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17/01/2014 11:28 EST | Actualisé 19/03/2014 05:12 EDT

<em>Quelques heures de printemps</em>: quand le silence camoufle les sentiments

Stéphane Brizé est un cinéaste français né à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 18 octobre 1966. Il entreprend des études d'électronique lui permettant de côtoyer le monde de la télévision et du cinéma avant de devenir technicien dans l'audiovisuel. Installé à Paris, il en profite pour s'inscrire à des cours d'art dramatique qui le passionneront jusqu'à se spécialiser dans le métier d'acteur et de metteur en scène pour le théâtre. C'est un passionné rigoureux, cherchant par-dessus tout à montrer la vérité du jeu des acteurs.

J'ai eu la chance de le rencontrer à Rouyn-Noranda lors de la sortie de son film Le bleu des villes avec son amie et collaboratrice Florence Vignon. Durant ces quelques jours passés ensemble, j'ai découvert un cinéaste précis qui sait trouver le ton juste pour évoquer des sujets graves sans forcer, humble, joyeux et généreux. Je venais de faire connaissance avec son cinéma noble, où la sincérité et l'émotion sont le but ultime. J'ai suivi son évolution avec Je ne suis pas là pour être aimé en 2005 puis en 2009, avec un drame sentimental, Mademoiselle Chambon (tiré d'une œuvre d'Éric Holder), coécrit de nouveau avec Florence Vignon, et pour lequel il a été récompensé par le César de la meilleure adaptation en 2010.

Jamais déçue, toujours surprise, en suivant la carrière de ce couple en parfaite symbiose cinématographique.

Le synopsis de Quelques heures de printemps

À 48 ans, Alain Évrard (Vincent Lindon) est obligé de retourner habiter chez sa mère (Hélène Vincent). Le huis clos de cette cohabitation forcée fait ressortir toute la violence de leur relation passée. Alain découvre que sa mère est condamnée par la maladie. Pour ces quelques mois qu'il leur reste à vivre, seront-ils capables de faire un pas l'un vers l'autre?


Dans ses films, Stéphane Brizé s'intéresse à des gens simples, mais peu bavards, ce qui complique souvent les relations. Il est le cinéaste des non-dits et, dans Quelques heures de printemps, on sent dès la première rencontre entre Alain, le fils, et Yvette, sa mère, que ce ne seront pas des retrouvailles joyeuses. Il n'y a pas de sourire, pas de joie dans cette maison, mais des gestes répétitifs filmés en plans-séquences pour donner au spectateur la sensation de partager la vie de ce couple dont on peut deviner le passé lorsque le père était là.

Pour Alain, aujourd'hui sans travail, c'est l'inertie qui domine, la mauvaise humeur permanente. Yvette, vieille femme malade à la voix sèche, ne s'exprime que pour se plaindre, constamment en mouvement pour remplir le vide désolant entre elle et son fils qui refuse l'affrontement. Sa rencontre avec la belle Clémence, interprétée par Emmanuelle Seignier, aussi charnelle que fragile, aboutit à l'échec. Emmuré dans la maison de son enfance, il craque dans une scène violente, laissant Yvette à sa maladie et à la solitude d'un être rejeté.

Le film aborde le sujet ambitieux du droit à mourir dans la dignité, mais le vrai sujet, ce sont les relations manquées, entre Yvette et Alain, les amours ratées par lâcheté, jusqu'à faire dire à l'organisateur du protocole de suicide assisté en Suisse: Madame Évrard, est-ce que vous avez eu une belle vie?

Quelques heures de printemps est un film beau, mais brutal dans sa véracité.

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