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16/10/2014 05:11 EDT | Actualisé 16/12/2014 05:12 EST

Missive troisième à Monsieur le Premier Ministre

Éducation et compressions réfléchies

Je vous ai déjà convié à institutionnaliser un Conseil confédéral de la francophonie canadienne pour des raisons qui s'imposent à un esprit de compromis, mais sans compromission. Une telle œuvre inscrirait en lettres patentes un droit légitime de la nation canadienne-française au sein de l'Histoire canadienne!

Je vous reviens sous le thème de l'éducation. Déjà, je vous donne à entendre l'importance essentielle de l'enseignement de l'histoire et de la transmission de l'amour de la Patrie et des valeurs civiques aux jeunes et de l'intégration des jeunes immigrants à la langue française et à la culture québécoise, tel le requiert la vitalité d'une société distinctement libre, dynamique et fière, tel s'impose l'enseignement de l'anatomie et de la physiologie aux étudiants en médecine!

Quelque mauvais coup de scalpel sont moins dangereux que quelques mauvaises décisions ou un mauvais jugement en matière d'éducation, et un ministre incompétent serait plus à craindre qu'un mauvais chirurgien, car l'un tue un seul, l'autre tue une collectivité!

Un esprit lucide comprendra alors les effets à terme de politiques idéologiques coercitives poussant à imposer l'enseignement de l'anglais intensif au primaire... L'apprentissage d'une autre langue doit être subordonné à la maîtrise préalable et éprouvée de la langue commune, le français. Ces vérités n'auront peut-être l'heur de vous plaire, mais pour l'heure vous donner à comprendre est plus primordial que de plaire!

Tout de la mission éducative de l'école mérite la plus grande attention, le plus grand soin dans sa mise en œuvre, le plus de soutien direct aux élèves. Ainsi doit être perçue la panoplie de moyens et d'aides dont l'objectif porte sur la réussite scolaire, la qualité de l'enseignement, la transmission de valeurs morales et éthiques et le développement de l'élève, de la maternelle au stade pré-adulte. Ainsi, l'aide aux devoirs ou pédagogique dans les écoles primaires et secondaires, à tous les élèves en difficulté d'apprentissage scolaire ou d'intégration linguistique, et l'aide à la maîtrise des habilités de lecture et au développement du goût de la lecture s'imposent. On sait déjà que les carences en lecture sont corrélées à de plus grands risques de décrochage. Lutter contre le décrochage, voilà qui mérite le soutien aux directions d'écoles et aux enseignants, sans ménagement. Ces aides et des livres, et des livres encore, valent mieux que des tableaux interactifs acquis à forts prix, dont les mérites ne sont pas prouvés, et à valeur résiduelle nulle après quelques années. Et, les élèves ayant des talents ou des aptitudes scolaires particuliers méritent aussi un soutien à la réalisation de leurs potentiels, à la persévérance et à la performance académique!

Le milieu scolaire doit être protégé des risques barbares que sont l'intimidation, la criminalité de gangs de rue, les activités de vente de drogues à des élèves des polyvalentes, des conditions familiales malsaines. On ne saurait protéger en tout, mais prévenir vaut mieux que quérir, et le soutien à des jeunes en difficulté peut les aider à gagner en résilience, sans aide beaucoup seront défaits!

Les ressources humaines et financières inutilement consacrées aux fins de motivations égocentriques de l'hydre structuro-organisationnel -dont le discours normatif sert à justifier son existence, sa croissance et sa pérennité- grève d¹autant le potentiel de rencontrer les besoins évidents sur le plan psychoéducatif ( aide aux enfants des difficultés d¹apprentissage ou orthophoniques, intégration des cas de troubles envahissants du développement ou de déficits d'attention ), de la francisation des élèves et des adultes issus de l'immigration, de la lutte au décrochage, de la réintégration des décrocheurs, de l'encouragement à la lecture et à la pratique de sports, etc. Tout doit contribuer à valoriser le potentiel et le développement de l'élève, rien ne doit être abandonné au hasard de la confusion!

La maîtrise de la langue française constitue un objectif fondamental du régime scolaire, nommément pour une nation francophone minoritaire au sein d'un conglomérat anglophone. La modernité de la langue est liée à son utilité, à l'éducation et à la formation. À l'hégémonie de l'anglais opposons l'affirmation de la langue française, ce à quoi doit contribuer l'école

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N'oublions jamais que la maîtrise du français et l'intégration linguistique des nouveaux arrivants posent problème dans la grande région de Montréal; que les élèves en difficulté d'apprentissage ont des besoins spécifiques; que le taux de décrochage est catastrophique en comparaison à ceux ailleurs au Canada après 12 années d'études (High school); que des écoles déploient déjà des projets éducatifs particuliers à succès éprouvé (Musique, Arts, Langues, International, Sports...); que la lecture, la socialisation et la transmission des valeurs civiques et patrimoniales sont le fondement d'apprentissages ou de l'intégration socioculturelle subséquents. Ainsi, l'école doit déployer tous les moyens contribuant à la réussite scolaire et, plus encore, développer l'esprit civique et l'estime de soi, forger le caractère et la détermination, encourager le rêve de la réussite! La maxime ''Une âme saine dans un corps sain'' prévaudra toujours. L'école doit répondre à l'imperium de cet enseignement humaniste pragmatique. À défaut, craignons les ratures sur les cerveaux des jeunes citoyens de demain...

Mais alors, comment effectuer des coupes dans les dépenses du MELS sans diminuer les services aux élèves, voire tout en peaufinant le soutien essentiel?

Je soumets une considération générale. Vous aurez - le groupe des 3 médecins ministres- proposé des approches dites technologiques (méga structures et réorganisations successives, super cliniques, super technologies, et conséquemment super rémunérations de radiologistes) au détriment de la prévention et de la promotion de la santé. Cette approche, on le sait pourtant, s'avère coûteuse et contribue largement à l'accroissement des dépenses en santé. En éducation, les Tableaux blancs interactifs (TBI) correspondent aussi à une approche technologique. Pourtant des témoignages concrets d'enseignants confirment que les élèves ont besoin de services, pas de TBI à l'efficience incertaine et à la fiabilité limitée. Vous comprendrez qu'il serait sage de remettre en question le bien-fondé de ladite idéologie technologique!

Précisons des mesures spécifiques: la fusion des trop nombreuses commissions scolaires et le regroupement de services régionaux (100M$ et plus selon l'option), faire coïncider les élections scolaires avec les autres élections régionales ou municipales (20M$), l'abolition de la Fédération des commissions scolaires (10M), l'abolition des directions générales (déjà annoncée), l'annulation du programme des TBI (200M et plus). Ces mesures seraient comprises. Elles suffiraient pour l'instant, un temps de réflexion et d'évaluation sera garant de la justesse des décisions futures.

Si l'école constitue un investissement, non une dépense, dont dépendent le développement et la prospérité d'une société, la qualité de la démocratie et la transmission de valeurs civiques et identitaires, alors le système d'éducation requiert cohérence, non-cafouillage.

Avec déférence, Monsieur le Premier Ministre, je vous laisse à ces réflexions, espérant que vous saurez résoudre les contradictions de la situation de problèmes.