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07/10/2015 04:28 EDT | Actualisé 07/10/2016 05:12 EDT

Gulliver est peut-être venu au Québec...

Le roman Les Voyages de Gulliver a beau avoir été écrit en 1721, il décrit parfaitement, à mon sens, ce qui se passe au Québec en 2015. Et même si le littéraire en moi est fasciné par ce phénomène, le Québécois en moi ne peut s'empêcher d'en être horrifié.

Avez-vous déjà lu Les Voyages de Gulliver? C'est un roman satirique qui a été écrit en 1721 par Jonathan Swift, un écrivain irlandais. Si vous ne l'avez pas lu, vous avez peut-être eu la chance de voir le téléfilm du même nom, diffusé en 1996. Enfant, j'ai été très marqué par ce film en deux parties.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l'histoire de ce livre, je vous dirai simplement que Lemuel Gulliver, un chirurgien dans la marine, est victime d'un naufrage. Et tandis qu'il tente de rentrer chez lui, en Angleterre, il se retrouve dans plusieurs endroits tous plus surréalistes les uns que les autres, chaque nouvel emplacement exploré par Lemuel permettant à l'auteur du roman de critiquer un ou plusieurs aspects de la société. (Ce résumé ne rend évidemment pas justice à l'œuvre, mais ça vous donne une idée.)

Toujours est-il que Gulliver se retrouve un jour dans un endroit où tous les fonds servent à alimenter des recherches « scientifiques », ce qui fait en sorte que le peuple est d'une grande pauvreté. Il visite alors l'académie de l'endroit, appelée Lagado, où les chercheurs, amateurs de science spéculative, font des expériences complètement déconnectées de la réalité. Un chercheur, aveugle, tente d'enseigner à ses disciples, également aveugles, comment composer des couleurs pour les peintres à l'aide de leur odorat et de leur tact, et un autre essaie de construire une maison en commençant par le haut, et non par les fondations. Il y en a même un chercheur qui essaie de mettre au point un système pour labourer les champs avec des porcs pour épargner de l'argent, mais sa tentative est un échec, car il doit enfouir une grande quantité de glands, de dattes, de châtaignes et d'autres fruits que les porcs aiment, ce qui fait exploser les coûts, et ce, avec un résultat médiocre.

Il y a quelques jours, mon père, Claude Whiting, enseignant depuis plus de 20 ans à l'école secondaire Louis-Joseph-Papineau, dans le quartier St-Michel à Montréal, a fait une vidéo durant son heure de dîner à l'intention du ministre de l'Éducation, François Blais, vidéo qui se trouve ci-dessous et que je vous invite par ailleurs à visionner. Il y montre l'état pitoyable de son école, qui tombe littéralement en morceaux. Et cette vidéo, jumelée à « l'écoeurantite aiguë » que je ressentais déjà face à plusieurs éléments de l'actualité, m'a fait me rendre compte qu'au Québec, nous étions en quelque sorte gouvernés par les chercheurs de l'académie Lagado.

Pensez-y un peu...

Récemment, il y a eu un sommet sur l'éducation organisé par le Parti libéral. Des «experts» de tous horizons ont été invités pour parler d'éducation. Combien d'enseignants pratiquants étaient parmi ces derniers? Aucun. En quoi est-ce différent d'un chercheur aveugle qui tente d'enseigner à ces disciples aveugles à composer des couleurs sans les avoir vues?

Avec les coupures en éducation, qui ont déjà des conséquences néfastes sur les services rendus aux élèves, on se retrouve en quelque sorte devant des dirigeants qui décident de couper dans la base, mais qui espèrent que l'ensemble tiendra bon. En quoi est-ce différent d'un chercheur qui essaie de construire une maison avec un toit, mais sans fondations?

Enfin, comme on le voit, l'austérité, ce n'est pas pour tout le monde. Indemnités de départ révoltantes, écoles privées subventionnées à 75 %, 945 millions de dollars que le gouvernement devra payer pour de l'électricité produite inutilement par des centrales hydroélectriques, 1 milliard de dollars versés à des consultants informatiques privés l'an dernier... Pendant ce temps, on veut faire des économies de bouts de chandelles en coupant dans l'éducation, ce qui a poussé, par exemple, l'enseignante d'une école publique à fouiller dans les poubelles d'une école privée pour que ses élèves aient des pupitres. En quoi est-ce différent de ce que fait le chercheur qui dépense sans compter tout en essayant de sauver de l'argent, tout ça pour obtenir un résultat médiocre au bout du compte?

Le roman Les Voyages de Gulliver a beau avoir été écrit en 1721, il décrit parfaitement, à mon sens, ce qui se passe au Québec en 2015. Et même si le littéraire en moi est fasciné par ce phénomène, le Québécois en moi ne peut s'empêcher d'en être horrifié. Car j'étais loin de me douter que Gulliver avait peut-être en fait voyagé dans le temps pour mettre les pieds au Québec...

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