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10/08/2018 10:49 EDT | Actualisé 10/08/2018 10:49 EDT

La politisation des décisions d’Hydro-Québec n’est pas souhaitable

Un fait n'a pas semblé plaire aux partis: le projet éolien Apuiat, appuyé par le gouvernement, ne serait pas rentable et engendrerait des «coûts extrêmes».

Le projet en question consiste à bâtir un parc de 48 à 57 éoliennes dans la région de la Côte-Nord au Québec.
Christian Hartmann / Reuters
Le projet en question consiste à bâtir un parc de 48 à 57 éoliennes dans la région de la Côte-Nord au Québec.

Il y a quelques jours, une lettre de M. Éric Martel, PDG d'Hydro-Québec, acheminée aux Chefs de la Nation innue a été rendue publique. Dans celle-ci, le membre de la haute direction a fait preuve d'une grande transparence en exposant un fait qui n'a pas semblé plaire à tous les partis concernés: le projet éolien Apuiat, fortement appuyé par le gouvernement, ne serait pas rentable et engendrerait des «coûts extrêmes».

Le projet en question consiste à bâtir un parc de 48 à 57 éoliennes dans la région de la Côte-Nord au Québec. Si l'idée peut être considérée comme noble en soi, la rentabilité économique du projet ne serait plausiblement pas au rendez-vous. Non seulement les pertes financières pour Hydro-Québec se chiffreraient entre 1,5 et 2 milliards, mais ce projet ne créerait que 10 à 15 emplois directs à long terme, malgré les 300 à 400 travailleurs nécessaires à court terme pour sa construction.

Le gouvernement, malgré les mises en garde du PDG, prétend que les retombées économiques seront énormes et s'indigne «que le responsable d'une société d'État puisse marquer son opposition à la volonté du gouvernement».

Peu importe le parti au pouvoir, les politiciens ne devraient pas interférer de la sorte avec le travail de la direction de la société d'État et encore moins dicter quels projets devraient être réalisés.

J'aimerais réitérer une règle d'or qui me semble primordiale: peu importe le parti au pouvoir, les politiciens ne devraient pas interférer de la sorte avec le travail de la direction de la société d'État et encore moins dicter quels projets devraient être réalisés.

S'il existe un conseil d'administration chez Hydro-Québec, c'est qu'il y a bien une raison!

À chacun ses tâches

À priori, il me semble tout à fait normal et même souhaitable que le PDG d'Hydro-Québec discute de la rentabilité d'un projet et fasse part de ses inquiétudes au gouvernement et à la population. Après tout, ce sont les contribuables qui assument les pertes liées aux projets non rentables!

Certes, le gouvernement peut proposer des idées et discuter de certaines recommandations. Cependant, quand le PDG dit qu'un projet ne sera pas rentable et que ses inquiétudes sont appuyées par des analyses crédibles, le gouvernement devrait prioriser les contribuables en laissant tomber le projet.

Comme dans toute bonne entreprise de cette envergure, si le PDG prend de mauvaises décisions, le conseil d'administration fera certainement son travail en le destituant ou en réglant les problèmes autrement.

Lorsqu'une entreprise ou un secteur est nationalisé, la rationalité économique est parfois écartée aux dépens des intérêts politiques.

Cette querelle entre le gouvernement et la société d'État nous rappelle une notion fondamentale: lorsqu'une entreprise ou un secteur est nationalisé, la rationalité économique est parfois écartée aux dépens des intérêts politiques.

Le contribuable avant tout

Peu importe les intentions du gouvernement en place, avant chaque projet, une analyse coûts-bénéfices devrait être réalisée. Pour le projet Apuiat, Hydro-Québec a mentionné à plusieurs reprises ne pas avoir assez d'informations, afin d'évaluer les bénéfices et retombées économiques potentiels.

Comment le gouvernement pourrait-il se justifier d'avoir donné son approbation à un projet dont les retombées économiques sont incertaines et non chiffrées?

Tel que nous pouvons le constater dans ce cas, un bon moyen de palier aux problèmes d'inefficacité des projets est d'encourager la transparence et de rendre plus accessibles aux citoyens les données liées aux décisions économiques. Grâce à la lettre de M. Martel, nous pourrons poser les bonnes questions et veiller à ce que les intérêts des contribuables québécois ne soient pas mis à l'écart.

Si les décideurs politiques sont souvent de bonne foi, ils sont loin d'être les mieux placés pour juger de la rentabilité économique des projets et sont parfois guidés par leur désir de remporter les prochaines élections.

Si le gouvernement souhaite réellement nous prouver qu'il tient au portefeuille des contribuables comme il l'a fait en affichant des surplus dans les récents budgets, il écoutera les recommandations de M. Martel et lui laissera faire son travail de PDG.

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