augias, Lisée a choisi comme première tâche de débarrasser le Québec de la gangrène qui ronge notre société et d'assainir ainsi nos mœurs politiques - un peu comme l'avait fait le premier gouvernement Lévesque en son temps -, et ce en vue de préparer le Québec à accéder dignement au statut de pays indépendant dans un deuxième temps.

Sous le regard de l'Histoire

La tâche sera loin d'être facile. Mais Lisée a le mérite d'avoir élaboré un plan d'action clair et audacieux. Bien que sa stratégie me laisse quelque peu sceptique et que j'éprouve encore des doutes quant à sa volonté réelle de mettre le cap sur l'indépendance, je ne demande pas mieux que de le prendre au mot. Je suis en effet curieux de voir comment JFL va mettre son plan à exécution et parvenir à créer l'union des forces souverainistes et progressistes indispensable à la réussite d'un projet aussi ambitieux que le sien. Pour tout dire, j'ai hâte de le voir à l'œuvre, de voir comment il va passer de la parole aux actes, notamment à l'approche des célébrations du 150e anniversaire du Canada!

Réussira-t-il là où ses prédécesseurs ont échoué? Que retiendra l'Histoire de l'énigmatique Jean-François Lisée: qu'il aura été le «fossoyeur» de la nation québécoise et un mauvais «tricheur», pour reprendre deux qualificatifs que lui-même n'avait pas hésité jadis à attribuer à l'ex-premier ministre Robert Bourassa? Ou qu'il aura fait «partie de la courte liste des libérateurs de peuple», comme l'indique l'épitaphe inscrite en 1987 par Félix Leclerc sur la pierre tombale du fondateur du Parti québécois? «C'est ce que nous saurons p't-être demain, les enfants!» comme dirait le défunt Capitaine Bonhomme...

Pour l'heure, les membres du PQ ont choisi de remettre le sort de leur parti et de notre nation entre les mains de JFL. Dans deux ans, ce sera au tour de la population de décider s'ils ont fait le bon choix. Le test de 2018 sera crucial pour ce parti et son nouveau chef. Quel sera le verdict populaire? Une seule chose est sûre: il sera sans appel!

En conclusion, souhaitons de tout cœur au grand timonier qui (pour le meilleur et pour le pire) tient la barre et gouverne le navire désormais: «Bon vent!»...

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