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08/03/2018 09:00 EST | Actualisé 08/03/2018 09:00 EST

À qui profitent les dollars investis par le Québec dans les nouvelles technologies?

Nous sommes devant l’opportunité de transformer un problème en solution.

Getty Images/iStockphoto

Le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation a pour mission de soutenir la croissance des entreprises, l'entrepreneuriat, la science et l'innovation, entre autres. Il s'est doté d'une stratégie annoncée le 1er mars 2018, la Vitrine 4.0 : un nouveau programme pour partager l'excellence numérique des entreprises québécoises qui s'inscrit dans le plan en économie numérique du gouvernement Québec. Ce plan prévoit l'investissement de près de 200 millions de dollars sur cinq ans pour mettre en place 28 mesures concrètes organisées sous cinq axes d'interventions : stimuler les innovations par les technologies et les données, accélérer la transformation des entreprises et l'adoption du commerce électronique, renforcer la position du secteur québécois des TIC comme chef de file mondial, se doter des compétences numériques requises, assurer un environnement d'affaires attrayant et favorable au déploiement du numérique.

Le programme en économie numérique fait partie de la Stratégie numérique dont on nous parle depuis le début du mandat de l'administration en place, élaborée avec la collaboration de citoyens, d'experts, d'entreprises et d'organismes, pour répondre à leurs préoccupations, aux besoins et aux réflexions. De prime abord, tous les éléments semblent réunis pour dire que la préoccupation d'atteindre un consensus était là. Tout le monde a fait ses devoirs. Pourtant...

Les besoins dans les technologies de l'information et des communications (TIC) sont importants. D'ici 2021 c'est une pénurie de plus de 200 000 emplois qui frappera notre marché si ne faisons rien. Pour répondre aux défis de l'économie numérique, il faudrait pourvoir 12 000 nouveaux postes dans les TIC chaque année. Or « au Québec, on en produit [...] environ 3 000 nouveaux diplômés par année », confiait à Radio-Canada, l'automne dernier, Paul Raymond, PDG de la firme Alithya. « C'est simple, il y a une pénurie de 9 000 emplois potentiels qui ne sont pas comblés en informatique au Québec chaque année. Il faut encourager les jeunes, surtout les filles, à aller dans des programmes informatiques. »

L'Association québécoise des technologies affiche que seulement 20% des postes en TIC sont occupés par des femmes. Si ce taux est demeuré stable au cours des 10 dernières années, il reste cependant faible et la proportion de femmes qui occupent des postes décisionnels est encore moindre.

La Stratégie numérique du Québec ne prévoit aucune action pour créer les ressources qualifiées si recherchées par nos entreprises! Et ça, c'est un problème.

Selon Statistique Canada nous savons que depuis le recensement de 2016 les emplois les plus occupés par des femmes au Canada sont ceux de vendeuse dans le commerce de détail et de caissière.

Selon Statistique Canada nous savons que depuis le recensement de 2016 les emplois les plus occupés par des femmes au Canada sont ceux de vendeuse dans le commerce de détail et de caissière. Or, ces emplois sont voués à disparaître. Nous avons déjà accès à des caisses en libre-service chez Ikea ou en épicerie et le commerce de détail subit déjà depuis des années les effets du commerce en ligne ou de la robotisation. Le Brookfield Institute for Innovation + Entrepreneurship de l'Université Ryerson à Toronto parle même de 92 % des emplois dans le commerce de détail, soit actuellement 656 000 employés, et de 97 % des emplois de caisse, soit 309 000 employés qui seraient remplacés par des robots et autres habitudes d'achat au cours des prochaines années, dans son étude The talented Mr. Robot — The impact of automation on Canada's workforce. Par conséquent, sur près d'un million de postes pour une très grande majorité des femmes, probablement sans diplôme, à l'horizon se profile le chômage.

Nous sommes devant l'opportunité de transformer un problème en solution. D'un côté, nous avons des professions vouées à disparaître et parallèlement un secteur économique en manque de main-d'œuvre. Selon Margarida Romero, professeure en technologie éducative à l'Université Laval, la robotisation « peut créer des emplois qui seront plus intéressants. Tout dépend des politiques qui seront mises en place pour mettre en valeur l'humain. » Le Québec ne semble pas préparé au déclin qui touchera le marché du travail d'ici 5 ans et ne peut investir dans l'innovation sans le faire dans la main-d'œuvre.

Dans son rapport publié en janvier 2018, le conseil des technologies de l'information et des communications (CTIC) (Les fruits du numérique: rajuster le tir dans une économie en évolution), on peut lire que « représentant près de la moitié des Canadiens en âge de travailler, les femmes font partie d'un important bassin de talents pour les emplois numériques de qualité qui appuieront notre future économie [...], une tendance qui suggère qu'il y a clairement place à l'amélioration en renouvelant l'objectif de la diversité et de l'inclusion. »

Dans ce contexte, les femmes représentent une manne providentielle pour notre marché. À y regarder de plus près, il y a un potentiel évident d'élargissement de cette offre pour les jeunes, les immigrants, les autochtones, les personnes à mobilité réduite qui pourraient y trouver une entrée sur le marché du travail valorisante et pérenne.

Ces dernières années, des organismes-écoles proposent des formations en codage et apportent des compétences techniques aux adultes en réorientation professionnelle. Ces formations peuvent se faire le temps d'un semestre à l'université et garantissent un emploi. Avant ça, on a vu fleurir les incubateurs de start-ups, les événements tels les hackathons ou communautés de partage des connaissances, et les prix variés encourageants le développement de projets TIC. La plupart, des initiatives privées, autofinancées, soutenues par des bénévoles passionnés et des commanditaires visionnaires, mais rarement par nos institutions.

C'est peut-être bien dans sa stratégie numérique que le gouvernement pourrait intégrer la formation transformer en opportunité ce déclin annoncé de certains secteurs économiques dès maintenant.

Le Québec doit investir dans tous ses Québécois.

Le Québec doit investir dans tous ses Québécois. Nous avons la chance d'avoir des secteurs économiques florissants et qui plus est inclusifs. En formant seulement le sixième des femmes, hommes, jeunes, minorités visibles, Premières Nations, personnes à mobilité réduite pour le marché du travail, on ne parlerait plus de pénurie en 2021. Qu'attendons-nous?

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