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23/01/2016 11:52 EST | Actualisé 23/01/2017 05:12 EST

La solitude

On nous conditionne sans cesse à souffrir de solitude. Il faut la trouver pénible. Malsaine. Quelque chose que le monde nous impose.

Tiens, juste là, déjà. T'as vu le mot dans le titre, dans ta tête la connotation était négative.

Solitude. «Wow, j'espère que ça ne m'arrivera pas», comme on dirait d'une maladie transmissible sexuellement. Sauf que celle-ci est transmissible sans contact.

Tape «solitude» dans Google. Vas-y, je t'attends. Pas pressé. Je suis seul ici.

T'as vu? On obtient des résultats comme:

«5 moyens pour combattre la solitude»

«La solitude tue»

«La solitude pire que la cigarette»

My God! Ça pis l'État Islamique, les pires fléaux du 21e siècle?!

Bref, on nous conditionne sans cesse à souffrir de solitude. Il faut la trouver pénible. Malsaine. Quelque chose que le monde nous impose, jamais quelque chose de choisi. Quelque chose dont il faut «se sortir», comme l'enfer de la drogue ou de la prostitution. Ou la Scientologie.

Et pourtant. Et pourtant, messieurs, dames.

On la choisit parfois, la solitude. Il faut du courage, mais on la choisit parfois plutôt qu'être avec la mauvaise personne. On la choisit parce que le cœur n'y est plus et qu'on mourra à plus petit feu de notre côté que si on reste à respirer le même air raréfié que la personne qui nous étouffe. On la choisit même parfois parce que l'autre personne mérite mieux que ce qu'on a à lui offrir. Ce n'est pas noble, c'est une question de pouvoir vivre avec soi-même.

Regarde autour de toi. Partout, on peut voir des gens qui occupent le même espace vital mais qui sont aussi seuls que moi dans ma grande maison. Pire, ils n'ont pas les libertés qui sont les miennes. Ils se bâtissent des murs invisibles plutôt que de partir.

Parce que oui ça peut être grisant d'être seul. Liberté totale. C'est même rempli de possibilités. Tu veux écouter tel type de musique à 7h30 le matin? Vas-y, au volume que tu veux! Tu veux attendre demain pour la vaisselle? Procrastine, mec, procrastine!

Si je fais des conneries, ça n'engage que moi. Passer mon samedi à Netflixer (sans le chill)? Personne au monde ne m'en tiendra rigueur, surtout si j'inclus 2-3 brassées de lavages entre les épisodes.

Passer le 25 décembre tout seul? Fait et j'ai survécu. Mon anniversaire tout seul? Fait, survécu. Le 31 décembre en solitaire? Permet de se concentrer sur le Bye Bye. Dans mon cas, les trois, la même semaine. Tout ça n'est une épreuve que si on se conditionne ainsi. C'est ça que je veux te dire.

D'ailleurs, janvier n'est pas le mois des divorces pour rien.

Sauf que... Sauf que même quand on l'apprivoise... Sauf que même quand on la choisit, la solitude, elle mord, la vache.

Un samedi soir, tu te retrouveras sur Twitter à en dire trop à des étrangers. Ou tu texteras ton ex, que tu n'as pas vraiment envie de voir mais qui t'offrira une interaction quelconque avec un humain qui te connaît un peu.

Tu te mettras tôt ou tard à te demander combien de jours seraient nécessaires pour qu'on découvre ta mort. C'est morbide, mais inévitable comme questionnement.

Tu te mets à rêver de passer ta main autour d'une taille pendant que tu prépares à manger avec elle.

Tu rêves d'une place chaude dans ton lit au réveil.

Parce que, malgré tout, je ne crois pas que la vie soit faite pour vivre en vase clos. Ce sont les gens qui nous changent, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. Sans compter que lorsqu'on part, c'est tout ce qui reste de nous, les souvenirs des autres.

Rassure-toi, cependant, tu n'as pas une maladie.

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