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28/03/2016 10:15 EDT | Actualisé 29/03/2017 05:12 EDT

Pour l'instant, la terreur n'agit pas en bourse

Jusqu'à présent, les investisseurs ont surtout perçu les attentats terroristes comme étant des opportunités d'achat.

Dans mon billet intitulé «Les attentats de Paris : la réaction des marchés financiers», publié le 21 novembre 2015 dernier, il était question de l'impact limité d'une attaque terroriste sur les perspectives de rendement pour le S&P 500, l'indice de référence pour les actions américaines de grande capitalisation. Encore une fois, les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 auront eu peu d'incidence sur la performance du S&P 500 (-0,09 %).

La gestion des attentes

Sans contredit, les attaques du 11 septembre 2001 ont surpris les investisseurs et, par conséquent, le S&P 500 avait perdu près de 12 % en cinq sessions boursières. Depuis, d'autres attentats ont eu lieu mais, à chaque fois, la réaction des participants de marché a été de moins en moins sévère.

De plus, à la suite de certaines agressions, le S&P 500 aura clôturé, le jour même de ces attaques, à la hausse. Par exemple, la tuerie qui s'est déroulée au journal français Charlie Hebdo en janvier 2015 et la série d'attaques perpétrées à Paris le 13 novembre 2015 n'ont aucunement affecté le rendement journalier du S&P 500.

Cela dit, trois raisons, selon moi, peuvent expliquer ce phénomène.

Dans un premier temps, d'après Jeffrey Kleintop, stratège principal chez Charles Schwab, les attentats terroristes semblent avoir des conséquences négligeables sur la croissance économique mondiale. Ainsi, les investisseurs démontrent peu de nervosité face à de tels événements.

En second lieu, le terrorisme est, malheureusement, une triste réalité de notre époque. Par le fait même, nous sommes conscients que d'autres attaques surviendront, diminuant ainsi l'effet de surprise pour les participants de marché.

Troisièmement, tant et aussi longtemps que les agressions seront espacées dans le temps, la confiance des investisseurs aura peu de chances d'être ébranlée, ce qui s'avère un élément positif pour les marchés boursiers. En effet, une plus grande intensité de l'activité terroriste pourrait alors rendre le consommateur plus prudent en ce qui concerne ses dépenses discrétionnaires, c'est-à-dire les montants prévus pour répondre à des désirs (les repas au restaurant, les concerts, les voyages), qui en revanche se limiteraient à des besoins plus stricts.

Des répercussions négatives à long terme?

Jusqu'à présent, les investisseurs ont surtout perçu ces attentats terroristes comme étant des opportunités d'achat. Toutefois, selon M. Kleintop, cette attitude pourrait changer advenant l'adoption de nouvelles mesures par certains pays visant un meilleur contrôle frontalier et une gestion plus rigoureuse de l'entrée d'immigrants.

Par exemple, le 23 juin 2016, le Royaume-Uni tiendra un référendum, communément nommé «Brexit», qui portera sur le maintien ou non de sa présence au sein de l'Union européenne. Ceux qui militent en faveur d'un retrait questionnent justement le principe de la libre circulation des citoyens véhiculé par les pays membres de la communauté européenne. Selon eux, les récentes attaques terroristes sur le Vieux Continent justifient à elles seules une approche plus restrictive, voire protectionniste, pouvant à long terme, d'après M. Kleintop, nuire aux échanges commerciaux qui, eux, s'avèrent un réel moteur pour la croissance économique mondiale.

Selon de récents sondages, les intentions de vote sont très partagées, avec 51 % des Britanniques privilégiant un maintien au sein du regroupement européen. Considérant le caractère incertain entourant le résultat final, il est donc pertinent de suivre attentivement le comportement boursier du S&P 500 d'ici le jour du vote.

Sources

• Ashley Kirk, Michael Wilkinson, EU referendum poll tracker and odds, The Telegraph, mars 2016.

• John Danzig, The end of free movement to and from Europe, Eu-rope, octobre 2015.

• Lydia DePillis, Why stock markets shrug off terrorist attacks, The Washington Post, mars 2016.

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