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26/06/2015 10:40 EDT | Actualisé 02/08/2016 11:13 EDT

Un lien pour la vie

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - Ce qui peut s'apparenter pour certains à un champ de bataille ou même à un terrain miné est pour moi une aventure nouvelle, non pas à chaque début d'année scolaire, mais à chaque début de journée.

Du plus lointain que je me souvienne, j'ai toujours voulu enseigner. Je ne devais même pas être sur les bancs d'école lorsque la profession m'a fait les yeux doux. L'appel, je l'ai eu pendant mon enfance. Jouer à l'école était pour moi plus invitant que de jouer à la maman. Quarante ans plus tard, je suis enseignante et pas maman.

À l'adolescence, dans les cours d'éducation au choix de carrière, j'avais beau faire tous les tests avec le sérieux qu'on me connaît: j'allais devenir enseignante, ou optométriste. J'ai eu beau tenter de m'orienter vers un autre métier, c'est toujours la vie de prof qui revenait sur le tapis.

À l'heure fatidique du choix de carrière, mes parents ont bien tenté de m'éloigner des écoles, mais je résistais. Avaient-ils vu dans une boule de cristal l'avenir que l'on réservait à la profession?

Puis, au moment de mon inscription au baccalauréat, je me voyais voguer tranquille, trois ans plus tard avec mes quelques vingt-cinq élèves, sur l'océan de la découverte, me laissant bercer de leur reconnaissance et savourant la gratitude infinie de la société. J'étais plus que prête.

Heureusement, je n'ai pas déchanté tout de suite, même si, déjà, planaient au-dessus de ma tête des rumeurs d'une profession qui perdrait peu à peu ses lettres de noblesse.

Je crois que l'érosion de la profession s'est faite petit à petit, sans que l'on s'en rende compte. Comme dans l'histoire de la grenouille qui ne croyait pas qu'elle était cuite, d'Olivier Clerc (écrivain et philosophe). Dans mon cas, les irritants se sont manifestés graduellement et étaient à peine perceptibles. Était-ce dû en grande partie à mon moral d'acier? J'imagine.

Armée d'une solide détermination, j'ai choisi de m'associer à des enseignants expérimentés pour qui le nerf de la guerre était le service direct à l'élève. Ces pédagogues avaient le talent pour voir le bon côté des choses. Nous avons fait preuve de créativité afin de déjouer un système qui s'alourdissait de plus en plus, en concentrant notre énergie et nos pensées sur ce qui était le plus important: l'apprenant. Car c'est par là que tout commence.

Personnellement, j'ai redoublé d'ardeur afin de me perfectionner. J'avais du temps, des idées en quantité phénoménale, et la jeunesse. J'avais soif de pédagogie, de nouvelles technologies, de nouveautés didactiques, mais je me suis attardée sérieusement, et heureusement, au lien d'attachement qui unit le maître et l'élève.

«Pour éduquer un enfant et lui enseigner, il faut qu'il soit attaché à nous.»

Inspirée de cette affirmation venant d'un de mes mentors pédagogiques, Richard Robillard, j'ai orienté mes actions en ce sens. J'ai fait du lien d'attachement ma priorité.

Je me suis fait le serment intérieur, en pensant à ces petits écoliers, d'assumer pour eux un rôle de protection et de les guider jour après jour. Je me suis engagée à tenir compte de leurs besoins en les écoutant et en communiquant clairement, de la façon la plus honnête possible.

Cette façon de faire, de voir l'enseignement, est devenu au cours des années mon champ d'expertise. D'instinct, je suis devenue un phare pour chacun des élèves que je côtoie. Cette responsabilité fondamentale, que je n'endosse pas toujours facilement vu l'investissement considérable requis, m'a fait plus d'une fois me questionner sur mon tumultueux choix de carrière.

Toujours selon M. Robillard, les bienfaits du lien l'attachement nous confirment que de voguer vers cette voie est payant plus qu'on ne pourrait le croire, car il:

  • Permet d'avoir de l'influence;
  • Permet d'exercer une saine autorité;
  • Permet d'exiger l'attention;
  • Permet de formuler des consignes;
  • Active les instincts de proximité;
  • Évoque le désir d'être bon et d'apprendre;
  • Influence la motivation et le choix.

«Aujourd'hui, je suis motivée plus que jamais dans ce que j'appelle "ma mission" plutôt que mon "travail".»

En me rendant vulnérable par ma sensibilité et en mettant en place un climat de proximité, j'ai la conviction que je peux offrir à mes jeunes sécurité et stabilité. Cette envie d'offrir une présence importante demande une disponibilité énorme, je sais, mais le retour du balancier se manifeste de façon tellement émouvante et gratifiante.

Certes, il y a eu des changements importants depuis mon entrée dans la profession. J'ai vécu des moments houleux, des crises majeures, des moments de découragement. Mais si je fais un bilan de mes vingt-cinq dernières années à la barre de mon paquebot pédagogique, je constate que j'ai pu visiter de nombreuses îles, y séjourner le temps nécessaire et, surtout, y rencontrer des acteurs inspirants (autant adultes qu'enfants).

Aujourd'hui, je suis motivée plus que jamais dans ce que j'appelle «ma mission» plutôt que mon «travail». Ce qui peut s'apparenter pour certains à un champ de bataille ou même à un terrain miné (car il n'est pas donné à tous, malheureusement, d'aimer enseigner) est pour moi une aventure nouvelle, non pas à chaque début d'année scolaire, mais à chaque début de journée.

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