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09/10/2013 11:57 EDT | Actualisé 09/12/2013 05:12 EST

Le biais nihiliste des débats sur la Charte des valeurs

Maintenant que j'ai attiré votre attention, à vous deux mots:

Ce débat sur les valeurs sur toile de fond identitaire semble bruyamment déraper - et le bruit hébète plus qu'il ne porte au dialogue -, car des attitudes et des réflexes expriment une forme de biais nihiliste. Le reconnaître, en prendre conscience serait déjà utile pour éviter de s'enferrer à une galère sans lumière...

Les orientations inscrivent un combat indirect d'idéologies où se confortent une certaine action féministe, des relents d'un esprit anticlérical d'idéologues - dont l'éducation fondamentale date d'une époque où l'Église catholique était omniprésente -, et l'expression d'une certaine gauche égalitariste sortie de la révolution dite tranquille et des ses institutions populistes. Chacun a son projet ou des motivations inavouées, et les luttes sectaires qui en émanent inscrivent une composition fragmentée à laquelle ne pourraient s'identifier ceux plus épris de Liberté que de dictats. Or, les grands pays entretiennent l'amour de la Patrie, non l'exclusion par des lois restrictives faites au goût de quelques-uns.

Ainsi, le débat ne reflète pas des argumentaires objectifs : il trahit des formes de recherche d'un temps perdu où les antagonistes ignoraient leurs problèmes d'estime de soi. On nous communique l'impression d'une recherche d'une revanche contre un passé, de tentatives visant à lutter contre l'angoisse irrésolue d'une période difficile de leur enfance de souffrance... Pour réussir cette quête, on nous communique encore l'impression que la collectivité doit souffrir aussi...

Le dialogue souhaité se transmute alors en un combat pour la suprématie d'une conception particulière. Des idéologues et des "istes" penchent alors du côté intégriste : ils tentent d'imposer une direction fidèle à leur pensée ou à leurs motifs psychologiques voilés... Un dialogue heureux exigerait une psychothérapie de ces "istes'' pour qu'ils acquièrent un contrôle sur leurs sombres pulsions de vouloir imposer une idéologie en lieu et place de l'amour de la Patrie. Reconnaître ces non-dits permettrait de développer un réflexe salutaire pour ne pas être entraîné par une volonté psychotique de certains mus d'énergie obsessionnelle.

La suite heureuse du dit débat de société, voire la santé des Institutions démocratiques et le bien commun, exige que soient démasquées ces formes de mutilation que quelques-uns voudraient étendre aux cerveaux de l'ensemble de la collectivité... Et que l'on prenne conscience du biais nihiliste que véhiculent ces non-dits. On ne peut qu'éprouver de la tristesse de toutes les formes de mutilation qui traduisent un mal existentiel d'un peuple, tel le font les piercings ou les tatouages défigurant de la tête aux pieds pour la vie durant un corps de trop de Québécois dont l'être éprouve une angoisse identitaire.

Une partie du problème auquel on semble vouloir s'adresser sans la préciser tiendrait d'une forme de mal de vivre identitaire et d'autoannihilation. Pourtant, l'intégration positive même dépend du degré d'espérance dont fait preuve la société d'accueil, car une culture vit de croyances à des valeurs et d'Espérance, non de sombres pensées...

Ce débat autour des interdictions de signes religieux emmêle valeurs et identité à des manifestations nihilistes. À la résilience traditionnelle de la société canadienne-française on voudrait substituer une forme de négation du soi identitaire, des négations qui annihilent l'être identitaire et les valeurs patrimoniales. Dans l'histoire canadienne- française trop de défaites jadis canalisées par la foi salvatrice s'ouvrent maintenant sur un mal de vivre, une forme de mépris de soi pour conjurer un mal existentiel.

Le débat autour des orientations donne ainsi à observer une tendance généralisée à s'effacer par crainte de devoir répondre à des revendications religieuses de groupes nouvellement accueillis. S'effacer, nier une composante identitaire cohésive, par crainte qu'un lot de revendications et demandes d'accommodements ne surgisse: quels errements sur le plan de la logique que ce nihilisme qui invite à l'amnésie collective ou à l'effacement d'une culture distincte et spécifique ou à faire table rase d'un héritage fort, comme si toute difficulté disparaissait par l'appel du vide. La nature a horreur du vide, qu'elle invite à combler de toutes formes d'idéologies et de revendications...

Ainsi, une forme de nihilisme entaché d'égalitarisme introduit un faux raisonnement par lequel on conclut que les signes religieux issus de la tradition judéo-chrétienne doivent être retirés de la scène publique (tel le crucifix a l'Assemblée, ou pourquoi pas la fleur de Lys laquelle à sa base est constituée d'une croix , etc...). Car alors, argumente-t-on, comment expliquer à un immigrant qu'il ne portera plus une costume symbolique de son appartenance religieuse lorsqu'il représente l'État, ou à une enseignante musulmane qu'elle doit laisser son voile à la maison, alors que la société d'accueil continuerait de s'attacher à ses symboles religieux patrimoniaux? Que penseront-ils de l'ambivalence du gouvernement, s'il ne retire pas le Crucifix de l'Assemblée nationale ou si la majorité ne souffre pas des mêmes interdits? Mais par cet argument égalitariste, on confond alors neutralité de l'État, voire laïcité, à une forme de nihilisme. On oublie que la condition initiale de l'intégration positive est d'adhérer à ce qui est convenu d'adopter comme valeur commune de la société d'accueil (Maka Kotto, ministre de la culture) et non que la société distincte minoritaire s'annihile. Sous la pulsion du nihilisme égalitariste point de chance que soit transmise clairement le message normal que la responsabilité première du nouvel arrivant est de s'intégrer positivement à la société d'accueil. ..

On se doit de comprendre des expressions plus dures de nihilisme sous des interprétations tendancieuses masquant des objectifs idéologiques qui de féministes, qui d'idéologues qui de radicaux dits de gauche peuvent aussi camoufler des rancœurs ou des hontes sans les dire là, ce qui n'est pas dit révèle plus que ce qui est prétendu.

Disons quelques traits de chacune des factions intégristes.

Des groupes féministes ( ne pas confondre avec le féminisme) tentent de tout leur poids idéologique d'influencer le débat actuel. Un message féministe lie inégalité entre les hommes et les femmes à une forme de préséance à l'absence de signes religieux, de tous les signes, et la confond à une exigence supputée de la neutralité de l'État - voire une condition à l'égalité exemplaire entre les hommes et les femmes -, balayant à néant l'histoire, la contribution primordiale des communautés religieuses au Canada- français et au Québec, et du coup la cohésion sociale induite par le catholicisme culturel... L'intransigeance avérée joue alors dans le sens d'un nihilisme historiciste, de l'annihilation de traits identitaires au profit d'un plan idéologique... Ce genre d'intention n'est pourtant jamais avouée, que profilée, la révéler serait rendre son dessein sans effets. Mais quand on y regarde bien, on aperçoit déjà la forme initiatique de la femme en mal de vivre devant le miroir...

Certaines manifestations féministes révèlent un tel degré d'angoisse, voire de rage, qu'on ne peut qu'y lire une fonction exutoire de tensions intérieures, voire de troubles psychologiques.

La nouvelle Le torrent d'Anne Hébert met en scène une forme d'adversité qui caractérise des motifs d'un certain combat féministe extrême ou à tout le moins d'une tension caractérielle de la femme québécoise sous le joug d'un catholicisme noir et sombre qui aura marqué le Québec d'avant la Révolution tranquille

Une fille-mère rejetée de sa communauté et de sa famille livrée à une interprétation sectaire de la religion se voue à une dure vie de sacrifices espérant le pardon, le salut de son âme et sa rédemption... Elle destine son fils à la prêtrise, sacrifice de la mère pour regagner l'estime de soi et de son village. Elle préférera détruire son fils que de le voir se libérer de son emprise et de son pouvoir dominateur et rejeter le destin qu'elle lui impose. Son salut dépend de l'ampleur de la destruction en soi et dans son fils. Son fils sourd à sa volonté et n'entendant plus que grondement du torrent, restera une pulsion dominatrice qui la poussera à faire souffrir un étalon symbolisant tous les hommes pour soulager son mal intérieur, sa haine et ses tourments.

