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13/03/2015 12:46 EDT | Actualisé 13/05/2015 01:12 EDT

Le président al­-Sissi : dernier espoir de paix et d'indépendance pour les Arabes

C'est bien notre identité arabe qui est aujourd'hui menacée par l'extrémisme sunnite. L'arabité est totalement indépendante de l'Islam.

Cette semaine, l'ignoble Boko Haram a fait allégeance à l'autoproclamé «calife» de Raqqa, cette ville syrienne occupée par une armée d'étrangers, dont la majorité vient d'Europe, un siècle après le mandat de la Société des Nations sur le Bilad al-­Sham et la Mésopotamie.

Aujourd'hui, la situation est devenue extrêmement dangereuse eu égard à l'indépendance des Arabes, qui se retrouvent dans la même situation qu'au VIème siècle, où Ghassanides et Lakhmides s'entretuaient pour le compte de l'Empire Romain d'Orient, la dénommée Byzance, et l'Empire Perse des Sassanides. S'affrontent, en effet, des Etats arabes dont le clivage religieux correspond parfaitement aux luttes d'Empire, qui confrontent l'Occident, la Turquie et l'Iran, les héritiers sinon génétiques, du moins historiques, de la France et du Royaume-­Uni, de l'Empire ottoman, et de la Perse des Safavides.

Les Arabes s'entretuent pour que vivent les Occidentaux, les Turcs et les Iraniens. Anciennement les Romains, les Ottomans et les Perses. Quelle bonté d'âme!

À cette exception près que 200 000 Syriens sont morts de cette guerre fratricide, pour le compte des autres, auxquels il convient d'ajouter tous les morts des autres guerres du Monde Arabe : la Palestine, le Liban, l'Iraq et le Yémen. Que dire encore de la disparition de la civilisation arabe, victime de cet extrémisme sunnite, qui veut tuer l'identité arabe?

C'est bien notre identité arabe qui est aujourd'hui menacée par l'extrémisme sunnite. L'arabité est totalement indépendante de l'Islam. Les premières cités arabes de la Transjordanie, de la Mésopotamie et de la Palmyrène professaient toutes le nom du Christ ou le nom des dieux Ba'al (et Allat) du panthéon sémitique traditionnel. Pétra, Palmyre et Hatra étaient, en effet, de grandes capitales arabes, qui ont été le moule primitif de notre civilisation arabe. Les Chrétientés monophysite et nestorienne, qui étaient presque officielles sous les Emirats Lakhmides et Ghassanides, ont normalisé et normatisé la langue arabe, si bien que le premier alphabet arabe a été inventé par des chrétiens. L'inscription arabe la plus ancienne est, ainsi, une formule chrétienne, trouvée sur le portail d'une basilique, aux alentours des ruines de Zabad, près d'Alep, en Syrie. Les Chrétientés orientales sont fondatrices de l'Arabité (consciente). L'Islam s'est ensuite transposé sur cet héritage arabe, chrétien, qu'elle a, certes, enrichi, mais les Arabes ­chrétiens ont le privilège de l'aînesse dans l'Arabité.

Nous en sommes finalement à cette situation où nos seules perspectives immédiates sont (1) d'accepter la domination iranienne, pour mettre fin à l'extrémisme sunnite, qui est le danger le plus immédiat contre notre identité arabe, ou (2) d'accepter le protectorat turco­américain, qui veut recomposer le Moyen-Orient, par une territorialisation confessionnelle, laquelle passe forcément par des déplacements de populations, voir des génocides, comme ce qui se passe actuellement en djéziré syrienne, où les Turcs voient sûrement d'un bon oeil l'extermination des rescapés du génocide de 1915.

Pourtant, nous oublions trop souvent qu'une troisième perspective d'avenir s'est miraculeusement présentée à nous, au grand dam de la Turquie, du Qatar et de l'Iran.

Le Président Abd al­Fattah al­Sissi est une source d'espoir pour toute la Nation Arabe. Son combat politique

contre ceux qui osent se prétendre les «frères musulmans» est à la mesure de l'extrême gravité du danger contre notre identité arabe, qu'on veut substituer par une identité islamique «sunnite». Par ailleurs, son audace face aux oulémas d'al-­Azhar, qu'il a appelé à se responsabiliser, est salutaire.

Le problème auquel nous faisons face est, en effet, la crise sans précédent du Sunnisme. Cette crise est tant socio­politique, depuis l'abolition soudaine et sauvage du Califat de Constantinople, que théologique, à cause de la canonisation par les autorités sunnites d'un corpus théologique exogène au Canon musulman traditionnel : le Coran et le Hadith. La canonisation des quatre madhahib, et la clôture du débat sur la nature du Coran (incréé ou contingent), par la canonisation de l'oeuvre d'al­Ash'ari, est à l'origine de cette archaïsation du sunnisme, qui est, en l'état actuel, totalement incompatible avec la Modernité, et je dirai même avec le sens de l'Histoire. Si bien qu'en termes géopolitiques, la situation se pose ainsi :

(1) grâce à l'ouverture de la théologie chiite, qui considère que l'intelligence humaine a une connaissance innée du Bien et du Mal, indépendamment de la connaissance de la Révélation, qui pratique, en outre, l'ijtihad, et qui considère aussi que l'Homme est essentiellement libre, l'Iran est le pays au sein du monde musulman qui dispose de la suprématie culturelle et technologique, et selon l'accord à venir sur son exploitation de l'énergie nucléaire, il pourrait bientôt devenir le pays musulman le plus riche et l'armée musulmane la plus puissante, détrônant l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan, les principales puissances sunnites ;

(2) le Sunnisme est en proie à un schisme opposant les réformateurs et les conservateurs, pouvant conduire à une guerre civile dans certains pays, dont la Tunisie, l'Algérie, le Maroc et l'Égypte. Dans ces pays, la voix des réformateurs est la plus audible, mais les conservateurs sont d'autant plus violents qu'ils se sentent menacés, conduisant, ainsi, des campagnes d'intimidation par des attentats sanglants visant les intellectuels et l'État, cette situation pouvant aboutir in fine à la guerre civile.

Dans cette situation, le président Abdel­ Fattah al-­Sissi est le dernier espoir de paix et d'indépendance, pour les Arabes. Mécène des acteurs de la Réforme du Sunnisme, le Président al­Sissi pourrait permettre aux Arabes, majoritairement sunnites, d'accéder à une Renaissance théologique et religieuse, laquelle est devenue indispensable, puisque le problème est tant socio­politique que politico­religieux. Son tandem avec le Grand Sheykh d'al­Azhar, Ahmad al­Tayyeb, est ainsi capital pour l'avenir des Arabes.

Comme Muhammad Ali, en son temps, le président Abdel Fattah al­-Sissi est engagé dans un combat contre l'archaïsme et l'obscurantisme, principaux outils de la domination étrangère sur la Nation arabe. Contrairement à Muhammad Ali, le président al­-Sissi semble, nonobstant, pouvoir compter sur l'aide de Son Excellence le Grand sheykh d'al-­Azhar, laquelle est indispensable pour aboutir enfin(!) à l'indispensable réforme du Sunnisme, qui est la clé du succès et de l'aboutissement de la Nahda dans le monde arabe.

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