LES BLOGUES
14/02/2017 04:13 EST | Actualisé 15/02/2018 00:12 EST

Objectif Emploi : et si on pensait à long terme?

TEXTE COLLECTIF - Nous espérons que l'intention du gouvernement est de soutenir les gens pour qu'ils sortent de la pauvreté, et pas simplement de leur offrir des cours de rédaction de curriculum vitae.

Maintenant que le projet de loi 70 a été adopté, nous attendons que le gouvernement dévoile le règlement qui rendra le programme Objectif Emploi opérationnel. Nous pensons que ceux et celles qui l'écriront devraient s'inspirer de nos expériences de vie en tant qu'anciens ou actuels prestataires de l'aide sociale.

Chaque année, il y a environ 17 000 nouvelles personnes qui font une demande d'aide de dernier recours, et l'intention du ministre Blais est que chacune d'entre elles soit rencontrée dans le but de déterminer un plan d'intervention. La plupart des agents d'aide sociale ne sont pas des travailleurs sociaux comme cela était le cas auparavant, et n'ont pas d'expertise ni dans l'aide à la recherche d'emploi, ni dans l'intervention sociale, non plus qu'ils/elles n'ont de connaissance approfondie du marché de l'emploi. De plus, ces agents déplorent déjà une surcharge de travail, qui s'aggraverait si on leur ajoute la gestion d'Objectif Emploi. Depuis près de 10 ans, les agents d'aide sociale ne rencontrent plus les demandeurs d'aide en face à face. Pour que le plan d'intervention soit adéquat, il faut que la personne soit rencontrée, mais aussi qu'elle soit au centre de cette démarche, qu'on la traite avec empathie et respect, et que l'on prenne en considération sa formation, ses compétences, ses expériences, tout comme ses ambitions et ses rêves.

Un autre problème est qu'actuellement, il n'y a pas de flexibilité quand quelqu'un veut suivre une formation. Souvent, les personnes n'ont pas accès aux formations qu'elles pensent être plus adaptées à leurs besoins, compte tenu de leur formation et de leur expérience de travail. C'est un problème encore plus crucial pour les jeunes et les personnes immigrantes, ces deux groupes formant la grande majorité des nouveaux demandeurs.

Si on ne peut finir son secondaire, on ne pourra pas avoir accès à un niveau d'éducation supérieure, et on sera toujours cantonné dans des "jobines".

Pour les jeunes, il est important de pouvoir finir leur scolarité secondaire, car même les emplois les moins qualifiés exigent un Secondaire V. Si on ne peut finir son secondaire, on ne pourra pas avoir accès à un niveau d'éducation supérieure, et on sera toujours cantonné dans des "jobines".

Pour les personnes immigrantes, la reconnaissance des diplômes et l'accès à des classes de français constituent deux obstacles majeurs. Parmi nous, tous ont eu des problèmes de ce type à divers degrés. Une personne rapporte avoir un diplôme en droit à l'étranger, mais Emploi-Québec a refusé de financer des cours d'appoint dans le domaine juridique qui lui aurait permis de trouver un emploi dans son domaine. Un autre rapporte le cas de son beau-frère qui avait d'abord immigré dans une autre province canadienne, à son arrivée au Québec, il n'était plus immigrant récent, et n'avait donc pas accès aux programmes de francisation. Il ajoute que ces programmes ne sont pas adéquats, car ils ne permettent pas d'acquérir un niveau fonctionnel de français, ce que confirment Rebecca et Marina qui en ont aussi eu l'expérience.

Il n'est donc pas surprenant que beaucoup de personnes immigrantes avec un diplôme universitaire se retrouvent à l'aide sociale.

Nous sommes également préoccupés par le sort des nouveaux demandeurs qui auront des problèmes personnels ou de santé qui les empêcheront de répondre aux exigences du plan d'intervention, mais qui ne seraient pas reconnus par le Ministère. Le sort des plus de 50 ans est aussi inquiétant: malgré leurs compétences et leur volonté de trouver du travail, le marché du travail est plus difficile pour ces personnes, et de plus, ils sont souvent exclus des programmes d'Emploi-Québec et des cours de francisation en raison de leur âge. Autre préoccupation: comment Objectif Emploi va traiter les personnes qui travaillent à temps partiel et touchent aussi de l'aide sociale? Il s'agit actuellement de près de 20% des prestataires qui doivent constamment fournir des documents, pour des sommes parfois ridicules.

Jusqu'à présent, le Ministère a adopté une vision à court terme: dépenser le moins d'argent possible en formation sur une personne afin de la sortir le plus vite possible de l'aide financière. Il ne se préoccupe pas de savoir si l'emploi trouvé est un emploi au salaire minimum, un emploi précaire, un emploi qui ne correspond pas aux qualifications de la personne ou même un emploi dangereux. Il ne se préoccupe pas de savoir si la personne sort réellement de la pauvreté. Nous espérons sincèrement que le règlement à venir marque un changement, et favorise une approche plus transparente et à long terme, visant à améliorer significativement le sort des personnes qui vont passer par le programme Objectif Emploi. Nous espérons que l'intention du gouvernement est de soutenir les gens pour qu'ils sortent de la pauvreté, et pas simplement de leur offrir des cours de rédaction de curriculum vitae.

Texte collectif signé par Maria Ines Garduno, Mohamed Benkiran, Alexander Rudavin, Marina Rishkevitch, Lisa Dick, Aissatou Diallo, Rosario Tapia et Nathalie Rech.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Chômage au Canada: classement par province Voyez les images

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter