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15/06/2017 01:51 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:51 EDT

Pour s'intégrer, nous devrons respecter la laïcité québécoise

En tant que citoyens musulmans du Québec, notre salut est dans l'acceptation de la laïcité et dans l'engagement à sa défense. Il n'y a pas d'autres issues. La liberté religieuse que nous offre la démocratie québécoise ne nous donne pas le droit d'afficher notre foi dans l'espace public. Cet espace est un capital commun. Il appartient à tous les citoyens avec toutes leurs différences, de toutes les confessions et de toutes les origines. Il n'est pas acceptable qu'il soit teinté d'une religion ou d'une idéologie propre à une seule de ses composantes. C'est très injuste envers les autres concitoyens qui le partagent avec nous. Il est impératif qu'il soit et demeure neutre.

Aucun groupe culturel ou ethnique dans une société multiculturaliste comme la nôtre ne doit avoir des super droits qui font de ses membres des super-citoyens. À titre d'exemple, si nous ne souhaitons pas que nos enfants mangent du porc ou de la viande non hallal, ils ont juste à prendre des repas végétariens ou tout simplement envoyons-les à l'école avec des repas déjà prêts. Même si je reste personnellement, persuadé qu'il est permis au musulman de manger la viande non halal du moment qu'elle n'est pas dangereuse. Le développement scientifique a aujourd'hui éliminé toutes les causes des interdictions alimentaires religieuses. Inutile donc de continuer de les respecter. Par conséquent, il aussi inutile de demander des accommodements de la part des cantines des écoles qui peuvent compliquer leur travail. Ce type de demandes est dangereux pour nos enfants aussi, car ils peuvent créer des divisions d'espace entre eux et les autres enfants de leur âge qui risquent de compromettre leur épanouissement scolaire et leur intégration à l'école. Pourquoi donc créer de la tension pour un problème si facile à résoudre ?

Il faut comprendre l'histoire, la culture et la géopolitique fragile, spécifique et très singulière du Québec à tous les égards. Il faut porter une considération particulière à l'image extrêmement péjorative du phénomène religieux dans l'imaginaire politico-social québécois. Le Québec est une société qui porte les stigmates d'un traumatisme religieux très profond et d'une extrême délicatesse. Dans sa conscience collective, elle accuse le catholicisme d'être la cause du retard qu'a pris son entrée dans le monde moderne. Ce traumatisme l'a rendue particulièrement méfiante, sensible voir agressive contre toute manifestation publique de toute expression religieuse. Il faut être extrêmement sensible à ces détails pour comprendre l'hostilité grandissante à l'endroit de l'islam ici au Québec. Elle n'est pas nécessairement motivée par une islamophobie raciste ou institutionnelle comme c'est le cas malheureusement en Europe. Elle provient plutôt d'une insécurité identitaire parfaitement légitime à cause du statut minoritaire qu'a le Québec en Amérique du Nord. D'ailleurs, les musulmans du Québec comme tous les autres groupes religieux sont appelés à très bien considérer cette spécificité culturelle, car dans tous les cas, elle n'est pas en leur faveur. Au contraire, à cause de cette insécurité identitaire toute expression religieuse étrangère à l'héritage historique du Québec sera à coup sûr considérée comme une menace identitaire intérieure qui vient amplifier le danger de l'éternel menace extérieur que représente l'identité anglophone majoritaire culturellement, dominante politiquement et plus riche économiquement. Cette menace identitaire intérieure, qu'elle soit réelle ou construite, peut se transformer en un sentiment de haine si elle est conjuguée avec le sentiment d'impuissance face à la suprématie du fédéral qu'impose notre système politique canadien aux provinces. Les deux sentiments combinés peuvent par un glissement inconscient de frustration trouver, en nous, les musulmans du Québec, le bouc émissaire par excellence pour expliquer tous ses blocages.

Premièrement, ceci s'explique, par l'image désastreuse qu'a l'islam dans l'imaginaire occidental et mondial dans l'ensemble qui fait des musulmans des accusés coupables à priori, idéaux et faciles. Deuxièmement, par notre vulnérabilité en tant que minorité nous pouvons être très difficiles à défendre. Inutile de préciser à ce stade que nous n'avions aucun moyen de nous défendre face à une telle dynamique politico-identitaire d'une telle complexité, car continuer à exprimer notre identité religieuse et espérer en même temps d'être acceptés et intégrés à la société québécoise signifie résoudre tous ses problèmes identitaires. Bien évidemment, nous n'avons aucun contrôle sur une telle dynamique. Nous ne pouvons jouer surement aucun rôle devant un problème aussi complexe même si théoriquement, par notre culture francophone nous sommes des alliés du québécois dans son combat de survie identitaire.

