LES BLOGUES
26/05/2016 08:09 EDT | Actualisé 27/05/2017 05:12 EDT

Pour un engagement indépendantiste clair

TEXTE COLLECTIF - Le décalage qui s'est installé entre le Parti québécois et sa mission supposément essentielle n'est pas une affaire d'échéanciers et de mécanique; il émane plutôt de l'absence systématique et délibérée d'engagement concret.

Ce billet de blogue est un texte collectif dont les signataires se trouvent en pied de page.

Depuis 1995, et plus particulièrement depuis sa dure défaite de 2007, le Parti québécois s'est installé dans une certitude apparemment inamovible : une proposition indépendantiste assumée, ce qui signifie dans son cas un engagement clair à tenir un référendum sur l'indépendance, le garderait indéfiniment à l'écart du pouvoir. Pour une très grande part de l'intelligentsia souverainiste, il s'agit là d'une vérité entendue qu'on ne saurait remettre en question, même timidement, sans se couvrir de discrédit. «Les Québécois ont peur du référendum», martèle-t-on en feignant de ne pas voir que s'il y a un endroit où cette peur s'incarne de façon contagieuse comme nulle part ailleurs, c'est bien chez les porte-parole péquistes eux-mêmes.

Ainsi, d'échéance électorale en changement de chef, la question du référendum est devenue le symbole et le catalyseur du malaise qui taraude ce parti en ce qui a trait à l'ordre de ses priorités. On tient à faire sa profession de foi souverainiste auprès d'un certain électorat, mais on s'empresse en même temps d'évacuer toute traduction de cette foi dans la pratique. Il en résulte une perte de pertinence, tant du PQ que de l'idée indépendantiste, et de ce fait, une redistribution du vote qui tend à favoriser le Parti libéral et les tenants du statu quo canadien.

Alléguant la proverbiale nécessité de ne plus parler de la «mécanique référendaire», ni de la «date sur le calendrier» pour prétendument laisser toute la place au «projet de pays», les ténors péquistes ont plutôt, dans les faits, non pas refusé de dire quand ou comment ils feraient un référendum sur l'indépendance, mais bien s'ils le feraient, évacuant du même coup tout engagement indépendantiste concret et tout discours conséquent à ce sujet. La nuance est fondamentale: le décalage qui s'est installé entre le PQ et sa mission supposément essentielle n'est pas une affaire d'échéanciers et de mécanique; il émane plutôt de l'absence systématique et délibérée d'engagement concret.

Cette absence, conjuguée à la volonté clairement affichée de gouverner à la place des libéraux, a produit des résultats qui, sur toute la ligne, vont en sens contraire de ce qu'on disait souhaiter: le PQ prend rarement le pouvoir, il ne parle pas d'indépendance et il passe son temps à parler de référendum.

Entretemps, à chaque campagne électorale, les militants et les partisans du PQ se retrouvent placés devant le même faux dilemme: gouverner sans engagement indépendantiste, ou parler d'indépendance sans gouverner. Au nom du réalisme, toute adéquation entre pouvoir et indépendance est sévèrement recalée au rang de lubie presque délirante.

Pourtant, il est loin d'aller de soi que le réalisme commande cette posture démissionnaire. Toutes les études d'opinion dont nous disposons montrent des taux d'appui à l'indépendance similaires à ceux de 1994 et 1995. Alors que les électeurs plus âgés sont aujourd'hui plus indépendantistes que jamais, il est vrai qu'un certain fléchissement de l'option apparaît chez les électeurs plus jeunes, ce qui n'est pas une surprise après vingt ans d'attentisme; mais on sait que ces derniers sont moins installés dans leurs habitudes électorales que leurs aînés, et qu'ils sont réceptifs aux offres de changement. Pour peu qu'on leur présente enfin une proposition d'indépendance enthousiaste, bien arrimée aux défis de notre temps et portée par des gens qui respectent l'intelligence de leurs concitoyens en parlant clairement, on peut légitimement penser qu'une part significative d'entre eux s'y intéresseraient, permettant dès lors une alliance intergénérationnelle d'une force peut-être inédite dans l'histoire du mouvement indépendantiste québécois. En quelques mois seulement, Jean-Martin Aussant et Option nationale ont donné un bel aperçu de ce qui pouvait être fait à cet égard.

Par ailleurs, on ne peut pas faire comme si le sentiment national québécois n'était pas davantage cristallisé et prépondérant aujourd'hui qu'en 1995; là aussi, des données fiables et récurrentes sont disponibles. Ces données montrent une évidence: même s'il n'est pas en état de militance quotidienne, le peuple québécois n'en est pas moins conscient et fier de ce qu'il est, par-delà la diversité des allégeances politiques.

Enfin, qui peut prétendre que Philippe Couillard et Justin Trudeau sont des monstres politiques au génie tel qu'il serait impossible d'en percer la carapace?

