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24/03/2016 09:38 EDT | Actualisé 25/03/2017 05:12 EDT

Il y a des hommes qui ont besoin d'«Oxygène»

Il pleut des hommes en détresse qui crient silencieusement leur souffrance. Normal qu'on ne les entende pas, parce que notre société actuelle est tournée vers la violence faite aux femmes.

La maison Oxygène en Estrie, ouverte depuis quelques années, est - devrons-nous dire bientôt était? - un hébergement psychosocial pour hommes et leurs enfants qui vivent une situation de détresse liée à des difficultés familiales, sociales, financières, psychologiques et personnelles, et qui peut mener, dans beaucoup trop de cas, vers une violence décriée et/ou le suicide si aucune aide n'est offerte.

Comme le dit si bien le blogueur Olivier Kaestlé, «Parfois, c'est le manque de secours qui transforme des hommes inoffensifs en véritables prestos ambulants».

Selon la directrice des lieux Sarah Gaudet: «Les démarches pour obtenir du financement avec le gouvernement sont longues et fastidieuses et ne donnent pas les résultats escomptés».

La raison? Parce que son mode de fonctionnement n'entre dans aucun cadre pour obtenir du financement de Québec. Il est là le problème, ne cherchez pas plus loin.

Aujourd'hui, il faut entrer dans le moule, accepter le protocole, remplir mille formulaires avant même de s'humaniser, de s'asseoir, de discuter avec les vraies personnes.

Dans les médias, il pleut des hommes en détresse qui crient silencieusement leur souffrance. Normal qu'on ne les entende pas, parce que notre société actuelle est tournée vers la violence faite aux femmes. Et je suis du nombre qui se réjouit de toute l'aide qu'on peut et doit leur apporter. Mais la vie, la vraie vie est come une pièce de monnaie : il y a pile, il y a aussi face. On bouche l'horizon et on perd de vue que derrière la violence, il y a l'homme qui souffre. Ils proviennent de toutes souches de société - voir le documentaire Les médecins pleurent aussi -, riches ou pauvres. Il n'y a pas que le cas Guy Turcotte!

Alors, peut-on enfin lever le coin du rideau? Peut-on tenter de prévenir au lieu de guérir? Peut-on scruter et ausculter le cœur de l'homme?

Une collègue sexologue qui a bien connu le réputé psychologue et sexologue Jean-Yves Desjardins, décédé en 2011, me rapportait récemment ce qu'il disait à ce propos: «S'il y a des femmes qui ont un œil au beurre noir, il y a aussi des hommes qui ne parlent pas mais qui ont un cœur au beurre noir».

Les médias sont remplis de cas de violence familiale. On s'indigne en buvant son café au resto, on jette la pierre à celui qui a frappé, puis on tourne la page du journal et on se remet à nos mots croisés. C'est cette fausse indignation que je déplore.

Je hurle également contre la désespérante inertie de nos gouvernants qui banalisent l'irrecevable et qui ouvrent le robinet argenté pour des causes diablement moins humanistes.

On attend que l'irréparable se produise pour lever les boucliers et se montrer pro-chevalier. Il devrait y avoir autant de maisons ressources pour les hommes que pour les femmes. L'homme d'aujourd'hui a besoin de plusieurs maisons comme Oxygène.

L'aberration est que le 1er avril, faute de fonds, l'une des très rares ressources d'hébergement et d'aide pour hommes au Québec fermera ses portes. À bien y penser, c'est plus qu'une aberration, c'est une folle absurdité.

Liens externes

Maison Oxygène-Estrie.

Les médecins pleurent aussi

Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

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