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09/12/2016 09:38 EST | Actualisé 12/12/2016 09:17 EST

Humour toxique et liberté d'expression

En fin de compte, les humoristes défendent-ils vraiment la liberté d'expression? Ne défendent-ils pas plutôt les intérêts de leur industrie?

Lors du dernier Gala Les Olivier, des humoristes québécois sont montés sur scène en arborant un gros « X » rouge sur la bouche, afin de défendre ce qu'ils considéraient comme une grave menace à la liberté d'expression. Mais pour lutter efficacement contre les restrictions à la liberté d'expression faut-il se museler soi-même ou trouver des façons intelligentes d'en parler?

Ironiquement, c'est en s'appuyant sur la Charte des droits et libertés que le Tribunal des droits de la personne a statué que Mike Ward avait dépassé les limites du droit en utilisant Jérémy Gabriel à répétition comme matériel de spectacle. En fin de compte, les humoristes défendaient-ils vraiment la liberté d'expression? Ne défendaient-ils pas plutôt les intérêts de leur industrie? Finalement, étant donné que Mike Ward aurait largement tiré bénéfice de cette publicité, considère-t-il que l'investissement était rentable?

Plus récemment, on apprenait que Martin Matte considérait les propos acerbes de Guillaume Wagner comme de l'incitation à la haine. Alors que l'on s'attendait à une procédure juridique contre le jeune humoriste qui tente de se tailler une part de marché, c'est plutôt Richard Martineau qui vient d'intenter une poursuite en diffamation contre l'auteur d'une « notice nécrologique » de mauvais goût. Ce texte, écrit par Marc-André Cyr, ne relève pas directement de l'industrie de l'humour, mais l'auteur le considère comme une « satire », et il est coiffé d'une caricature où un chien urine sur la tombe du journaliste attaqué. Selon la poursuite : « La notice nécrologique est rédigée de manière à faire croire que le demandeur est décédé, et consiste en une revue dégradante, calomnieuse et méprisante de la carrière de ce dernier ». Le média indépendant Ricochet, qui a publié le texte, a immédiatement lancé une campagne de sociofinancement pour en appeler à la résistance contre cette nouvelle atteinte à la liberté d'expression.

Pour élever un peu le débat, l'auteur et chargé de cours en science politique à l'UQAM, pourrait peut-être nous expliquer cette phrase qu'il a lui-même écrite dans son texte : « Lorsqu'une personne manque trop d'intelligence pour répliquer à un raisonnement rationnel par un autre, elle se doit de caricaturer la position de son adversaire, histoire de la rabaisser à un niveau qui lui est intelligible ». Réflexion fort pertinente qui permettrait sans aucun doute de rallier tous les belligérants, incluant Jérémy Gabriel, Martin Matte et Richard Martineau.

Dans les circonstances, que devons-nous faire pour défendre nous aussi la liberté d'expression? Puisqu'il semble que l'exercice consiste essentiellement à trouver une cible pour lui chier dessus, nous pouvons nous demander sérieusement à quel endroit nous devrions nous coller notre gros « X » rouge. Sur la gueule ou dans le cul?

Je crois que l'École nationale de l'humour devra rapidement élaborer un nouveau cours pour nous permettre de répondre collectivement et individuellement à cette grave question.

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