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09/08/2013 12:11 EDT | Actualisé 09/10/2013 05:12 EDT

<em>Les 4 soldats</em> souffre d'insuffisance émotionnelle

Les 4 soldats est un drame réalisé par Robert Morin, bien connu dans la cinématographie québécoise comme un réalisateur singulier et apprécié pour la profondeur de ses sujets. Le film est une adaptation du roman Quatre soldats, de l'écrivain français Hubert Mingarelli, Prix Medicis 2003. Une première pour Robert Morin qui a l'habitude de signer l'idée originale de ses films.

Dans un no man's land ravagé par la guerre, quatre jeunes soldats de 13 à 21 ans déambulent en quête d'un ennemi. Dominique (Camille Mongeau), la narratrice, passe le plus clair de son temps auprès de Mateo (Christian de la Cortina) recherchant son amitié par un constant dévouement. Ils sont rejoints par le candide Big Max (Antoine Bertrand), l'énigmatique tireur d'élite, Kevin (Aliocha Schneider), et par le jeune Gabriel (Antoine L'Écuyer), l'intrus qu'ils devront former.

«Ça faisait longtemps qu'il me traînait dans les mains», se souvient Robert Morin en parlant de Quatre Soldats, le roman d'Hubert Mingarelli. Il avait tout à fait raison de ne pas le lâcher, car cette longue nouvelle est le récit initiatique de soldats pris dans la tourmente, affrontant l'inconnu, le froid, la peur, la promiscuité. Ils construiront un quotidien qui, par leurs rituels, les soudera et les transformera à jamais. Seulement voilà! La guerre, le chaos, n'ont pas d'âge. Pourquoi ne pas avoir gardé, comme dans le livre, quatre soldats de l'Armée rouge en 1919 qui sont là par obligation; ils parlent peu, sont avares de sentiments, et passent leur temps à tuer le temps.

Les images du film de Robert Morin ne m'ont pas convaincue. Pourtant, il a suivi le livre avec attention, il donne les mêmes outils à ses personnages, le besoin de fumer, de jouer aux dés, la découverte d'un coin paisible, un étang, où l'espace d'un moment, ils pourront oublier le bruit de la guerre. Il manque à ce film la gravité des non-dits exprimés par les regards, les silences pour échapper à la tristesse et à la solitude.

Je n'ai pas besoin de voir une armée pour sentir l'obligation de marcher, de chercher de la nourriture; je n'ai pas besoin d'une narratrice fille qui ressemble à un garçon ; je n'ai pas besoin de marquer notre époque avec un cellulaire, l'image ou la photo d'une femme suffisait. Pourquoi ces singulières maladresses?

Il y a de beaux moments dans les champs de maïs, une belle lumière, une tendresse les soirs où le couvre-feu les ramène au camp, collés les uns aux autres. La mort du cheval au bord de l'étang est aussi une scène très efficace. Le son du canon et la musique de Patrick Watson également. Mais il y a surtout, dans ce film, deux acteurs magnifiques, semblables aux jeunes Russes de Mingarelli, c'est Kevin (Aliocha Schneider), le tireur d'élite qui crève l'écran dans une scène où il monte et démonte son fusil à l'aveugle, ainsi que le plus jeune, Gabriel (Antoine Lecuyer), toujours silencieux, qui ne cesse d'écrire dans son petit carnet et qui arrivera à se faire accepter par les autres. Avec ces deux acteurs, le ton est juste, et la mélancolie, la fragilité dont j'avais besoin, je les ai retrouvées dans ces moments-là.