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09/03/2016 10:32 EST | Actualisé 10/03/2017 05:12 EST

L'action de Bombardier prendra-t-elle de l'altitude?

Lors de la prochaine assemblée annuelle de ses actionnaires, prévue le 28 avril 2016, la direction de Bombardier (BBD.B, 1,25 $) proposera un regroupement d'actions afin de porter le cours de l'action entre 10 $ et 20 $. Selon les chercheurs Chung et Yang, les entreprises qui envisagent un regroupement d'actions le font habituellement pour deux raisons. Tout d'abord, elles désirent maintenir l'inscription de leur action au sein de différents indices de référence. Ensuite, elles cherchent à attirer davantage les investisseurs institutionnels.

Pour demeurer au sein du S&P/TSX, le principal indice de référence canadien, la valeur de l'action de Bombardier doit se maintenir au-dessus d'un dollar. Advenant qu'elle soit évincée du S&P/TSX, les gestionnaires de fonds, dont le mandat consiste à répliquer le comportement de l'indice de référence, se verraient alors forcés de vendre l'action de Bombardier, créant ainsi une pression supplémentaire à la baisse sur son cours boursier. En procédant à un regroupement d'actions, Bombardier préservera donc son privilège. En effet, en fractionnant le nombre d'actions en circulation, l'entreprise sera en mesure d'augmenter le cours boursier de son action, et ce, sans affecter la capitalisation boursière. Par exemple, pour un particulier qui détient 1 000 actions de BBD.B à un coût moyen d'un dollar par action pour un investissement de 1 000 $, un regroupement d'actions d'une action pour dix modifiera alors sa participation à 100 actions à un coût moyen de 10 $ par action, soit la même valeur que sa position initiale.

Avec une action qui s'échangeait à 26 $ en septembre 2000, l'action de Bombardier se négocie désormais à 1,25 $, et ce, après une baisse de 95 %. Du point de vue de l'analyse fondamentale, pour un grand nombre d'investisseurs, ce titre représente donc un placement spéculatif et de piètre qualité. C'est pourquoi il y a un manque d'intérêt de la part des gestionnaires de portefeuille envers les actions se négociant autour d'un dollar. Lorsque nous comparons le cours boursier de Bombardier avec ceux de ses principaux rivaux (Airbus Group : 17 $ ; Boeing : 122 $ ; Embraer Aircraft : 25 $), plusieurs investisseurs institutionnels préfèrent éviter l'action de Bombardier, étant donné la perception négative dégagée par le prix de l'action. En agissant ainsi, ils s'assurent de préserver leur réputation en réduisant le risque de détenir une action pouvant perdre toute sa valeur. En regroupant ses actions, la direction de Bombardier espère regagner la confiance des investisseurs institutionnels tout en projetant une image plus positive avec un cours de l'action plus élevé.

Un regroupement d'actions : des résultats mixtes

En analysant plus de 1 600 titres qui ont fait l'objet d'un regroupement d'actions entre 1962 et 2001, les chercheurs Klein, Kim & Rosenthal ont observé, comparativement à leurs comparables, une sous-performance de ces titres de l'ordre de 16 % après une année, de 36 % après deux ans et de 54 % après une période de trois ans.

Toutefois, d'après Kevin Pleines, analyste chez Birinyi Associates, un regroupement d'actions peut être un catalyseur haussier. Entre 2000 et 2010, 12 membres du S&P 500 (l'indice de référence américain) ont procédé à un regroupement d'actions. Un an après ce rajustement, neuf d'entre eux affichaient un rendement positif tout en procurant un rendement moyen de +75 % !

Que faire avec l'action de Bombardier ?

Lorsqu'une compagnie suggère un regroupement d'actions à ses actionnaires, elle est clairement en mauvaise posture. Néanmoins, il est possible que l'action réagisse favorablement. Pour ce faire, Charles Kaplan, président de la firme de consultation en finance Equity Analytics, avance que cette tactique doit faire partie intégrante d'un plan de redressement incluant notamment des changements au sein de l'équipe de direction, une nouvelle stratégie, ou une restructuration organisationnelle. Sinon, les probabilités sont fortes que le titre s'échange à nouveau à un dollar.

Compte tenu des nombreux problèmes rencontrés lors du programme CSeries, il est normal d'être sceptique quant à une poussée haussière soutenue de l'action de Bombardier à la suite d'un éventuel regroupement d'actions. Bien que le titre ait rebondi fortement de son récent creux à 0,72 $, je suis d'avis que le risque associé à sa détention surpasse largement le potentiel de rendement. Par conséquent, je doute que le jeu en vaille la chandelle.

Sources

Cam Merritt, Is a Reverse Stock Split Good or Bad?, Zacks, 2016.

Eric Uhlfelder, Split Decision, Barron's, août 2011.

Kee H. Chung, Sean Yang, Reverse Stock Spilts, Institutional Holdings, and Share Value, Social Science Research Network, octobre 2014.

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