Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.
Les blogues

Graffitis et colonisation de «HoMa»

Les nouveaux dévelopmments dans Hochelga-Maisonneuve étendent peu à peu leurs tentacules à tous les espaces libres restants. Malheureusement, l'embourgeoisement, la promotion immobilière et les graffiteurs ne font habituellement pas bon ménage.

Le mur légal du « Tunnel Rouen » est-il en péril ?

Bien que, depuis le début des années 2000, les nouveaux condominiums poussent comme des champignons dans le quartier d'Hochelaga-Maisonneuve, ils semblaient se concentrer surtout autour de la Promenade Ontario et de sa nouvelle Place Valois et à l'est de Pie-IX, dans le secteur de la chaussure et les terrains près de l'ancienne biscuiterie Viau.

Mais graduellement, les nouveaux développements s'écartent peu à peu de ces épicentres et étendent leurs tentacules à tous les espaces libres restants. Ainsi, pendant le week-end de Pâques, des travaux pour le projet immobilier « les Condos L'Espérance » étaient nouvellement en cours sur le terrain adjacent à l'entrée ouest du Tunnel Rouen.

Le Tunnel Rouen est l'un des rares endroits permis pour le graffiti qui existent sur le territoire de Montréal. On les appelle communément "les murs légaux". Ils font partie d'une démarche préventive de la Ville et de ses arrondissements pour offrir des solutions de rechange aux graffitis illégaux.

Le mur légal est un moyen utilisé dans plusieurs arrondissements de Montréal pour réduire la problématique des tags (signature ou graffiti illégal). Cette option permet aux jeunes d'avoir un endroit réservé à la création et à l'expression de leurs idées, par le biais du graffiti, et ce, en toute légalité. En conséquence, les apprentis graffiteurs peuvent perfectionner leur technique dans un cadre autorisé, tout en développant leur art et en s'appliquant à créer autre chose que de simples tags qui polluent l'environnement visuel du quartier.

Il existe trop peu de murs légaux à Montréal et ceux-ci sont localisés en périphérie et dans des endroits que l'on pourrait qualifier de « non dérangeants ».

  • Au nord: le Mur Papineau, sous le tunnel du même nom (peu facile d'accès et bien caché) dans le quartier Ahuntsic.
  • À l'ouest: 2 murs: le Mur de Lachine dans le parc Duff Court qui sépare Lachine de l'autoroute 20 et le mur PSC dans le quartier Pointe-Saint-Charles.
  • À l'est: le Tunnel Rouen, sous le viaduc de la rue Rouen dans le quartier Hochelaga.

Bien sûr, certains détracteurs diront que les murs légaux sont des lieux dans lesquels le graffiti est cantonné, que c'est un peu comme mettre des lions en cage. Mais il n'en reste pas moins que ces endroits sont très appréciés par leurs utilisateurs et d'un bon nombre de curieux et d'amateurs avertis qui s'y rendent régulièrement afin de suivre l'évolution quasi quotidienne des œuvres.

Mur Nord-Est le 4 avril 2015

Même mur le 7 avril 2015 - Debza

Mur Sud-Ouest le 4 avril 2015 - 123Klan

Même mur le 7 avril 2015

Le Tunnel Rouen, quant à lui, est l'un des plus populaires. Cette galerie à ciel ouvert est fréquentée autant par les apprentis qui viennent y apprendre et perfectionner leur technique dans un cadre autorisé, que par des artistes plus connus des amateurs qui la visitent pour y laisser leurs marques. Ainsi, au cours de la dernière année, on a pu y admirer, entre autres, le passage de Astro, Lovebot, Turtle Cap, Waxhead et 123Klan(voir photo 04-04-2015 Côté S-O) ainsi que des œuvres de nouveaux artistes très talentueux comme Rouks.

Cette mixité fait du tunnel Rouen un espace artistique important pour la vie de ce quartier. Il est devenu avec les années, un lieu de rassemblement pour les artistes qui peuvent y développer leur art et pour certains, apprendre, aux contacts des autres, à créer autre chose que de simples tags qui sont souvent perçus comme de la pollution visuelle.

Malheureusement, l'embourgeoisement, la promotion immobilière et les graffiteurs ne font habituellement pas bon ménage. Quand un quartier s'embourgeoise, on assiste généralement à un remodelage progressif des paysages avoisinants les nouveaux édifices qui s'y sont installés. La revitalisation comme on l'appelle est habituellement plus axée sur des intérêts économiques que sur les réalités sociales et culturelles environnantes.

Le 5 Pointz en est un parfait exemple. Ce haut lieu artistique communautaire new-yorkais, considéré pendant 20 ans comme la Mecque du Street-Art, a dû céder sa place à un ensemble de condos de luxe. Plus près de nous, L'Omnipac a subi le même sort. Cet immeuble abandonné au coin des rues Van Horne et du Parc, qui s'était transformé avec les années en réelle galerie d'art à ciel ouvert, a été démoli et sera bientôt remplacé par un immeuble de bureaux.

La vocation actuelle du Tunnel Rouen tiendra-t-elle encore longtemps sous la pression du nouveau colonialisme économiste et des soi-disant grands défenseurs de « l'ascension sociale » de ce quartier ?

Un dossier à suivre avec attention...

PS: Pour ne rien manquer, consultez l'album « Chroniques du Tunnel Rouen » ou suivez-nous sur notre page Facebook.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

10 endroits chouettes pour tomber en amour avec Hochelaga-Maisonneuve

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.