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26/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 26/05/2018 08:00 EDT

La violence, c'est comme les punaises de lit

Lorsqu'elles se pointent, on a un peu honte, on a envie de les cacher et on se demande ce qu'on a fait de tout croche pour que ce soit chez nous.

Pixabay

Simon rentra du boulot à 17h00. Fidèle à ses habitudes, il prit place confortablement dans son salon et ouvrit son ordinateur. Comme beaucoup de gens, il utilisait les réseaux sociaux de façon ludique et se connectait sur Facebook tous les jours.

Il voulait revoir cette fille avec qui il était sorti prendre un verre il y a quelques mois, Geneviève. Un soir, un seul verre et elle ne lui avait pas redonné de nouvelles depuis. Il avait eu un « bon feeling », le genre de feeling qui te fait dire à la fin de la soirée que c'est peut-être la femme de ta vie.

Fasciné, il lui avait dressé l'éventail de ses qualités de future épouse et avait confirmé immédiatement son intérêt envers elle.

Elle n'avait eu aucune réaction. Les jours suivants, il essaya de la rappeler, mais tomba chaque fois sur sa boîte vocale. Malgré les messages laissés, elle ne le rappelait pas. Elle était probablement trop occupée avec le travail ou partie en voyage.

Il écrit son nom dans la barre de recherche du dit réseau social et la repère immédiatement. Elle n'avait fait aucune modification dans l'écriture de son nom et était facilement retrouvable. Il était satisfait que ce soit si facile. Il commença par lui écrire un « Salut, ça va? », qu'elle lût, mais qu'elle laissa sans réponse. Il attendit quelques heures et répliqua avec un « ? », puis « ?????? », pas de réponse. Non, rien du tout, nada.

Ce soir-là, il alla se coucher avec la confiance d'un gars qui n'avait pas dit son dernier mot.

Elle avait accepté de le rencontrer auparavant, elle lui devait bien une réponse. Et il recommença : « Hey ! Ça va ? », « As-tu le goût d'aller prendre un verre ? », « Es-tu là ? »,« Pourquoi tu ne réponds pas ? », « Tu pourrais me répondre au moins ! », « C'est quoi ton problème ? », « Heille tu ris du monde ! », « T'es juste une crisse de conne ! » Elle lui manquait de respect. Dans le fond, il voulait seulement lui parler. Juste lui dire qu'il avait aimé sa soirée et qu'il aimerait la revoir.

Elle lui demanda d'arrêter de lui envoyer des messages et lui annonça qu'elle ne souhaitait pas développer une quelconque relation. Les semaines passèrent et il continua de lui écrire tous les jours. Parfois des propos mielleux, plus souvent des propos menaçants.

Il la suppliait de lui donner une chance, puis lui disait qu'elle ne méritait pas de vivre, qu'elle serait plus belle avec un œil au beurre noir.

Tranquillement, il voulait s'immiscer dans son monde, lui montrer qu'il était lui aussi l'homme de sa vie. Comme un insecte indésiré, un genre de punaise de lit, il voulait s'infiltrer par toutes les craques et de toutes les façons qu'il pouvait dans son environnement. Il piquait. Il voulait la punir d'avoir changé d'idée, de ne plus être intéressée à lui. Il se nourrissait de ce qu'il réussissait à obtenir d'elle. En état de dormance le jour, car il la savait au travail, il refaisait surface en soirée pour lui déverser toute sa rage.

Il lui envoyait une vingtaine de messages l'un à la suite de l'autre. Dans les bonnes journées, il se contentait d'une dizaine.

Souvent, il terminait son monologue en lui disant qu'un jour il allait obtenir ce qu'il voulait, qu'il ne la lâcherait pas avant cela.

Après quelques mois, Geneviève savait que l'insecte était en train d'envahir son quotidien et commençait à craindre l'infestation. Qu'il prenne toute la place. Elle savait à quel point c'était difficile de se débarrasser de ce type d'espèce. Honteuse que cela lui arrive à elle, elle décida de ne pas en parler et de régler la situation par elle-même. Pas question d'appeler l'exterminateur. Elle n'impliquerait pas la police.

Il conclut que si elle ne répondait plus à ses messages, qu'il tenterait d'entrer en contact avec elle via ses connaissances. L'insecte, encore plus fort, commença à prendre possession du lieu et à s'introduire chez les voisins. L'infestation ne se limitait plus à sa résidence. Il envoya des messages à différentes personnes, recueillit des informations à son sujet et trouva même son adresse.

Un soir, il s'impatienta devant l'absence de réponse et débarqua chez elle. Elle ouvrit la porte et il l'empoigna par le bras.

Il l'accota au mur en lui tenant la tête et essaya de l'embrasser. Les deux se criaient par la tête. Le voisin qui trouvait la situation inhabituelle sortit de chez lui et entra dans l'appartement de Geneviève. Il demanda à Simon de partir.

Simon est parti en sacrant et en claquant la porte. Elle rencontra la police le lendemain matin.

Parfois, la violence c'est comme les punaises de lit.Lorsqu'elles se pointent, on a un peu honte, on a envie de les cacher et on se demande ce qu'on a fait de tout croche pour que ce soit chez nous. Ça peut arriver à n'importe qui. Moins on en parle, plus ça devient envahissant et plus le problème prend des proportions démesurées. Il faut arrêter d'utiliser des solutions temporaires et de vouloir s'arranger tout seul, car l'important, c'est d'agir rapidement.

L'important, c'est de se protéger.

* Évidemment, les noms réels ont été modifiés.