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13/12/2018 10:54 EST | Actualisé 13/12/2018 11:03 EST

Nous sommes tous des gilets jaunes

Les États-nations doivent se solidariser au lieu de se faire compétition en offrant toujours de plus en plus aux entreprises et de moins en moins aux citoyens.

JEAN-FRANCOIS MONIER via Getty Images
La seule solution possible est que les chefs d’État emboitent le pas et entendent réellement le message qui est véhiculé par la population.

Il y a l'enjeu de fond et il y a la question stratégique. Après la sortie de Macron qui aligne un certain nombre de concessions, il faut peut-être se demander s'il ne faudrait pas, pour des raisons stratégiques, songer à mettre provisoirement fin au conflit et à la confrontation.

Mais s'agissant du fond, les enjeux demeurent les mêmes. Les pays occidentaux se font concurrence pour attirer chez eux la grande entreprise.

On leur accorde de larges subventions.

On fait disparaître des paliers d'imposition aux plus riches.

On laisse ceux-ci placer leur argent dans les paradis fiscaux.

On fait de son propre pays un paradis fiscal.

On fait disparaître les impôts sur les successions.

On réduit les impôts des entreprises.

On leur offre mille et une échappatoires fiscales.

On fait disparaître les taxes sur le capital des banques.

On n'exige pas des grandes entreprises qu'elles réinvestissent leurs profits dans l'économie locale.

On accepte la délocalisation.

On dérèglemente le secteur financier.

On décloisonne les institutions financières.

On maintient le salaire minimum très bas.

On autorise des salaires exorbitants aux dirigeants des entreprises en prétextant la concurrence.

On permet non seulement l'élimination des barrières tarifaires, mais on inclut aussi dans les ententes de libre-échange des mesures qui permettent aux entreprises de poursuivre en justice les États qui favoriseraient les entreprises locales.

On exige des redevances dérisoires de la part des entreprises minières.

On prend en charge la décontamination après que l'entreprise soit partie.

Et puisque tout cela finit par coûter beaucoup d'argent à l'État, celui-ci s'endette, et pour rétablir l'équilibre budgétaire, il coupe les services, augmente les taxes et punit ainsi la classe moyenne et les gens à faible revenu.

Ces coupures sont jugées «nécessaires» pour gérer l'État de manière dite «responsable», mais cette responsabilité engage toujours celle des citoyens ordinaires et jamais celle des plus riches.

La seule solution possible est que les chefs d'État emboitent le pas et entendent réellement le message qui est véhiculé par la population. Les États-nations doivent se solidariser au lieu de se faire compétition en offrant toujours de plus en plus aux entreprises, et de moins en moins aux citoyens. Ce faisant, ils se nuisent mutuellement au lieu de s'aider réciproquement.

C'est pour réagir à cet état de fait que les «gilets jaunes» sont apparus. On peut si on veut souhaiter qu'il n'y ait plus de casse et que l'ordre soit rétabli, voire que les casseurs soient punis, mais on reportera de cette manière l'examen des vrais problèmes et des vraies solutions à plus tard. Car en fin de compte, l'époque nous révèle que nous sommes tous des «gilets jaunes».

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