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24/12/2015 12:26 EST | Actualisé 23/12/2016 05:12 EST

Jésus et Mahomet fêtent Noël ensemble

En France, au Canada, au Liban, en Égypte... Les chrétiens et les musulmans vont pouvoir se retrouver autour de cette journée exceptionnelle où tous seront en fête.

Noël et l'anniversaire de Mahomet auront lieu le même jour, cette année. Alors qu'en Algérie, le syncrétisme local a engendré la célébration de Noël, appelé, dans l'est du pays, al-Mawoud Ayssa, d'aucuns se sentent désemparés et se demandent déjà comment ils vont bien pouvoir fêter ces deux évènements, le même jour. C'est en effet un dilemme original, malheureusement bien méconnu en Occident.

En France, au Canada, au Liban, en Égypte... Les chrétiens et les musulmans vont pouvoir se retrouver autour de cette journée exceptionnelle où tous seront en fête. Comme désormais, à l'Assomption.

Après une année si difficile et l'attentat le plus sanglant depuis la Deuxième Guerre mondiale en France, il fallait bien au moins ça. Toute la planète a été secouée, cette année, par des évènements tragiques sans précédent: Tunis, Paris, Beyrouth et les pays du Golfe, qui ont subi des attentats meurtriers.

Cette journée de fête partagée nous permet de communier ensemble. Fait remarquable, on compte en Égypte, où des chaînes de télévision avaient pourtant indiqué les années précédentes qu'il était «haram» (péché) d'adresser ses vœux pour Noël, des professeurs de l'Azhar souhaiter simultanément de bonnes fêtes à tous, pour l'anniversaire du Prophète Mahomet et Noël.

À l'instar du professeur Oussama Nabil, directeur de l'Observatoire de l'Azhar, un artisan de la paix qui œuvre en faveur de la réconciliation civile et combat daech à la source, en publiant systématiquement, depuis l'Observatoire de l'Azhar, des travaux d'exégèses coraniques et prophétiques, réfutant les jugements lancés par les «cadis» du calife autoproclamé.

Dans le reste du monde arabe et parmi les musulmans d'Europe, il semble que la fameuse controverse «haram ou halal» de souhaiter un joyeux Noël soit moins populaire que les années précédentes. Ce qui est révélateur.

Malgré la multiplication des attentats islamistes, on observe en effet un net recul, encore très fragile, de l'influence extrémiste sur les musulmans des pays arabes, qui se fait aussi sentir chez les musulmans d'Europe, depuis les attentats du 13 novembre, qui ont délié les langues.

Parmi les observations de cette nouvelle tendance positive, on peut déjà remarquer que les sociétés civiles algériennes et marocaines tiennent solidement face au siège islamiste, qui aurait dû les défaire de longue date.

En Tunisie, les extrémistes, qui ont perdu les élections, se sont rabattus sur la carte de la violence terroriste, qui a échoué à changer le visage de la société civile tunisienne, très ancrée dans son héritage ouest-méditerranéen.

En Égypte, le cœur du monde arabe, le travail de l'Azhar, conformément à la demande du président Al-Sissi, a très largement porté ses fruits, et la concorde civile semble être revenue. L'Observatoire de l'Azhar contre les extrémismes religieux, sous l'autorité du professeur Oussama Nabil, a également fourni un travail de contre-propagande et d'argumentation exégétique de très haut niveau, qui a convaincu une large partie des Égyptiens de l'authenticité de ce que l'Azhar appelle «l'islam du juste milieu». Si bien que les islamistes se sentent menacés dans le pays des pharaons, où la vindicte populaire a déjà lynché dans la rue de nombreuses personnes soupçonnées d'être des extrémistes.

Du reste, le travail d'organisations telles que l'Isesco semble aussi porter ses fruits. L'Isesco, à titre d'exemple, a organisé des ateliers d'alphabétisation et de formation professionnelle à destination des femmes, dans certains pays du sahel, dont le Mali; des programmes habilités à faire reculer l'extrémisme religieux et le terrorisme, en donnant aux populations les outils adéquats (la lecture et la culture) pour confronter les idéologies.

L'Isesco a également parrainé et financé des conférences sur l'islam et la femme, un sujet brûlant, au cœur de la pensée extrémiste. Leur représentante à l'UNESCO, Samia Djacta, est d'ailleurs très active sur ce sujet. Paris a hébergé un certain nombre de ses évènements salutaires, quand on assistait parallèlement à des catastrophes telles que le salon de la femme musulmane à Pontoise.

À cet égard, il est de la responsabilité de la communauté internationale de renforcer des institutions telles que l'Isesco et l'Azhar, qui sont en mesure d'offrir au monde les clés possibles de la concorde civile dans les sociétés multiconfessionnelles de notre Méditerranée commune. Il est d'ailleurs troublant de constater que les contacts de pays comme la France, le Canada, la Belgique ou le Royaume-Uni, gangrénés par l'islamisme, soient aussi dérisoires avec ces institutions pourtant amènes de nous aider concrètement.

La tendance générale, étonnante, du monde arabe en est la preuve.

Quoique les défis sont encore grands. Alors qu'ils sont entre 12 et 20 millions de personnes, les Égyptiens-chrétiens représentent à peine 2% de la fonction publique de leur pays. Outre la visite historique, l'an dernier, du président Al-Sissi à la célébration du Noël copte, il eût également fallu restituer aux chrétiens leurs droits les plus élémentaires de citoyens, en leur ouvrant immédiatement la fonction publique.

Dans le reste du monde arabe, les femmes subissent encore d'atroces violences et sont victimes d'intolérables discriminations institutionnalisées. Si bien que la légère avancée du monde arabe, observée depuis cette année, semble encore bien insignifiante face aux chantiers pharaoniques de la révolution sociale. Mais on a pu au moins identifier les acteurs les plus efficaces et les plus utiles à la revivification du corps social arabe: l'Azhar, l'Église copte et l'Isesco.

Comme dirait une certaine Mariah Carey, all we want for Christmas is... que cette tendance se confirme. Et qu'elle s'accélère. La communauté internationale a le pouvoir d'y obliger. Et puisque nous sommes dans la référence des chansons pop, reprenons en cœur le célèbre refrain de Foreigners: «I know you can show me ; I want you to show me». À l'adresse des puissances et des États, bien sûr !

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