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28/11/2016 08:14 EST | Actualisé 28/11/2016 08:14 EST

Premier procès de FEMEN au Canada: un test de démocratie

Le premier procès de FEMEN au Canada aura lieu le 30 novembre à la cour municipale de Montréal. Alors qu'être topless n'est pas plus criminel pour une femme que pour un homme et que manifester est une liberté démocratique, la Couronne tente tout de même de criminaliser notre mode d'expression politique. Face aux charges de trouble de la paix et de méfaits, je défendrai ma liberté d'expression.

Le premier procès de FEMEN au Canada aura lieu le 30 novembre à la cour municipale de Montréal. Des slogans féministes peints sur nos seins, nous menons des actions politiques pacifiques pour les droits et libertés de la personne. Alors qu'être topless n'est pas plus criminel pour une femme que pour un homme et que manifester est une liberté démocratique, la Couronne tente tout de même de criminaliser notre mode d'expression politique. Face aux charges de trouble de la paix et de méfaits, je défendrai ma liberté d'expression.

Après nos actions contre la prostitution au Grand Prix en 2014 et 2015, j'ai été accusée d'action indécente: une «action inappropriée qui excède le seuil de tolérance de la société». Ce crime est subjectif à outrance: il dépend d'une perception sociale et implique que si le Canadien moyen ne tolère pas la liberté des femmes, elle devrait être criminalisée. Pour porter ce chef, le SPVM a déclaré que je me suis masturbée en public, devant des enfants, en criant. Les policiers ont même écrit sur leur déclaration : «Elle a collé sa vulve sur le poteau». Ce mensonge délibéré m'a fait bien rire... Il montre tristement à quel point les agents ne savent pas reconnaître la masturbation féminine ni une vulve.

Le regard pervers que les autorités ont porté sur cette action demeure scandaleux. Incarcérée au poste de police, les enquêteurs m'ont miné de commentaires du genre: « T'as fait ta pute, il manquait juste de la musique à ton numéro de danse autour du poteau ». Ils m'accusaient précisément de ce que je venais dénoncer: de prostitution, qui par ailleurs est tolérée par les services de l'État au Grand Prix plus que jamais, alors que le tourisme sexuel prolifère. Pour nos gouvernements, conserver le revenu économique généré par l'exploitation sexuelle des femmes a toujours été plus prioritaire que de traquer les pimps et les clients et lutter contre le trafic humain.

Puis, j'ai été accusée d'exhibitionnisme suite à mon action pour l'accès à l'avortement à l'Assemblée nationale. Plus que toute autre, cette accusation d' « exhibition des organes génitaux, à des fins d'ordre sexuel » , si courante pour FEMEN France, montre à quel point le système de justice nous sexualise et pervertit nos gestes.

Mais en quoi serions-nous responsables de cette perception sexiste? En position agressive, nous n'essayons ni de séduire ni de plaire: quiconque est témoin d'une action FEMEN admet cette évidence. Et surtout: nos poitrines nues ne sont pas un organe génital, pas plus que nos mains, nos visages ou nos cheveux, également découverts, mais pas pour autant exhibés. Certains conservateurs religieux sexualisent les femmes au point de leur imposer de cacher leurs corps au complet: à quelle partie du corps féminin s'arrête, ou commence, cette sexualisation extrême des femmes? Nous la refusons dans sa totalité. Les activistes FEMEN sont des femmes qui s'en affranchissent et s'en moquent. Nous voulons être libres.

Ces charges d'action indécente et d'exhibitionnisme sont tombées la semaine dernière, après avoir pesé sur moi pendant deux ans et demi et servi aux autorités à rendre ma liberté conditionnelle. Comme de fait, de telles allégations contre FEMEN sont sans fondation et la couronne vient tout juste de réaliser qu'elle ne pouvait pas les soutenir.

À présent, c'est justement notre liberté d'expression que la couronne veut criminaliser, en prétendant que nous causons un trouble de la paix. Nos slogans comme « Fuck Sex Slavery Grand Prix » seraient du tapage: criés et «insultants». Pourtant, l'activisme ne saurait être détourné en trouble de la paix, car faire valoir ses idées publiquement et librement est une liberté au cœur même de notre démocratie. Comme le dit si bien mon avocate Véronique Robert, une action FEMEN ne peut être morcelée en ses éléments (bruit, seins nus, etc.), c'est une déclaration politique dans sa totalité.

Notre liberté d'expression ne peut être violée sous prétexte que cette expression est bruyante et que cette liberté est exercée en dehors de chez soi. Tout acte de protestation civile a pour but de troubler momentanément un certain statu quo social pour diffuser un message dans la société: c'est une liberté constitutionnelle, et non un crime.

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Du moins, c'est bien là le propre de la démocratie: nous ne criminalisons pas l'expression libre, non-violente, qui ne menace rien ni personne, contrairement aux régimes religieux et dictatoriaux. Car, quelles seraient les victimes de mon crime présumé? Les idées sexistes de certains?! En tant que FEMEN, nous exerçons notre liberté justement pour défendre cette valeur démocratique qu'est la liberté d'expression. Nous défions même ses plus puissants ennemis: des dictateurs comme Poutine, Erdogan, ou Rohani par exemple. Mon corps topless n'est pas qu'un moyen de parler, c'est le message même: un manifeste vivant pour la liberté, l'égalité et les droits fondamentaux.

Si le Canada criminalisait l'expression politique citoyenne, que ce soit l'activisme FEMEN ou toute forme de manifestation, avec des moyens légaux comme le règlement municipal P-6, la loi antiterroriste 2015 (connue comme C-51), l'ancienne loi 78 ou encore le trouble de la paix, cela serait non seulement anticonstitutionnel, mais aussi antidémocratique: notre gouvernement imiterait les régimes totalitaires et leurs techniques de répression. Notre contrat social est la constitution: la Couronne doit respecter notre liberté d'expression, même si elle n'aime pas nos tactiques. Je vais justement à procès pour faire valoir ces valeurs de la démocratie et j'ai foi que le Canada choisira de les respecter, car la pluralité des modes d'expression et des points de vue fait notre richesse.

En société, la liberté d'expression est la seule alternative à la violence, car elle nous permet de débattre. En effet, la paix est troublée par la violence et non par des interventions politiques pacifiques. Les seuls gestes violents au Grand Prix étaient ceux des agents de sécurité envers moi: c'était leur réponse automatique à la liberté d'une femme.

FEMEN est un véritable test de démocratie, au Canada comme ailleurs. Ce procès est sans précédent: je vous invite à venir y assister, que ce soit pour nous soutenir ou pour suivre l'état de la liberté d'expression dans notre pays.

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