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20/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 22/03/2018 14:40 EDT

François Legault ne passe pas le test des valeurs québécoises

Monsieur Legault, vous abordez, dans une totale opacité et avec une aberrante désinvolture un sujet très grave mettant en cause la liberté et l'accès aux droits de milliers de personnes.

Francois Legault, chef de la Coalition Avenir Québec.
La Presse canadienne
Francois Legault, chef de la Coalition Avenir Québec.

Les débats sur les « valeurs communes » dans les pays occidentaux de plus en plus confrontés à l'aménagement de la diversité ethnoculturelle et religieuse suscitent partout la controverse. S'agit-il de principes tels qu'ils figurent dans les chartes et les constitutions? S'agit-il de valeurs culturelles? Et dans ce dernier cas, s'agit-il des valeurs de la majorité dans une société? Les nouveaux arrivants doivent-ils signer une Déclaration officielle selon laquelle ils adhérent aux valeurs de la société d'accueil ou doivent-ils passer un test et être expulsés en cas d'échec? Ces débats sur les valeurs soulèvent des questions de fond légitimes; mais ils sont également l'occasion d'une instrumentalisation partisane comme la CAQ nous en fait la démonstration avec son test des valeurs avec menace d'expulsion.

Depuis les décennies 1980 et 1990, les grands énoncés de politiques publiques québécoises ont précisé les obligations mutuelles entre les immigrants et la société d'accueil sur la base d'un socle de principes et/ou de valeurs politiques : la démocratie, la résolution pacifique des conflits, les droits fondamentaux de la personne, la laïcité, le pluralisme, l'égalité entre les hommes et les femmes, la solidarité collective, le respect des droits historiques de la minorité anglophone du Québec et des droits historiques des Autochtones. Certaines de ces valeurs ont pris davantage d'importance dans le débat public avec le temps et la conjoncture: la laïcité par exemple.

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En 2008, Pauline Marois, chef du Parti Québécois, déposait les projets de loi 195 et 196, morts au feuilleton, dans lesquels elle y exprimait l'importance: « notamment d'assurer la prédominance de la langue française, de protéger et de promouvoir la culture québécoise, de garantir l'égalité entre les femmes et les hommes et de préserver la laïcité des institutions publiques ». C'est aussi le Parti Québécois qui a initié le débat sur la citoyenneté entre 1996 et 2003: « La citoyenneté s'enracine dans un sentiment d'appartenance partagé par des individus qui ont à la fois des droits et des libertés et des responsabilités à l'égard de la société dont ils font partie. Cette perspective de la citoyenneté reconnaît les différences tout en se fondant sur l'adhésion aux valeurs communes » (Québec 1998). Le programme actuel du Parti québécois est clair sur la question.

Toujours en 2008, le Parti libéral divulguait sa politique publique La diversité : une valeur ajoutée. Y figure une Déclaration portant sur les valeurs communes de la société québécoise à faire signer dans la demande de certificat de sélection du Québec. La Déclaration énumère les valeurs énoncées dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec: « le Québec est une société libre et démocratique; les pouvoirs politiques et religieux au Québec sont séparés; le Québec est une société pluraliste; la société québécoise est basée sur la primauté du droit; les femmes et les hommes ont les mêmes droits; l'exercice des droits et libertés de la personne doit se faire dans le respect de ceux d'autrui et du bien-être général ». Elle souligne aussi que la société québécoise est régie par la Charte de la langue française qui fait du français la langue officielle du Québec.

Qu'en est-il de la CAQ ? Vraiment pas grand-chose.

Seul un rapport de la CAQ évoque les « valeurs québécoises », mais sans les préciser (Rapport Claire Samson, 2016). De plus, aucune précision n'apparaît quant au fameux test des valeurs dont parle François Legault. À un courriel que j'ai fait parvenir à la CAQ, on m'a répondu ceci : « Madame Labelle, Nous accusons réception de vos deux messages laissés sur le répondeur de la permanence ainsi que de votre courriel du 16 mars 2018. Nous vous remercions de votre intérêt. Nous n'avons pas encore rédigé ce test des valeurs et c'est pour cela que vous ne pouvez le trouver sur notre site Web. Nous ne le rédigerons que si nous avons l'immense privilège de servir les Québécois en étant au pouvoir ».

Non seulement la CAQ ne s'engage pas sur les valeurs qui ont fait consensus dans divers énoncés politiques des gouvernements et des partis politiques québécois, mais elle avance que le Québec devait donner des permis de travail temporaires à des travailleurs qualifiés, tout en leur offrant des cours de français. Au bout de trois ou quatre ans, ils passeraient un « test de valeurs ». En cas d'échec, ils pourraient être renvoyés dans leur pays d'origine.

Plusieurs questions se posent au sujet de ce test. Amusons-nous un peu. Pourra-t-on voir les questions? Qui les formulera? De quels pays ou expériences s'inspirera ce test? Un test fait à la maison? En ligne? Des vrai ou faux? Des questions à développement? Les candidats à l'immigration auront-ils droit à des livres et à leurs notes? Des questions aux hommes, aux femmes, aux enfants? Auront-ils droit à des reprises, combien de reprises? Et la note de passage: 45%, 50%, 58,9% 60% ? Et cette note comment serait-elle établie : à partir des réponses de la majorité? Des députés de la CAQ, des réponses de leur chef?

Plus sérieusement, à quelle catégorie d'immigrants exigera-t-on ce test de valeurs: les investisseurs qui ne résident pas au Québec la moitié du temps, les permis temporaires de travail, les immigrants indépendants, les parrainés, les réfugiés, les étudiants? Et puis en cas d'expulsion, que fait-on si un des membres échoue le test et les autres non? On éclate les familles? Et après 3 ou 4 ans, parle-t-on d'expulsion ou de déportation?

Monsieur Legault, vous abordez, dans une totale opacité et avec une aberrante désinvolture un sujet très grave mettant en cause la liberté et l'accès aux droits de milliers de personnes. Vous ne passez pas le test des valeurs québécoises.

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