Notre seul salut réside dans l'acceptation du mode de vie laïque des Québécois, c'est-à-dire dans notre intégration sociale et notre insertion professionnelle.

Notre seul salut réside dans l'acceptation du mode de vie laïque des Québécois, c'est-à-dire dans notre intégration sociale et notre insertion professionnelle. C'est exactement le processus que l'islamisme cherche par tous les moyens à obstruer. Par cet excès de zèle inutile et contreproductif dans la pratique de notre foi, nous ne faisons que l'aider dans son entreprise criminelle de nous déconnecter de nos sociétés d'accueils. Il faut apprendre à bien lire et bien comprendre notre environnement politique pour bien y évoluer. Autrement dit, s'obstiner à manifester notre identité religieuse facilitera notre assignation identitaire et donc notre construction comme ennemi intérieur. En d'autres termes plus clairs, plus nous manifestons notre identité religieuse au détriment de notre identité citoyenne plus nous serions perçus par nos concitoyens québécois comme une collectivité identitaire organisée et dangereuse, même si ce n'est pas le cas, alors que pour eux nous étions choisis dans des processus de sélection individuelle et séparée. Connaissant et comprenant très bien leur désir profond et légitime de protéger leur identité, il n'appartient à personne de reprocher aux Québécois une telle compréhension biaisée ou de les juger pour un tel malentendu construit sur des raccourcis racisants et sur des idées reçues. Quoi qu'il en soit, pour nous le résultat est le même. Par une religiosité désocialisante, nous poussons notre société d'accueil à nous exclure socialement d'une manière inconsciente un peu malgré ses intentions d'inclusion institutionnelle. En somme, nous nous excluons nous-mêmes avant que notre société d'accueil nous pousse à l'exclusion.

On ne peut reprocher au Québécois et à l'Occidental en général sa peur de l'islam. L'image que dégage l'actualité du Moyen-Orient de l'islam n'est pas seulement désastreuse, elle est barbare. Il serait illogique d'attendre de lui de prendre le temps pour s'informer pour comprendre objectivement les crises du Moyen-Orient musulman pour démêler le bon islam du mauvais. Ce n'est pas sa cause. Il n'a ni le temps ni la volonté pour se pencher sur des crises qui ne sont pas les siennes. Il nous appartient à nous de changer sa perception de l'islam. Le meilleur moyen de le faire c'est de se comporter dans l'espace public en tant que citoyen, pas en tant que croyant. C'est-à-dire s'abstenir de reproduire chez lui les expressions de religiosité qui sont détournées pour décapiter des gens innocents au Moyen-Orient. Le moyen idéal de se dissocier d'une telle image c'est d'épargner au Québécois de voir ce qu'il n'aime pas voir dans son espace public, c'est-à-dire la religion.

Le Québec traverse une étape décisive de son histoire. Nous vivons actuellement la fin de sa révolution tranquille avec sa conséquence ultime ; l'instauration définitive d'une société institutionnellement et socialement déconfessionnalisée. L'époque actuelle est marquée par un processus de renouvèlement de ses élites. La génération actuelle particulièrement l'élite politico-intellectuelle qui est en cours de prendre les commandes du Québec a été élevée dans cet esprit de déconfessionnalisation. L'expression publique de la religion ne fait pas partie de sa conception du pluralisme. Il est impératif dans la lumière de cette conception du pluralisme que la liberté religieuse reste dans l'espace individuel.

Un juste milieu entre l'intégration et l'assimilation existe. Il faut le trouver. Respecter la laïcité québécoise peut nous permettre de le cerner facilement. Il commence par respecter et adopter les éléments dans le mode de vie québécois qui ne contredisent pas nos convictions religieuses. Personne ne nous oblige à manger du porc ou à boire du vin même si je demeure convaincu que l'islam n'a jamais interdit le vin. En même temps, rien dans la théologie musulmane ne nous empêche de participer à des activités de socialisation où de telles formes de nourriture peuvent être servies.

Nous avons juste à les éviter sans demander qu'on les retire comme le font souvent les islamistes, pas seulement en Occident d'ailleurs, car ils le font constamment dans les pays musulmans aussi pour imposer aux musulmans laïcs leurs choix de vie. Personne ne nous demande d'arrêter de faire nos prières non plus. Cependant, rien dans la théologie musulmane ne nous oblige à la faire dans nos milieux de travail dans une société non-musulmane. Il est illogique de s'isoler par soi-même ensuite reprocher à sa société d'accueil de ne pas l'intégrer. Il faut absolument que nous adaptions nos pratiques religieuses à toutes ces nouvelles transformations.

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