Le torrent illustre l'action d'un moi psychique haï, qui ne peut se libérer de L'asservissement des ses pulsions qu'en annihilant des autres, tel une femme acariâtre qui frôlerait l'infanticide pour se venger d'elle-même et de tous les hommes.

La religion est alors perçue comme une torture plénipotentiaire infernale qui n'a plus rien à voir avec le message évangélique d'Espérance. Les attaques débridées contre la religion patrimoniale traduisent une forme de haine de soi transférée aussi sur les autres, et ces autres sont les hommes et tous les symboles qui rappellent le patriarcat... Alors l'image de la femme se révèle dans son entièreté dans le miroir : elle crie hystériquement et par ce cri viscéral elle tente de tout annihiler, et homme et signes religieux et toute forme de foi salvatrice. Et l'être se transmute en bête tueuse d'hommes pour rendre son mal de dents plus supportable.

La pulsion extrémiste serait donc proportionnelle au mal de vivre. Tel dans Le Torrent, le salut dépend du degré d'annihilation qui sera transposé dans les comportements des enfants et alors le mal se répand dans la génération suivante sans que les raisons objectives le justifient. Voilà pourquoi le rapport homme-femme est si difficile dans la société québécoise ; et, alors assurément la femme n'est pas l'avenir de l'homme.

Par ailleurs, l'activisme féministe semble avoir acquis le réflexe généralisé d'une singulière manière de promouvoir l'égalité des femmes en faisant valoir qu'elles sont victimes, cet art de victimisation rend impossible la réconciliation, il entretient un réflexe vindicatif insupportable.

Le sujet de la Charte devient un terrain vague où se transpose une guerre de factions du mouvement féministe ; certaines y voyant un moyen d'affirmer des revendications féministes ; certaines un moyen d'affirmer l'égalité hommes-femmes ; d'autres y voyant un risque de limiter la liberté de femmes musulmanes ou de mettre à péril l'accessibilité au travail pour celles qui porteraient des signes jugés ostentatoires au dire d'autres... Bref, la question de la Charte devient le prétexte d'une récupération d'un combat d'une autre nature, et qui divise alors que des valeurs communes devraient rassembler et porter à la coopération et à la cohésion sociale. (tels certains activistes islamistes y voient l'occasion d'accuser d'islamophobie afin de retirer par victimisation des gains pour leurs quêtes islamistes en terre chrétienne...).

On fait porter l'odieux aux femmes musulmanes, alors que c'est le caractère vindicatif d'activistes islamistes qui est en cause. Ainsi les orientations embrassent trop large, au-delà d'une zone consensuelle spontanée.

Par ailleurs, victimisation et entredéchirement font du Conseil de Statut de la Femme (CSF) un lieu de tensions alors que l'égalité entre les hommes et les femmes sera symbolique acquise quant le CSF serait aussi utile qu'un Conseil du statut de l'homme (CSH), que les deux travailleront dans un même édifice, sur un même étage et baiseront dans les mêmes locaux. Un peu plus loin, l'abolition du CSF et du CSH annoncerait un état d'égalité effectif sur la base du respect et de la dignité humaine entre les hommes et les femmes....

Quand les hommes vivront d'amour... mais moi je serai mort mon frère...

D'ici là la femme n'est pas l'avenir de l'homme, tout comme cette potentielle Charte de valeurs laïques n'est pas la solution à un problème plus circonscrit de laïcité et de citoyenneté affirmées auprès de tous et de tous les immigrants engagés volontairement dans un processus d'intégration positive...

En définitive, les orientations vers un cadre légal portant sur une ''laïcité citoyenne'' et des principes d'intégration généraux doivent alors pour des raisons de cohésion sociale porter sur l'essentiel consensuel, tel d'autres l'auront affirmé avec sagesse et lucidité (Jacques Parizeau, les Évêques, et bien d'autres...)