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29/10/2016 10:17 EDT | Actualisé 29/10/2016 10:17 EDT

Des moins et des mieux nantis

Que dirait Nietzsche s'il s'abonnait, pour un temps limité (nous lui souhaitons), à la vue ou à la lecture de nos nombreux médias?

Lisant et relisant des choses sur Nietzsche ce matin pour mon cours de deuxième année, je me questionnais en abordant le thème «Nietzsche aujourd'hui». Je concède que ce n'est jamais tout à fait sans risque de plaquer la réflexion exercée par un philosophe d'une autre époque, sur celle qui est maintenant la nôtre. Ceci étant admis, les analogies se révèlent tout de même souvent fécondes. La réflexion du solitaire de Sils-Maria sur la culture de son temps s'appuyait sur ses travaux de philologue sur la culture grecque classique. Il concluait qu'avec la venue de la dialectique et de la morale socratiques, une césure venait dorénavant distinguer la présence de l'ancien équilibre entre les aspects apolliniens et dionysiaques, inhérents aux Tragiques et à nombre de penseurs présocratiques, tel Héraclite.

Une culture décadente émergeait ainsi, en privilégiant la transcendance, les valeurs «universelles», la pensée logico-rationnelle et la morale axée sur un renoncement au corps, au plaisir et à la sensibilité. Ce qui contribua à l'édification, au XIXe siècle, de la civilisation mortifère du «ressentiment» et du «petit homme», craintif et méprisant face au corps et son expérience multiforme. Une culture négative, craintive, morne et tyrannisée par ses peurs, ses corsets moraux et ses conformismes étouffants.

Que dirait Nietzsche s'il s'abonnait, pour un temps limité (nous lui souhaitons), à la vue ou à la lecture de nos nombreux médias?

Bien entendu, il y verrait toutes ces guerres et ces conflits, les crimes de tout acabit, les accidents de trains, d'autos ou de pédalos, les tricheries et promesses non tenues de nos élus... Mais il serait confronté à tout un univers de plaintes, de critiques dues et indues, de poursuites et d'accusations et il faut bien l'avouer, d'un Québec qui défend à satiété les autistes, les transgenres, les mal-hospitalisés, les abusés du sexe, de la police, de leurs employeurs, de leurs parents, de leurs maris et femmes et parfois même, de leurs propres progénitures. Le Québec croule actuellement sous cette logorrhée de la plainte, de la défense des personnes fragiles, des minorités et aussi des minorités des minorités. Nous dépensons des fortunes pour intégrer à l'école les TDH, les dysphasiques, les mal voyants ou malentendants, les mal décidés... Partout, on accuse, on demande, on s'indigne, on refuse, on dénonce, on attaque, et on grogne. Et nos «artistes» et personnalités publiques, à l'unisson, y donnent évidemment le ton. Personnellement, je n'ai rien contre la défense et l'aide à toutes les fragilités humaines. Il faut justice rendre et célébrer.

D'eux aussi, que nous qualifions d'élite, nous avons besoin pour enrichir, éclairer et alimenter le monde actuel...

Par contre, que faisons-nous avec force, grandeur, intelligence, bravoure, témérité et confiance, pour notre avenir, pour nos enfants forts, intelligents, intéressés, pour nos créateurs, nos idéateurs, nos poètes, nos penseurs, nos scientifiques et nos entrepreneurs?

Si je me fie à ce que je vois dans nos écoles, dans nos cégeps et même dans nos universités, il y a de quoi s'ahurir et se questionner. Au cégep, par exemple, quel est le discours dominant? Globalement, c'est celui de la défense des moins nantis sous toutes ses formes. Qu'avons-nous à offrir aux autres, d'abord au niveau du discours, de la place symbolique qu'ils occupent dans notre imaginaire, dans notre questionnement et dans nos multiples projets?

Notre société, à force de n'en avoir que pour ceux que naguère nous oubliions, finit par faire le contraire, pour ceux qui sont à l'autre bout du spectre de la condition humaine. C'est navrant! Un exemple simple : il y a quelques années, une collègue demandait à la directrice d'alors, la possibilité d'organiser son horaire afin de terminer son doctorat. Et celle-ci de lui répondre, qu'un tel diplôme n'était pas nécessaire pour enseigner au niveau collégial! Même le mot «élite» semble pestiféré, méprisé par la bien-pensance actuelle, assise confortablement sur la bonne conscience de la défense des moins privilégiés.

D'eux aussi, que nous qualifions d'élite, nous avons besoin pour enrichir, éclairer et alimenter le monde actuel et celui de très bientôt. Prière de lancer vos tomates dans le bac de récupération situé à la porte de la classe. Je récolterai le tout pour faire une délicieuse sauce à l'italienne!

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