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Les Ă©tudiants sont en grĂšve depuis plusieurs semaines dĂ©jĂ . Nous devons vĂ©rifier le portail du collĂšge chaque matin, dans l'Ă©ventualitĂ© oĂč la ligne de piquetage ne serait pas significative; nous serions alors tenus de rentrer donner des cours. Afin de respecter le vote dĂ©mocratique, nous avons comme directive de ne pas communiquer pĂ©dagogiquement avec nos Ă©tudiants. Certains de nos Ă©tudiants ont fait application Ă  l'universitĂ© et nous n'avons pu les aider avec leurs auditions.
J'ai finalement dĂ©cidĂ© d'Ă©pingler un petit carrĂ© vert printemps sur mon manteau de pluie, ce matin. Ce petit carrĂ© de la honte, ce petit bout de tissu vert vomi, comme plusieurs aiment Ă  l'appeler, je le porte dĂ©sormais bien en Ă©vidence sur mon flanc droit. N'en dĂ©plaise Ă  personne. En affichant ainsi mes couleurs, j'ai tenu Ă  manifester publiquement mon soutien Ă  la hausse des frais de scolaritĂ© promulguĂ©e rĂ©cemment par le gouvernement Charest, et ce, mĂȘme si mon coming out intervient alors que ce dĂ©bat est dĂ©jĂ  bien entamĂ©.
Le débat sur la question de la hausse des droits de scolarité au Québec a pris une tangente qui me fascine. J'ai vaguement l'impression que les tenants du gel tentent d'en faire un combat dogmatique duquel les deux véritables enjeux -- la qualité du réseau universitaire québécois et son accessibilité -- sont évincés. D'une part, la question de l'avenir du réseau universitaire, et de la qualité de la formation est complÚtement occultée par les porte-parole étudiants appelés à s'exprimer sur la question. Pourtant, il s'agit bien là du noeud du problÚme, non? S'assurer que nos établissements universitaires sont en mesure d'offrir des services à la hauteur du potentiel des Québécois.
Ça y est. Nous y sommes. La mĂšche a Ă©tĂ© allumĂ©e l'automne dernier par les indignĂ©s, puis les Ă©tudiants ont embrasĂ© le QuĂ©bec. Les artistes, les Ă©cologistes, les syndicats, mĂȘme les Ă©glises attisent le feu depuis des semaines. Le printemps Ă©rable est en marche. Depuis trop longtemps, on nous a enfermĂ©s dans une bouteille trop petite pour nos rĂȘves. Maintenant que le gĂ©nie en est sorti, faisons trois vƓux.
Il y a de ces thÚmes à la mode, ces thÚmes utilisés à toutes les sauces et dont on aime bien se draper à l'occasion. Que ce soit dans un élan de populisme visant à s'attirer les faveurs de la population ou simplement pour se donner bonne conscience. Malheureusement, l'éducation fait figure dominante à ce chapitre depuis plusieurs mois déjà.
Le mot «violence» est ainsi devenu un buzzword. Il crée un écran, détourne des enjeux, permet toutes les manipulations affectives de l'opinion publique. C'est bien cela qu'il reste aux puissants, la manipulation, lorsque se dissipent l'aura de leur pouvoir et l'apparence de consensus. En grands titres, pouvons-nous lire, dans les différents quotidiens : «Manifestations étudiantes dans le calme». Comme si la chose devait étonner! Comme si l'essentiel se jouait là! Incidemment, le mot «calme» est devenu le nouveau gage de la légitimité politique dans la bataille pour l'opinion publique. Or, a-t-on jamais fait reculer un gouvernement dans le «calme»? Qu'avons-nous, nous, Québécois et Québécoises, avec cette obsession de la «tranquillité» lorsque, pourtant, rien ne va plus?
Beaucoup a Ă©tĂ© dit dans le dĂ©bat sur l'augmentation des droits de scolaritĂ© universitaires. Et c'est trĂšs bien puisque l'ampleur que prend le dĂ©bat dĂ©montre son importance pour l'avenir de notre sociĂ©tĂ© quĂ©bĂ©coise et son orientation pour les annĂ©es futures. Il existe, Ă  travers le monde, deux modĂšles complĂštement opposĂ©s quant aux droits de scolaritĂ© universitaires. Il y a le modĂšle europĂ©en de la gratuitĂ© (ou quasi-gratuitĂ©), et il y a le modĂšle anglo-saxon oĂč les droits sont de plus en plus Ă©levĂ©s.