Dans un tel contexte, cette propension du Parti québécois à traiter l'indépendance comme une patate chaude et les militants indépendantistes comme une bande de «pressés» au jugement défaillant, a quelque chose de pathétique. En fait, tout se passe comme si les leaders souverainistes avaient complètement intégré les arguments de leurs adversaires. Au risque d'employer des mots qui choquent: nous assistons à une sorte de colonisation de l'esprit des premiers par les seconds, complétée avec succès. N'est-il pas, en effet, de plus belle victoire pour les tenants du statu quo que celle qu'ils vivent en permanence depuis vingt ans, et ce sans le moindre effort: voir les indépendantistes abandonner leur objectif avant même d'essayer de l'atteindre, pour mieux courtiser le demi-pouvoir provincial?

Normalement, une famille politique qui se tient debout se bat contre les arguments de peur et d'impuissance de ses adversaires. Or, ici, c'est le contraire qui se produit: en toute absurdité, les porte-parole péquistes s'emploient désormais, presque mieux que quiconque, à convaincre les Québécois de l'impossibilité de l'indépendance. C'est ce que fait avec aplomb le candidat à la chefferie Jean-François Lisée en proposant la mise au rancart immédiate de toute démarche indépendantiste gouvernementale pour l'avenir prévisible. C'est ce que font également les candidats Hivon et Cloutier en maintenant le sempiternel flou référendaire hérité des années Marois, dont tout indique qu'il débouchera lui aussi, à moins d'un changement de culture aussi draconien qu'improbable, sur une promesse de remise à plus tard, plus ou moins semblable à celle de M. Lisée.

Il n'y a pas de mots plus élégants pour le dire: nous en avons assez. Nous ne voulons plus de cette démission continuelle. Nous ne pouvons plus endurer cette lancinante et interminable dérive dans les marécages du défaitisme. Nous ne savons pas si le Parti québécois saura se remettre un jour de ce long dévoiement opéré par une élite qui a perdu la flamme, mais nous savons que l'idée de l'indépendance est plus vivante que jamais. Elle mérite des porte-parole qui l'endossent pleinement. Pour se réaliser, elle nécessite de leur part un engagement clair et concret.

En vue de la course à la direction du Parti québécois, qui monopolisera l'attention et l'énergie du mouvement indépendantiste dans les mois qui viennent, une voix s'élève, une seule, déterminée à porter un tel engagement: celle de Martine Ouellet. Nous sommes convaincus qu'un fort appui en faveur de Mme Ouellet ne pourrait qu'être positif pour la suite des choses, pour le mouvement indépendantiste comme pour le Québec tout entier, quoiqu'il advienne à terme du simple véhicule qu'est le PQ.

Si elle décide de confirmer sa candidature à la direction du Parti québécois, Martine Ouellet aura tout notre appui.

Ce billet de blogue de La Coalition pour un engagement indépendantiste clair est cosigné par: Nic Payne, militant indépendantiste, Audrey Perreault, militante indépendantiste, Frédéric De Roy, candidat, Option nationale, Sarah Krug, membre, Option nationale, Luc Bertrand, Option nationale Montréal, Annie Carrier, militante Option nationale, Ghislain Taschereau, indépendantiste, Denis Trudel, candidat, Bloc québécois, Marthe Lapierre, militante Option nationale, Jean-François Belley, Option nationale Montréal, Évelyne Beaudin, militante indépendantiste, Jean-François Tremblay, militant indépendantiste , Amélie Perron, indépendantiste, Benjamin Michaud, candidat, Option nationale, Lili Brunet-St-Pierre, indépendantiste , Patrick R. Bourgeois, indépendantiste, Anne-Marie Thouin, indépendantiste, Daniel Clapin-Pépin, indépendantiste, Hugo Bourdelais, citoyen, Manon Senneville, membre PQ et Option nationale, Jean-Pierre Gouin, indépendantiste, Bernard Paré, indépendantiste, Sabrina Gagnon-Rochette, indépendantiste, Vincent Goulet, indépendantiste, Nicolas Geoffroy, indépendantiste, Liliane Charlebois, militante indépendantiste, Daniel Bergeron, militant indépendantiste, Pascal St-Pierre, citoyen, Vanessa Roy, candidate, Option nationale, Yves Perreault, indépendantiste, Jean-François Joubert, indépendantiste, Marie-Claude Brouillet, indépendantiste, Raymond Harvey, candidat, Bloc québécois, Mathieu Thomas, indépendantiste , Philippe Cloutier, candidat, Bloc québécois, Manon Bévillard, indépendantiste, Pierre-Luc Bégin, Éditeur, Éditions du Québécois, Philippe Boily, candidat, Bloc québécois, Louis-Philippe Dubois, ex-directeur général, Option nationale, Marc-Antoine Daneau, candidat, Option nationale, Gabrielle Ladouceur-Despins, indépendantiste, Mathias Doré-Ouellet, indépendantiste, Jean-Philippe Jodoin, militant indépendantiste, Jean-François Carrier, journal Le Québécois, Martin Paquette, indépendantiste , Christian Strasbourg, indépendantiste, Sophie Beaupré, militante indépendantiste, Bloc québécois, Nino Gabrielli, indépendantiste, Normand Perry, ex-président, PQ Soulanges, Mathieu Lebel, militant indépendantiste , Julien Longchamp, candidat, Option nationale, Jonathan Beauchamp, candidat, Bloc québécois, Rémi Portugais, indépendantiste, Marlène Goulet, membre, Option nationale, Alexandre Desmarais, membre, Option nationale, Martin Lefebvre, indépendantiste

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