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27/04/2016 10:16 EDT | Actualisé 28/04/2017 05:12 EDT

Est-ce la fin de l'OPEP?

En raison des conflits au Moyen-Orient et des intérêts grandissants des pays hors de l'OPEP, cette organisation pourrait tout simplement devenir désuète.

Le pétrole, qui peut nous sembler indispensable aujourd'hui, est un enjeu important depuis le début du XXe siècle - notamment à la suite de la Première Guerre mondiale. En effet, avant cela, les vertus du pétrole n'avaient pas encore été découvertes et le charbon était roi. C'est uniquement depuis 1960, précisément, que nous pouvons qualifier le pétrole d'énergie dominante qui, en raison de sa forme liquide, peut être transportée, transformée et utilisée plus facilement que les autres combustibles fossiles.

En 1960, par souci d'organiser la production et la distribution du pétrole, une coalition de pays créa l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Les cinq membres fondateurs, soit le Koweït, l'Iran, l'Irak, l'Arabie saoudite et le Venezuela, se sont réunis à Bagdad pour constituer un cartel dans le but de réguler le prix du pétrole. Avant cette année charnière, celui-ci évoluait strictement en fonction de la loi de l'offre et de la demande depuis près de 100 ans, ce qui faisait en sorte que le prix d'un baril de pétrole fluctuait énormément. De 1859 à 1960, le prix du baril pouvait atteindre 10 dollars américains une journée, et s'effondrer à 1 dollar le lendemain. Les analystes qualifient cette période d'«anarchie pétrolière».

La mission première de l'OPEP vise à réguler la production et la vente de pétrole afin de maximiser ses revenus. Ensuite, cette organisation impose des quotas aux 12 pays membres dans le but que le prix du pétrole soit à la fois stable et qu'il conserve un niveau élevé. Cependant, les pays membres de l'OPEP respectent difficilement les quotas imposés par l'organisation. Actuellement, la production totale est restreinte à 30 millions de barils de pétrole par jour pour l'ensemble des membres de l'OPEP,mais cette limite est dépassée quotidiennement d'environ 2 millions de barils.

Certains analystes considèrent que les quotas de production ne sont pas respectés, entre autres en raison du climat hostile qui règne au Moyen-Orient. En effet, les rivalités interétatiques dans cette région du monde engendrent une instabilité politique, une précarité économique dans certains pays comme l'Iran, l'Irak et le Koweït, ainsi qu'une désorganisation de l'OPEP. La grande majorité des États membres de l'OPEP se situe dans cette région et les plus grandes réserves de pétrole y sont également. Par conséquent, les conflits se déroulant dans cet axe du globe ont des répercussions majeures sur la production et l'exportation d'or noir dans le monde.

Cela a pu être observé par exemple durant la révolution iranienne de 1979 qui renversa l'État impérial du chah d'Iran. Cet événement fut la cause d'un choc pétrolier, de la multiplication par trois du prix du pétrole brut, et de l'arrêt total des exportations iraniennes de pétrole.

De plus, l'OPEP se bute contre une autre problématique : celle de leur rivalité avec les pays producteurs et exportateurs de pétrole qui ne sont pas membres du cartel. En somme, le problème réside dans le fait que les pays dits non-OPEP sont libres de produire autant de pétrole qu'ils le désirent, faisant ainsi chuter le prix de ce combustible à l'état brut. C'est notamment le cas de la Russie et des États-Unis, qui exploitent leurs ressources naturelles et s'enrichissent au détriment du marché du pétrole. Toutefois, depuis 2002, l'OPEP tente de régler la situation en s'associant à ces pays dans le but de réguler la production d'or noir à l'échelle mondiale. Certes, le terrain d'entente entre ces deux clans rivaux semble encore vague et incertain, étant donné qu'il y a beaucoup de tension et de méfiance entre certains pays, comme entre l'Irak et les États-Unis.

Cette organisation semble parfois échouer à son mandat, puisque le cartel ne possède pas le monopole des exportations de pétrole, et dans un marché concurrentiel, les faibles prix l'emportent.

À ce sujet, la Russie et les États-Unis ont dernièrement augmenté leur production pour atteindre près d'une dizaine de millions de barils de pétrole par jour chacun, rejoignant ainsi l'Arabie saoudite (11 millions de barils par jour) et faisant descendre par le fait même le prix du baril de pétrole.

D'après les conclusions de l'OPEP, si l'ensemble des pays exportateurs de pétrole était membre de leur organisation intergouvernementale, la stabilisation de l'exportation, des ventes et du prix de l'or noir serait facilitée. Toutefois, aucun pays ne produira moins de pétrole volontairement, car ils ne veulent pas céder une part de leur marché que d'autres pourraient s'approprier. Effectivement, dans le cas où un pays déciderait de baisser sa production de pétrole afin de respecter les quotas de l'OPEP, il en sortirait désavantagé sur le plan économique.

Ainsi, en raison des conflits géostratégiques et des intérêts grandissants des pays non-OPEP, le rôle et le pouvoir de cette organisation intergouvernementale ont été considérablement réduits ces dernières années, et si l'OPEP ne réagit pas, elle pourrait tout simplement devenir désuète.

Sofia Panaccio et Frédérique Turcot,

Étudiantes en sciences humaines au Collège Jean-de-Brébeuf.

Texte complet, avec ses références sur Monde68.ca

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