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06/08/2013 10:54 EDT | Actualisé 06/10/2013 05:12 EDT

Le mythe du «fédéralisme» et des «fédéralistes»

Tiens, parlons mythes.

Parlons de ces idées reçues, de ces quelques expressions creuses et poussiéreuses qui traînent dans le discours sur la question nationale québécoise, entravant parfois la circulation d'idées plus neuves, plus à jour.

Leçon numéro 1: les «fédéralistes» et le «fédéralisme». L'usage régulier de cette terminologie pompeuse fut instauré, de toute évidence, pour donner un peu de lustre à une situation politique et à une posture intellectuelle qui en manquent cruellement. Avec la montée en importance des indépendantistes, quelqu'un, quelque part, dût s'efforcer de trouver une dénomination honorable pour leurs adversaires, c'est-à-dire pour ceux qui n'étaient tout simplement pas indépendantistes. Il fallait du positif, il fallait arriver à faire comme si la non-indépendance était une option inspirante, comme si le statu quo était une trouvaille formidable.

Car entre nous, dans les faits, est-ce que le «fédéralisme» est l'expression la plus appropriée pour décrire la relation Québec-Canada? Bien sûr que non. Nous sommes ici en face d'une nation politiquement dominée par une autre nation. Le «fédéralisme» n'est qu'un instrument de cette domination. Même dans les réformes les plus sauvagement ambitieuses imaginées par les défenseurs de ce mauvais arrangement politique - qui ont toutes foiré lamentablement avant qu'on n'en ait atteint le quart de la moitié du centième -, le Québec n'eut encore et toujours été qu'une province, et le Canada, un pays.

Mais les tenants du renoncement à l'indépendance ont quand même su s'accoler une étiquette qui leur a bien commodément évité d'en porter une plus exacte. Dépendantistes? Provincialistes? Annexionnistes? Soumissionnistes? Pas très vendeur, pour dire le moins. Alors ils sont devenus «fédéralistes».

Soyons sérieux: qui connaît un vrai fédéraliste? Qui connaît quelqu'un qui s'extasie sur les vertus d'un système fédéral, qui en parle de façon documentée et convaincante, et pour qui ces vertus supplantent celles de l'indépendance nationale? Va pour Benoît Pelletier, et pour une poignée de constitutionnalistes, d'intellectuels de l'Université d'Ottawa ou de je ne sais où, et d'éditorialistes de chez Gesca qui essaient mollement de s'inspirer de Claude Ryan, sur fond de déficit de crédibilité majeur, de faillite intellectuelle et de politique complète.

Mais dans l'immense majorité de la population québécoise, il n'y a pas de fédéralistes. Il y a des gens qui pensent que l'indépendance serait une bonne chose, et d'autres qui pensent le contraire. Il y a des gens qui ont peur, d'autres qui sont indécis, et d'autres encore que la question n'intéresse pas. Et si la majorité s'identifie désormais au Québec d'abord, certains tiennent tout de même à conserver l'identité canadienne. Dans tous les cas, le «fédéralisme» en soi ne fait pas partie du raisonnement, et encore moins des émotions. Les arguments des adversaires de l'indépendance sont encore, dans la vaste majorité des cas, les arguments de la crainte, de l'incapacité, ou de l'illégitimité - le Québec est trop petit, trop pauvre, trop cancre, trop à gauche, trop à droite, intolérant, indigne, pas assez ceci ou pas assez cela. Le fédéralisme n'a rien à voir là-dedans.

Tout ceci n'est pas qu'une affaire de sémantique. Les indépendantistes n'ont pas à prêter leur concours plus longtemps au maintien de ce discours frelaté par lequel ils sont trop souvent les dindons de la farce. Pour un débat plus fertile et plus productif, parlons clair, parlons franc, parlons vrai: le choix que nous avons, c'est l'indépendance, ou bien la poursuite de notre ratatinement dans un cadre imposé qui ne correspond pas à ce que nous sommes. Que ceux qui défendent le statu quo s'assument, et qu'on cesse de cacher ce qu'ils prônent derrière un vocable anoblissant.

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