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24/08/2014 09:25 EDT | Actualisé 24/10/2014 05:12 EDT

La Rome de Jules César, le modèle de toute dictature?

Caius Julius Caesar. Qui n'a pas entendu parler de l'histoire incroyable de ce chef militaire et homme politique romain?

Caius Julius Caesar. Qui n'a pas entendu parler de l'histoire incroyable de ce chef militaire et homme politique romain, né en l'an 101 av. J.-C. et mort au bout de son sang, poignardé à vingt-trois reprises par une poignée de sénateurs de la curie pompéienne, le 15 mars 44 av. J.-C., vers 11h30 le matin ?

Qui était-il ?

D'abord, Jules César a été un homme avide de pouvoir et convaincu que la fortune et les dieux le guidaient vers le commandement unique et suprême de la Rome de la fin de la période «républicaine» (2).

Durant cette partie de l'histoire romaine, le pouvoir était, pour simplifier la présentation, dans les mains d'un Sénat d'environ trois cents membres (nommés à vie) et d'une série de magistratures qui jouaient le rôle de l'exécutif : consuls, proconsuls, tribuns, légats, préteurs, questeurs, édiles... Dont le nombre et les rôles ont varié durant la longue histoire de la Rome Antique.

Très vite dans sa jeunesse, Jules César se fait le critique du sénat et des sénateurs, affirmant qu'il ne s'agit que d'une bande de riches oisifs, davantage préoccupés par leurs propres intérêts que par ceux de Rome et de ses différentes populations. Il estime de même que les divisions entre factions coûtent énormément cher à l'État et nuisent largement à la paix et à la prospérité de la République, notamment celles entre les plébéiens (ou populares) et les optimates (sortes d'aristocrates) et celles entre détenteurs de postes équivalents ou concurrents, comme les consuls, proconsuls et tribuns.

Sa solution, il faut qu'il parvienne à éliminer ses adversaires et concurrents, ce à quoi il va s'employer durant la presque totalité de sa vie adulte. Par exemple, il portera à neuf cents le nombre de sénateurs, afin d'en faire un poulailler bruyant, infécond et dans lequel le caquètement général contribuera à leur propre affaiblissement. Il poursuivra à mort ses adversaires jusqu'en Asie ou en Afrique, tels Pompée, Caton, Labienus ou Crassus.

Comment ?

Comme plusieurs spécialistes le soutiennent, le nerf de la politique, c'est l'argent. César dirait que pour être ou devenir, il faut d'abord et avant tout, avoir, posséder. Or, pour engranger les ressources en monnaie, en bijoux, en or et en richesses de toutes sortes, il faut faire la guerre et dépouiller l'ennemi de ses biens et ressources, quelles qu'elles soient. Ce qui conduira Jules César à tramer, sans perdre la foi en lui-même et aux dieux, de vastes campagnes de conquêtes, le menant en Gaule, en Grande-Bretagne, en Germanie, en Hispanie, en Grèce, en Asie Mineure, en Afrique du Nord et en Égypte. Et de ses conquêtes, pour sa propre gloire et celle de Rome, il tire un pactole inimaginable qui lui servira à gâter la plèbe et à financer et acheter tous ceux qui pouvaient le pousser vers le sommet du pouvoir, lequel le mènera à devenir le dictator (3) suprême de la cité aux sept collines, après avoir été consul, proconsul, pontifex-maximus, questeur, édile et préteur.

Le césarisme

Caius Julius Caesar se moquait des idéalistes tel Salluste (4), qui voulait incarner, réaliser la vertu au sein de la République. César ne connaît qu'une seule politique, celle de la force qui contraint les hommes à vouloir même ce qu'ils pensent ne pas vouloir. À ses yeux, les hommes sont des animaux qui désirent jouir de leur sexe, de leur ventre, de leur glaive et de tout pouvoir qu'ils peuvent exercer sur autrui, afin de s'élever vers les plus hautes cimes, où rien n'est plus impossible ni interdit.

Jules César est une sorte de monstre, d'exception de la nature, qui a résisté, survécu à des années de combat, de marche, de froid, de conflits sans pitié avec ses concurrents et adversaires. Il a vécu davantage à l'extérieur de Rome que dans sa propre cité si adulé en paroles et en pensée, parti en campagnes militaires presque perpétuelles, à commander, à tuer, à piller, à traverser les mers et les continents, à éliminer, torturer, déplacer et vendre comme esclaves, des millions d'êtres humains. À lui seul, il a engendré une somme de souffrance humaine à peine imaginable, dans le seul but de parvenir au sommet, tout en prétendant contribuer à la puissance et à la gloire de la République de Rome. Et une fois atteint l'objectif absolu, combien de temps pourra-t-il s'y maintenir ? Comment envisager la conduite de toute cette multitude sans générer de haine, d'envie et de rivalité meurtrières?

Que reste-t-il de Jules César ?

Bien entendu, il a enrichi et engraissé quantité de gens, construit de beaux et durables édifices, contribué au renouvellement du calendrier, de la monnaie et octroyé le «droit de cité» romain à moult populations et colonies extérieures à Rome. Cependant, sur le plan intellectuel, quelle a été sa contribution ? Plus proche d'Aristote ou de Machiavel, que de Platon ou Tomas More, la «pensée césariste» propose un certain regard réaliste et pragmatique sur la condition humaine, sur l'attrait exercé par le pouvoir et la jouissance, sur la tactique militaire et l'asservissement des masses, sur la corruption et l'égoïsme, sur la volonté de puissance ou sur le gouvernement des humains. Il nous indique, d'une certaine façon, tout ce que nous devrions éviter de faire pour réaliser un monde plus juste et plus humain.

Cet homme prétendait avoir la fortune et les dieux de son bord. Il est plus facile de croire qu'il a profité d'une chance extraordinaire de se rendre jusqu'à cinquante-six ans, sans se faire massacrer au combat, sans succomber à la maladie, sans se faire égorger par ses si nombreux adversaires et ennemis féroces. Là est sa plus grande force, la croyance ferme, inébranlable, en son destin, croyance assez forte pour le tirer vers le haut, toutes les fois qu'il aurait pu facilement se retrouver broyé par ses propres décisions et celles du monde dans lequel il a vécu cruellement, égoïstement, avec persévérance, obstination et certainement, quelque chose comme une sorte de «bol» inouï (5).

(1) Peinture de Lionel-Noël Royer, 1889, Vercingétorix dépose les armes devant Jules César après le siège d'Alésia, en France, en l'an 52 av. J.-C.

(2) Période républicaine : de 529 av. J.-C. à 27 av. J.-C.

(3) Du latin, dictateur.

(4) Caius Sallustus Criptus, écrivain romain, homme politique et militaire, ami de César, 86 av. J.-C. à 35 av. J.-C.

(5) Max Gallo, César Imperator, Paris, XO éditions, 2003, 453 pages.

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