LES BLOGUES
20/11/2018 06:00 EST | Actualisé 20/11/2018 11:38 EST

La réduction de l'empreinte écologique, mission impossible?

Les résultats au test du gouvernement sont extrêmement troublants, la norme est si élevée que bien peu de citoyens d'un pays développé pourront s'y conformer.

S'il nous appartient collectivement de trouver des solutions d'avenir pour l'humanité, n'est-il pas simplement aberrant qu'un site internet gouvernemental s'adresse aux jeunes en diffusant une idéologie qui semble considérer l'être humain comme un problème pour la planète?
Nora Carol Photography via Getty Images
S'il nous appartient collectivement de trouver des solutions d'avenir pour l'humanité, n'est-il pas simplement aberrant qu'un site internet gouvernemental s'adresse aux jeunes en diffusant une idéologie qui semble considérer l'être humain comme un problème pour la planète?

Dans la foulée des débats entourant l'invitation à signer le Pacte de transition écologique, il a beaucoup été question de la réduction de notre empreinte écologique individuelle. Dans le climat alarmiste de notre époque, le besoin de «faire quelque chose pour sauver la planète» est certainement compréhensible, mais qu'en est-il de la mesure de l'empreinte écologique? Jusqu'à quel point devons-nous réduire nos activités pour libérer la planète des gaz à effet de serre et comment déterminer la valeur de l'engagement de chacun?

Depuis plusieurs années, le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec diffuse un questionnaire permettant de calculer l'empreinte écologique.

Cet exercice, qui se veut scientifique, s'adresse aux jeunes qui souhaitent calculer leur empreinte écologique en attribuant une valeur aux habitudes de vie de leur famille en matière d'habitation, de chauffage, d'alimentation, de consommation, de transport et de gestion des déchets.

Curieux de connaître les avis ministériels concernant les différents résultats possibles à ce test, j'ai d'abord joué le rôle d'un enfant à l'empreinte écologique élevée. En effectuant le test, j'ai donc coché les options les plus énergivores.

Je suis donc devenu un enfant:

  • Qui habite seul dans un bungalow chauffé au bois (le chauffage le plus polluant), équipé de plusieurs robinets.
  • Qui consomme du poisson ou de la viande plus de 10 fois par semaine et qui mange souvent des plats confectionnés avec des produits ayant nécessitant un transport (oranges, avocats, kiwi, etc.).
  • Dont les parents achètent plus de six appareils électroniques (téléphones, tablettes, ordinateurs, téléviseurs) par année en plus de posséder un VUS qu'ils utilisent pour amener leur enfant à l'école.
  • Qui prend des vacances impliquant un transport en avion.
  • Dont la famille ne recycle pas et ne fait jamais de compostage, produisant ainsi des déchets en «grande quantité», c'est-à-dire plus de deux sacs par semaine.

Voici les résultats à ce test, effectué par un jeune capitaliste, dont les parents ont peut-être signé le fameux Pacte de transition écologique:

Tu as obtenu: 715 points. Ça signifie que tu utilises environ 9,5 terrains de 100 m sur 100 m pour satisfaire tes besoins. C'est un peu plus que la moyenne canadienne, alors tu devrais songer à adopter des comportements plus respectueux de l'environnement. Si tout le monde agissait comme toi, il nous faudrait au moins cinq planètes pour subvenir à nos besoins.

Même s'il y a beaucoup de place pour l'amélioration, il est quand même étonnant que le résultat à ce test (où toutes les options extrêmes ont été cochées) corresponde à un score seulement «un peu plus élevé que la moyenne canadienne». Ce résultat laisse déjà sous-entendre qu'une grande partie des familles canadiennes sont plutôt délinquantes en regard de la notion d'empreinte écologique.

Inquiété par ce résultat, craignant qu'une police de l'environnement ne débarque chez moi pour m'emmener dans un camp de rééducation, j'ai décidé de me corriger sur-le-champ en produisant un test exemplaire.

En m'empressant de recharger la page du questionnaire, j'ai coché toutes les cases témoignant d'un comportement familial conforme aux exigences de la santé planétaire.

Je suis donc devenu un enfant:

  • Qui habite avec plus de cinq personnes un appartement chauffé à l'énergie solaire et à l'énergie éolienne, disposant de moins de trois robinets.
  • Qui ne consomme jamais de poisson ou de viande et dont les repas familiaux sont composés de produits locaux, confectionnés à la maison.
  • Dont la famille n'a fait l'acquisition d'aucun appareil électronique au cours de l'année, mais qui a fait l'achat d'ampoules fluocompactes à faible consommation.
  • Dont les parents ne possèdent pas de voiture, même pas une bicyclette, permettant à l'enfant exemplaire de marcher chaque jour pour se rendre à l'école.
  • Qui ne se déplace pas lors des vacances familiales, ni au Québec, ni en Ontario, ni nulle part dans le monde.
  • Qui a le bonheur de participer à un grand projet familial de recyclage et de compostage, ce qui fait que sa famille ne produit absolument aucun sac de déchets (il y a vraiment une option «aucun déchet» dans ce test!).

À la suite de ce test exemplaire, espérant que le gouvernement allait me décerner une médaille pour des habitudes de vie aussi respectueuses de l'environnement, voici l'incroyable rétroaction obtenue:

Tu as obtenu: 60 points. Ça signifie que tu utilises moins de quatre terrains de 100 m sur 100 m pour satisfaire tes besoins. C'est beaucoup mieux que la moyenne canadienne, mais tu pourrais faire mieux. Si tout le monde agissait comme toi, il nous faudrait d'une à deux planètes pour subvenir à nos besoins.

«Tu pourrais faire mieux?!» Vraiment? Qu'est-ce qu'un enfant pourrait faire de plus pour diminuer son empreinte écologique? Diminuer le volume d'air qu'il respire pour diminuer sa production de CO2?

En regard de la notion d'empreinte écologique, les conclusions de ce test sont en effet extrêmement troublantes, car la norme est si élevée que bien peu de citoyens venant d'un pays développé ne semblent pouvoir s'y conformer. Dans ces conditions, où le sentiment de culpabilité est omniprésent, il n'est pas étonnant de voir apparaître des mouvements de décroissance globale selon lesquels il serait maintenant irresponsable de faire des enfants.

S'il nous appartient collectivement de trouver des solutions d'avenir pour l'humanité, n'est-il pas simplement aberrant qu'un site internet gouvernemental s'adresse aux jeunes en diffusant une idéologie qui semble considérer l'être humain comme un problème pour la planète?

À LIRE AUSSI:

» Environnement: redonner le pouvoir aux gens, un terme à la fois
» Le pacte de transition écologique comme religion civique...
» Pourquoi ne pas présenter un bulletin météo des changements climatiques?
» Pourquoi le mouvement antinataliste fait-il à nouveau les manchettes?

La section des blogues propose des textes personnels qui reflètent l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Quelques trucs pour réduire son empreinte écologique: