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22/06/2018 09:17 EDT | Actualisé 22/06/2018 09:19 EDT

Le gouvernement a-t-il une dent contre nous?

Devrions-nous permettre que certains soins de base soient offerts par les hygiénistes dentaires sans la supervision d'un dentiste?

Pixabay

Il y a quelques jours, l'enjeu de l'accès aux soins d'hygiène dentaire a été abordé à l'Assemblée nationale. D'un côté, Québec solidaire présentait l'état peu enviable de la situation actuelle au Québec tandis que de l'autre côté, le gouvernement Couillard défendait les mesures mises en place au cours des dernières années.

Peu importe notre parti politique favori, à constater l'état de la santé buccodentaire des Québécois par rapport à ce que nous dépensons en frais dentaires, le gouvernement semble réellement avoir une dent contre nous! En plus de payer les tarifs les plus élevés au pays, les Québécois reçoivent le prix citron de la pire dentition au Canada. Quelque chose ne tourne manifestement pas rond. Une question vous vient peut-être instantanément à l'esprit : pourquoi le gouvernement serait-il en partie responsable de ce piètre bilan?

Avant de répondre à cette question, quelques statistiques révélatrices s'imposent. Il faut tout d'abord comprendre qu'au Québec, seulement 57 % de la population parvient à consulter un cabinet dentaire sur une base annuelle alors que dans le reste du Canada, ce chiffre se situe aux alentours de 66 %. Pire encore, plus de 20 % des individus de 65 ans et plus n'ont pas consulté ou reçu la visite d'un hygiéniste dentaire au cours des trois dernières années. C'est très grave pour une province développée comme la nôtre.

En plus des aînés, les familles moins nanties présentent aussi certains problèmes. Environ 76 % des ménages ayant un revenu familial annuel inférieur à 40 000 $ ont affirmé être préoccupés par leur condition dentaire. Ce pourcentage diminue à 62 % pour les familles ayant un revenu annuel entre 80 000 $ et 99 000 $, mais il demeure que c'est tout de même plus que la moitié!

Le monopole des dentistes

Au Québec, depuis de nombreuses années, le gouvernement a décrété que pour la protection du public, l'Ordre des dentistes du Québec devait jouir d'un pouvoir de monopole. Par conséquent, aussi bien les services de base comme les nettoyages que les opérations plus complexes doivent être effectués par un dentiste (ou du moins sous sa supervision). Ces barrières imposées par le gouvernement ont peut-être permis un environnement plus sécuritaire dans les débuts de la profession. Toutefois, avec les récentes avancées technologiques et scientifiques, ainsi que le développement de l'expertise des hygiénistes dentaires et des denturologistes, ces barrières sont-elles encore toutes nécessaires?

Devrions-nous permettre que certains soins de base soient offerts par les hygiénistes dentaires sans la supervision d'un dentiste? Pensez-y : combien de temps l'hygiéniste dentaire passe-t-il avec vous, par exemple, lors d'un nettoyage comparativement à votre dentiste? Non seulement cette mesure favoriserait une plus grande concurrence — et ainsi la diminution des prix — mais l'accès aux services dentaires pour les personnes âgées et plus démunies serait amélioré.

Cette proposition mise en avant par Québec solidaire a bien entendu reçu l'appui des hygiénistes dentaires, mais aussi celui des dentistes. Seul le syndicat des dentistes s'y oppose. En 2016, une étude citée dans La Presse nous apprenait que le Québec pourrait épargner plus d'un milliard de dollars en dix ans en dépenses publiques et privées pour les soins dentaires si les hygiénistes pouvaient pratiquer de façon autonome (à condition que le gouvernement investisse dans la prévention en même temps).

Ce qui me frappe le plus dans ce débat, c'est que le Québec est toujours le seul endroit en Amérique du Nord, à part l'Île-du-Prince-Édouard, où les hygiénistes dentaires ne peuvent offrir certains services de base sans la supervision d'un dentiste

L'exception québécoise

Ce qui me frappe le plus dans ce débat, c'est que le Québec est toujours le seul endroit en Amérique du Nord, à part l'Île-du-Prince-Édouard, où les hygiénistes dentaires ne peuvent offrir certains services de base sans la supervision d'un dentiste. Pourquoi ne pas libéraliser le marché de ces soins qui pourraient facilement être offerts par d'autres professionnels comme c'est le cas presque partout au Canada? Le gouvernement croit-il que nos hygiénistes dentaires soient moins compétents qu'ailleurs?

J'espère que non, puisque 97 % des Québécois se disent satisfaits de leurs services selon une récente enquête de la firme Léger. Bien que beaucoup de soins dentaires soient présentement gratuits pour les enfants de moins de dix ans, et les prestataires d'une aide financière de dernier recours, cette proposition serait un excellent moyen de diminuer les prix grâce au marché, sans en mettre davantage sur les épaules des contribuables. L'éducation en ce qui a trait à l'importance de préserver une bonne santé buccodentaire doit aussi être priorisée, puisque plusieurs groupes ayant accès aux soins dentaires ne consultent pas de professionnels.

L'idée ne date pas d'hier : le Bureau de la concurrence s'était prononcé en faveur de cette libéralisation il y a plus de 10 ans. Au Canada, les services rendus par les hygiénistes dentaires dans un cabinet privé sous supervision d'un dentiste coûtent aux clients environ 130 $/heure. Ce prix chute à 87 $/heure en moyenne quand ils exercent dans leur propre cabinet de façon autonome. La différence est notable.

On parle souvent de promouvoir l'entrepreneuriat chez les femmes. Saviez-vous que 98 % des membres de l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec sont justement des femmes? Quelle belle opportunité pour nous de permettre à ces professionnelles d'ouvrir leurs propres cabinets et d'enfin répondre aux aspirations entrepreneuriales qui habitent certainement plusieurs d'entre elles!

La libéralisation du marché des soins préventifs serait bénéfique pour la santé, le portefeuille des Québécois, ainsi que pour les finances publiques en général. Alors, qu'attendons-nous?