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15/10/2018 14:55 EDT | Actualisé 16/10/2018 16:38 EDT

Montréal, la plus grande ville française en Amérique

«Montréal, la plus grande ville française en Amérique»: un projet de société pour un nouveau gouvernement, pouvant servir de référence aux autres villes.

La minorité en devenir des Montréalais francophones devient, à fortiori, une préoccupation inéluctable d'une nation québécoise atteinte au coeur de sa propre identité.
Chalffy via Getty Images
La minorité en devenir des Montréalais francophones devient, à fortiori, une préoccupation inéluctable d'une nation québécoise atteinte au coeur de sa propre identité.

«Montréal, la plus grande ville française en Amérique», rappelons-nous les paroles du maire Jean Drapeau, que ne peut malheureusement répéter Mme Valérie Plante, l'actuelle mairesse de Montréal. Alors qu'une partie de Montréal fait mentalement sécession d'avec le reste du Québec et s'isole dans une bulle «anglosphérique» si hostile au français après l'élection du Parti québécois en 1976, comme l'écrit si bien Gilles Proulx dans le Journal de Montréal, des anglophones quittent en grand nombre la ville et le Québec.

La population totale de Montréal stagne jusqu'à la fin du XXe siècle; il faut attendre les fusions municipales opérées sur l'île au début du XXIe siècle pour constater une augmentation de la population, marquée par une immigration débridée sous le gouvernement du Parti libéral dirigé par Jean Charest ou Philippe Couillard.

Aujourd'hui, la majorité que forment les Montréalais francophones, au sein de la population de Montréal, est fragilisée et menacée, dans une atteinte à l'identité québécoise.

Depuis le début du XXIe siècle, le nombre annuel d'immigrants admis au Québec ne cesse de croître et dépasse maintenant 52 000. Alors que la France, malgré une population équivalente à huit fois celle du Québec, accueille moins de 236 000 immigrés par année. Il y a plus de 1 million d'immigrants au Québec, pour une population de 8,4 millions d'habitants. Ils sont concentrés dans la région métropolitaine de Montréal.

À Montréal, les immigrants comptaient pour 27,5% de la population en 2001 et 34% de la population de 1,6 million en 2016 alors que 59% de la population de la ville en 2016 est issue de l'immigration ou a au moins un de ses deux parents nés à l'étranger.

Sur la base de la déclaration des immigrants, on a identifié que le taux d'immigrants qui ne parlent pas le français est en croissance au cours des dernières années, mais on a constaté récemment que le programme de francisation des personnes immigrantes du ministère de l'Immigration de la Diversité et de l'Inclusion est un échec.

On ne connait pas exactement, à ce moment-ci, le nombre d'immigrants qui ne parlent pas le français, mais cela n'empêche pas que ces résidents québécois puissent obtenir la citoyenneté canadienne même s'ils n'ont aucune connaissance de la langue française, puisqu'il suffit qu'ils aient acquis notamment une connaissance suffisante, au sens de la loi, de l'une des deux langues officielles.

Par ailleurs, les Montréalais qui ont déclaré le français, à titre de langue maternelle, ne cessent de décroître depuis le début du siècle, puisqu'ils ne comptent plus que pour 57,7% de la population de la ville en 2001 et 49,6% en 2016; si l'on ajoute les Montréalais qui ont déclaré, à ce titre, plusieurs langues, dont le français, on atteint 53,4% en 2016.

Le gouvernement du Parti libéral dirigé par messieurs Charest ou Couillard n'a pas tenu compte 1) - de la capacité du Québec de franciser les immigrants qui est un échec, comme l'a démontré la vérificatrice générale du Québec dans son Rapport déposé à l'automne 2017 et par là même de les intégrer, ni des conséquences sur le Montréal francophone; 2) - de la précarité de la majorité de Montréalais francophones parmi la population de la ville.

En outre, les éléments identifiables dans le discours idéologique multiculturaliste du gouvernement (comme tout indicateur culturel, démographique, linguistique, économique ou relatif au marché du travail) qui pourrait justifier le nombre annuel d'immigrants admis au Québec, n'est pas à minimiser. Lorsqu'elle a acquis le droit de vote, cette nouvelle «clientèle» issue de l'immigration est venue joindre dans une forte proportion le camp fédéraliste, en votant pour le Parti libéral dirigé M. Couillard, qui a succédé à M. Charest, comme le démontre le résultat des élections du 7 avril 2014 dans les circonscriptions montréalaises.

Un Parti libéral engagé dans le combat qui prévaut au Québec, entre fédéralistes et souverainistes, caractérisé par deux référendums comme celui de 1995, gagné par les fédéralistes par moins de 50 000 voix alors que «ces nouveaux Québécois, qui viennent souvent de pays bouleversés par la guerre ou aux prises avec de grandes difficultés économiques, ne sont pas débarqués ici pour faire la souveraineté», tel que l'écrit si bien M. Gilbert Lavoie dans Le Soleil.

On doit tenir compte du fait que le gouvernement du Parti libéral a disposé depuis nombre d'années d'une information exhaustive sur la population de Montréal, notamment sur la majorité francophone. Pour leur part, les maires de Montréal et l'establishment fédéraliste montréalais, majoritairement francophone, ne sont pas intervenus publiquement pour dénoncer l'impact de cette immigration débridée sur cette majorité de Montréalais francophones, pourtant si ouverts sur le monde, mais incapables de freiner leur régression progressive, dont ils sont les premiers responsables.

La minorité en devenir des Montréalais francophones devient, à fortiori, une préoccupation inéluctable d'une nation québécoise atteinte au coeur de sa propre identité. Occasionnée d'une façon plus accentuée actuellement par une immigration débridée, qui résulte du discours idéologique multiculturaliste du gouvernement libéral. Les Québécois francophones s'attendent à ce que cette préoccupation identitaire incontournable soit priorisée par le nouveau gouvernement de la CAQ.

«Montréal, la plus grande ville française en Amérique»: un projet de société pour un nouveau gouvernement, pouvant servir de référence aux autres villes, comme certaines municipalités de la région métropolitaine de Montréal.

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