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15/11/2016 09:51 EST | Actualisé 17/11/2016 11:25 EST

De la culture du viol à la culture du désir

En accréditant d'emblée la notion de culture du viol, on en vient à considérer que les jeux de séduction entre adultes constituent en soi une forme de crime contre la féminité.

Parmi les débats qui émergent sporadiquement dans notre société emportée par la frénésie des médias sociaux, le thème de la culture du viol me semble particulièrement pervers.

En tant qu'auteur des Monologues du pénis (Lanctôt éditeur, Montréal, 2007), ouvrage explorant les grandeurs et les malheurs de la sexualité masculine, je crois qu'il serait souhaitable de dépasser le désespérant positionnement «pour ou contre la notion de culture du viol», car l'univers complexe de la sexualité humaine s'accommode très mal de la pensée manichéenne qui transforme trop souvent les individus en militants monomaniaques.

Bien sûr, le crime de viol m'horrifie et, devant les comportements masculins sexuellement agressifs ou intrusifs, j'ai souvent éprouvé de la honte à appartenir biologiquement à la confrérie des hommes.

Par contre, au-delà de l'empathie que j'éprouve lorsque je lis des textes de femmes témoignant de douloureux souvenirs de harcèlement, j'ai souvent l'impression que le désir masculin demeure fondamentalement incompris.

C'est qu'en accréditant d'emblée la notion de culture du viol, on en vient à considérer tous les hommes comme des agresseurs potentiels. Dans cet excès victimaire, les jeux d'exploration sexuelle des enfants deviennent de regrettables preuves de domination masculine, alors que les jeux de séduction entre adultes constituent en soi une forme de crime contre la féminité, avant même qu'une réserve ou qu'un refus n'ait été signifié.

Comment en sommes-nous revenus à une conception de la séduction où les femmes sont considérées comme des victimes du désir excessif des hommes? Nous avons pourtant cru que la révolution sexuelle du siècle dernier avait définitivement aplani les frustrations résultant de l'opposition inhumaine entre la nature et la culture et que l'égalité des hommes et des femmes constituait une évolution pour les deux sexes. Le plaisir de vivre et de jouir est-il encore un projet de libération?

Pour faire œuvre utile, au risque de choquer certains esprits sensibles, je vous propose une courte liste de fantasmes qui témoignent de l'intensité du désir masculin. S'il est hors de question que ces désirs soient actualisés sans consentement, ils pourraient au moins servir à mieux comprendre la soupe hormonale qui bouillonne dans le corps des hommes. Cet effort de compréhension pourrait peut-être nous aider à rompre définitivement avec la culture du viol.

Aux prises avec des besoins et des désirs qui ne s'apaisent que par l'émission de sperme, les hommes subliment tant bien que mal en imaginant. Après avoir rêvé de sexe cru durant la nuit, nous nous levons en érection en nous retenant pour ne pas trouer les murs. Et au cours de la journée, nous rêvons encore.

Nous rêvons que les femmes nous sollicitent sexuellement autant que nous devons le faire nous-mêmes pour que la pulsion de vie ne demeure pas une théorie.

Nous rêvons que des inconnues enjouées nous prêtent spontanément une main secourable pour nous masturber sur un banc de parc un dimanche matin où il y a apparence de pluie.

Nous rêvons qu'une très distinguée dame du West Island stoppe sa Cadillac en bordure de trottoir pour nous demander gentiment: «Will you please fuck me?»

Seul dans un ascenseur, nous rêvons que deux jolies filles pratiquent un cunnilingus en nous invitant à éjaculer par pure bonté humanitaire.

Nous rêvons que la mère de nos enfants et femme de notre vie nous prête à sa meilleure amie aux prises avec un urgent besoin de tendresse, parce qu'il faut bien que le corps exulte.

Nous rêvons que nous n'aurons plus jamais à nous masturber dans la solitude existentielle du jour ou de la nuit.

Nous rêvons parfois que nous sommes des femmes pour pouvoir caresser des seins à volonté et pour pouvoir humer sans fin le parfum sublime d'une vulve.

Nous rêvons que l'industrie de la pornographie serait abolie, puisqu'elle aurait été remplacée par la réalité.

Nous rêvons à une mort libérée de l'angoisse, car l'angoisse et la mort ne font pas le poids face au plaisir de l'orgasme.

Nous rêvons que le sexe soit une célébration constante du fait d'exister pendant que nous sommes encore vivants.

Pour comprendre l'intensité de ces désirs masculins, qui s'accompagnent d'une douleur indéniable, il faudrait considérer ces pulsions comme l'équivalent du désir d'enfant que décrivent souvent les femmes qui l'éprouvent. Si les hommes peuvent aussi éprouver le désir de fonder une famille, ils ressentent surtout le besoin de copuler. Pour les hommes, c'est l'alliance érotique avec une compagne qui fera naître le sentiment d'attachement amoureux menant à la possibilité d'une descendance.

Une chose est claire, pour mettre fin à la culture du viol, il faudra tôt ou tard que se développe une culture du désir qui s'appliquera à mieux comprendre le corps, le cœur et la pensée des femmes et des hommes.

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