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Yémen: ni l'Iran, ni les Saoud, ni Hadi et ni Saleh!

Les Yéménites pris au piège de la régionalisation des rapports de force politiques dans leur pays n'ont cessé de lancer le même cri, depuis l'éviction de l'ancien Président : ni Saleh, ni Hadi! Ni les Saoud, ni l'Iran!

La Turquie et l'Iran se sont entendus, ces derniers jours, pour lancer un appel commun à la fin des hostilités au Yémen, berceau de l'Orient sémitique et de la civilisation arabe. L'accord entre la puissance chiite et l'ancien califat sunnite pourrait avoir de quoi mettre fin à la guerre confessionnelle qui se déroule au Yémen entre les Houthis, une milice chiite de la branche des Zyadites, et les tribus de l'Arabia Felix, au sud du pays, qui sont majoritairement sunnites.

Mais c'est sans compter que la guerre au Yémen, dont on abuse de la lecture confessionnelle, est en fait un conflit politique entre deux hommes : Saleh, l'ancien Président, écarté à cause de la révolte qui a suivi la chute de Hosni al-Moubarak, en Égypte, et Hadi, le nouvel homme fort du pays, qui a été l'adjoint de Saleh depuis 1998.

Force est de constater que Hadi, bien qu'il soit en effet soutenu par une coalition sunnite, dont le royaume des Saoud a pris la direction, est en fait un ancien partisan du parti communiste yéménite, dont il a fait partie, dans la branche la plus radicale. On est donc très loin d'un leader du jihad sunnite. Par ailleurs, les factions sont tellement nombreuses parmi les sunnites, et les alliances improbables sont si fréquentes au Yémen, qu'il est impossible de parler d'une guerre confessionnelle des sunnites contre les Houthis.

En réalité, la confessionnalisation du conflit a eu lieu à l'extérieur du pays, lorsque les Saoud ont lancé cette coalition « sunnite » pour empêcher les Houthis de prendre Aden et le détroit de Bab al-Mandeb. La guerre civile « politique » au Yémen s'est ainsi transformée en une confrontation régionale « confessionnelle », entre les Saoud et l'Iran.

Les Yéménites pris au piège de la régionalisation des rapports de force politiques dans leur pays n'ont cessé de lancer le même cri, depuis l'éviction de l'ancien Président : ni Saleh, ni Hadi! Ni les Saoud, ni l'Iran! Comme nous l'a rappelé Anita Kassem, doctorante yéménite en affaires internationales, Saleh et Hadi ont été complices pendant 17 ans, années pendant lesquelles le pays a sombré dans la pauvreté.

Pour comprendre les rapports de force politique au Yémen, il faut se souvenir de la guerre civile de 1994, laquelle nous renvoie également à la fuite de Hadi vers le nord du pays, en 1987.

Le président Hadi est originaire d'une tribu sunnite de Thukayn, un village du sud du Yémen. Il a soutenu le président Ali Muhammad al-Hosny, remis en cause par les partisans de son prédécesseur, lesquels ont provoqué une guerre civile, qui l'a mis en fuite vers le nord, où il a bénéficié de la protection du président Saleh. Pendant sa guerre contre le Sud, en 1994, le président Saleh, en remerciement de sa protection, a profité de l'aide de Hadi, qui lui a permis d'envahir le Sud plus facilement, grâce à ses relations avec les tribus.

Il est donc extrêmement cynique qu'on présente aujourd'hui Hadi comme le grand leader des populations du sud du Yémen, alors qu'il a participé à l'invasion de leur territoire par l'armée du Nord. Il faut aussi insister sur ce que Hadi a été, pendant 17 ans, le vice-président de Saleh, partageant, de facto, la responsabilité de l'appauvrissement et du sous-développement du pays.

Dans cette situation, quelles sont les perspectives d'avenir du Yémen? Comme l'a fait remarquer Jad Ouaydat, journaliste à France 24, lors de la conférence de l'union des journalistes arabisants de France, il est nécessaire de mettre fin aux hostilités au Yémen, parce que la situation pourrait déborder dans toute la région. Les Houthis doivent arrêter d'avancer dans le Sud, et la coalition saoudienne doit absolument réduire la cadence de ses bombardements aériens extrêmement meurtriers, pour y mettre fin progressivement.

Seules des négociations entre les Yéménites sous l'égide de l'ONU, sans l'intervention des parties régionales, peuvent permettre de pacifier les rapports de force politique entre les différentes factions yéménites, qui doivent regagner la vie civile via les négociations et le débat politique.

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