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22/01/2014 11:58 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

En finir avec l'anglophobie qui sévit au Québec

Dans la foulée des témoignages pour le moins «colorés» qui ont fusé de toute part à l'occasion de la première semaine des consultations sur la Charte de la laïcité, une nouvelle politique aberrante a vu le jour. Dorénavant, il sera interdit aux employés du ministère et des agences gouvernementales de communiquer en anglais avec les compagnies et organismes établis au Québec.

En plus d'aliéner une énième fois la minorité anglophone de la province, cette politique superfétatoire va carrément à l'encontre du libre choix. Il n'y a aucun corollaire entre le fait d'offrir des services en anglais lorsque c'est possible et la survie de notre langue. En d'autres mots, il est ridicule d'interdire unilatéralement l'usage de l'anglais si les deux interlocuteurs sont à l'aise dans cet idiome. Isoler ainsi les minorités culturelles et linguistiques semble être encore une fois le modus operandi.

Il est évident que personne ne réfutera l'importance d'assurer l'avenir et la pérennité de la langue de Molière au Québec. Le hic, c'est que nous semblons incapables de préserver notre identité sans l'imposer aux autres (et introduire des interdits de toutes parts). Pire encore, ce repliement couard, si caractéristique du stéréotype du «Québécois né pour un petit pain», contribue d'autant plus à limiter l'accès à une seconde langue pour la majorité francophone.

Le bilinguisme constitue une richesse inestimable, contribuant activement au développement économique et social d'une nation. Les Européens par exemple, citoyens du monde et polyglottes, n'ont pour autant pas perdu leur langue maternelle. Dans un contexte mondialiste, il ne fait simplement aucun sens de carrément censurer l'utilisation d'une langue seconde. Cette nouvelle barrière linguistique à saveur xénophobe fera fuir les investisseurs étrangers, qui préféreront s'établir ailleurs qu'au Québec.

Cette politique contribue également à ternir l'image des Québécois au Canada et à l'étranger. Notre première ministre, qui peine à s'exprimer en anglais, en est un exemple probant. Son niveau de compréhension et d'expression est un handicap sur la scène internationale et témoigne d'un manque d'ouverture.

Tenter de préserver une langue à coups de législations autocratiques ne mène qu'à l'impasse. La préservation de la langue française se ferait alors au prix d'une perte de la culture personnelle et des habiletés de communication avec le reste du monde. Le Québécois unilingue ne sera pas aussi enclin à s'ouvrir, à voyager, et à découvrir d'autres cultures et façons de penser. Et c'est justement ce Québécois-là qui risque de dire des âneries à la commission Drainville.

Au final, de telles politiques coercitives ne règlent pas le problème et favorisent plutôt une ghettoïsation volontaire. Il serait préférable de préconiser des approches inclusives plutôt que des mesures exclusives, qui divisent et n'accomplissent rien. Lutter contre l'analphabétisme, améliorer l'enseignement du français et la formation des éducateurs, voilà des solutions sensibles. Ainsi, le désir de s'ouvrir au monde et de s'outiller d'une langue seconde ne devrait pas rimer avec l'apathie de voir sa langue s'éteindre. Un trop grand nombre de Québécois voient l'anglais comme une menace, et tant que cette peur persistera, notre peuple stagnera. Il est grand temps de planter le dernier clou dans le cercueil du québécois colonisé, anxieux et frustré, et d'être fier de notre bilinguisme.

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