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18/02/2013 02:08 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Suggestion constructive en vue du Sommet sur l'enseignement supérieur : inclure tous les paramètres importants et des non-dits

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Dans tout ce débat qui perdure sur la question du financement des universités, plusieurs argumentaires s'opposent. Le mouvement d'opposition aux hausses des droits de scolarité des associations étudiantes aura inscrit ce débat avec plus d'urgence; il porte aussi sur des questions sociales et économiques constructives. Malheureusement dans les conditions actuelles, à très peu de temps du Sommet préparé en partie pour recréer une paix sociale, tout semble un capharnaüm, et plusieurs se replient sur ses positions de retranchement. On aura eu l'impression d'un discours de sourds.

Reconnaissons que la question est complexe par le fait même des règles budgétaires, des effets comptables, des transferts et des mouvements de fonds; par les ramifications des impacts directs et indirects; par la comparaison à ce qui se fait ailleurs; par la nature des avantages comparés dans un contexte de compétition et d'innovation technologique et scientifique; ou tout simplement par l'opposition entre des théories de l'éducation et la finalité de l'instruction, ou des revendications idéologiques.

L'expérience de vie instruit qu'il est impossible de résoudre une situation de problèmes si les opposants ne partagent pas une compréhension commune de la situation et si les définitions attribuées aux mots ne sont pas les mêmes. On aura eu droit à beaucoup d'opinions et de chroniques, mais nulle part les journalistes n'auront fourni une analyse claire de tous les tenants et aboutissants. Notre objet est ici de revenir sur certaines notions édulcorées ou des non-dits pourtant essentiels à la définition d'un compromis raisonnable .

Brièvement, la gestion des ressources financières comporte deux volets : les revenus, et les dépenses (et le contrôle des dépenses...). Un financement accru passe nécessairement par une augmentation des budgets alloués par l'État, donc défrayés par l'ensemble des citoyens, ou des hausses des droits et des frais afférents, directement défrayés par les utilisateurs, les étudiants. Au chapitre des dépenses, la grande partie des déboursés est constituée par la masse salariale (enseignement, recherche, services et soutien) et les fonds d'immobilisations (équipements, bâtiments et leur entretien, projets d'investissements, etc.). L'argumentaire en faveur d'un financement accru, plus substantiel et plus en accord à ce qui se fait ailleurs, relève des avantages concurrentiels; et, tout argumentaire doit être évalué dans le cadre d'études avantages/coûts.

Je n'entends pas ici relever le défi d'un débat qui nécessiterait l'étude minutieuse de plusieurs volets spécialisés. Toutefois, un compromis est possible pour peu que l'on réfléchisse à l'essentiel des argumentaires s'opposant. Voici quelques éléments trop tus:

1. Il serait utile de réfléchir sur certaines pratiques de la démocratie associative étudiante: vote à main levée, quorum, participation minimale, une seule option : la grève illimitée. Un climat malsain dans ces associations ne serait pas très prometteur pour une société démocratique...

2. La grève illimitée ne constitue pas une stratégie unique. Pourtant on aura confondu moyen (grève illimitée) à objectif (accessibilité) et accessibilité à gratuité ... On peut être contre la hausse des droits de scolarité et des frais afférents, mais être contre la grève illimitée...

3. Il faudrait revenir sur la notion de gratuité. La gratuité, ça n'existe pas : quelqu'un doit payer. Il y a un problème d'éthique de la redistribution du patrimoine collectif à offrir à des étudiants de disciplines ouvrant à de très hauts salaires défrayés par les citoyens (médecins, spécialistes, juges, etc..) qui oublient dès leur promotion qu'ils ont une dette envers la société; et qui réclament la parité de rémunération avec leurs collègues d'autres provinces où ils auraient pourtant dû payer beaucoup plus pour leur formation universitaire. Ainsi, solidarité citoyenne et contrat social sont inséparables.

4. Les analyses devraient tenir compte de l'ensemble des coûts de la scolarité, incluant les frais afférents ou droits accessoires... L'image globale est alors différente: des frais afférents ont en partie été haussés pour pallier des scandales... On aurait alors le devoir de mettre en place des mesures visant à éviter de tels débordements, contrôler les projets immobiliers spéculatifs, corriger des situations de mauvaise gestion...

5. Le déséquilibre entre le financement du secteur francophone et anglophone doit faire partie de l'analyse.

6. Pour qu'une formation universitaire constitue un investissement pour la société, qu'elle ajoute à la qualité citoyenne et démocratique, elle devrait contribuer à former la pensée et le jugement critiques; l'enseignement doit alors être soumis à une évaluation utile, à des exigences de qualité...

Je soumets un ensemble de mots clés qui constitue autant de points de réflexion autour de la mission, de l'organisation universitaire. Je ne tente pas de dire qui a raison ou tort ni d'imposer une vision. Je fais valoir que tout ce qui est important devrait faire partie de la réflexion, et qu'il n'y a pas de discussion fructueuse sans un accord sur la définition des termes. Si des différends sont inévitables, qu'au moins ils n'émanent pas d'une confusion sémantique.

Mots clés :

• Mission, rôles et finalité de l'université

• Accessibilité

• Gratuité, le contrat social

• Qualité de l'enseignement

• Principes structurants : équité, conditions d'admission, exigences académiques, qualité, évaluation, concurrence et excellence

• Frais et droits de scolarité

• Financement et exigences comparés. Modes de financement et impacts

• Valeur des diplômes, coûts réels, avantages des formations

• Modulation des droits et valeur actualisée des formations

• Justice et équité sociale; éthique de la redistribution

Un dernier élément de réflexion: « La gratuité pour les étudiants ne serait pas une récompense acquise, mais une responsabilité. »