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09/11/2013 09:44 EST | Actualisé 09/01/2014 05:12 EST

Denis Diderot : le plaisir de penser, d'écrire et de partager (2/3)

Dans un premier blogue, nous avons présenté Denis Diderot dans son contexte familial et décrit certaines amitiés et liens significatifs de son existence. Dans la seconde partie, nous parlerons d'un Diderot plus intime et de son œuvre ultime : l'Encyclopédie.

De l'amour et de quelques démons

De sa propre confession, Denis Diderot a été l'homme des amours multiples. Malgré ses longues absences et ses impiétés conjugales, il a avoué avoir toujours aimé et aussi être très attaché à sa femme Anne-Toinette Champion, à qui il a assuré une vie, ainsi qu'à leur fille Marie-Angélique, et un avenir plus que confortables.

Sans conteste, son grand amour, son âme sœur, celle à qui il a écrit des centaines de lettres et avec qui il a passé tant d'agréables et tendres moments, a été Louise-Henriette, dite Sophie Volland, qu'il rencontre à Paris chez sa mère en 1755. Il lui sera attaché de cœur jusqu'à sa mort, survenue quelques mois avant la sienne, le vingt-deux février 1784. L'Encyclopédiste a également eu quelque sentiment érotique et amoureux pour ses deux sœurs, Marie-Jeanne et la préférée de Sophie, Charlotte.

Diderot a éprouvé un coup de foudre et un long coup de cœur pour l'ex-maîtresse de Damilaville, Jeanne de Maux, avec laquelle il entretiendra une relation d'amitié durant plus de vingt ans.

De l'Encyclopédie

Denis Diderot, en dépit d'une croyance très répandue, n'est pas l'initiateur de l'idée de l'Encyclopédie. En Grande-Bretagne et en Allemagne, notamment, des projets semblables avaient déjà été proposés ou développés. Avant la Révolution et les démarches militantes de Beaumarchais, le droit d'auteur n'existait pas en France. C'est pourquoi l'éditeur-libraire Le Breton et ses associés obtiennent du chancelier d'Aguesseau, lequel contrôle la Librairie et donc la censure, le privilège d'édition pour la traduction et l'adaptation du Dictionnaire universel des arts et des sciences des auteurs anglais Chambers et Harris, le 21 février 1746. Ce projet colossal est confié à l'abbé de Malves, un jeune scientifique de trente-cinq ans, professeur au Collège de France et membre de l'Académie royale des sciences, ainsi qu'à ses deux associés, Denis Diderot et Jean le Rond D'Alembert.

Dès le 3 août 1747, Malves quitte le vaisseau que conduiront alors ses deux comparses, Diderot et d'Alembert, avant que Denis ne le fasse en solitaire, à partir de 1758, et cela jusqu'à la publication du dernier tome et des ultimes planches en 1772.

Il s'agit d'une entreprise titanesque, impliquant plus de mille auteurs et contributeurs, des efforts indicibles pour déjouer la censure et la mouche de la police du roi, l'obtention des souscriptions et l'intervention des bailleurs de fonds, comme celle du très précieux Louis de Jaucourt. Diderot s'est débattu sans relâche pour se faire rémunérer correctement par les libraires, pour relire, réécrire et corriger les milliers de versions des textes, sans oublier la sagacité nécessaire à le protéger des risques de délation, de prison, de procès ou même de mort, qui le menaçaient presque quotidiennement.

Diderot a transformé le projet initial de traduction-adaptation afin d'en réaliser une œuvre inédite de synthèse de toutes les sciences, savoirs et techniques de cette époque. Il avait raison de penser que cet immense ouvrage contribuerait à édifier l'esprit rationnel et scientifique, afin de faire reculer l'obscurantisme religieux et l'absolutisme monarchique. La révolution grondait sous le sol fragile de l'Hexagone et l'esprit des philosophes hâtait la venue de la terrible déflagration.

Des autres écrits de Diderot

Il n'est pas exagéré de soutenir que, de son vivant, une large portion de ses œuvres majeures est restée non publiée, partiellement publiée ou publiée de façon anonyme ou non approuvée par leur auteur.

Après la publication, pourtant discrète et anonyme, de la Promenade du sceptique et de Les bijoux indiscrets, Diderot est forcé de promettre au censeur d'Aguesseau de ne plus faire œuvre de subversion. Pourtant, le 23 juillet 1749, ce même censeur ordonne au terrible chef de police Berryer de mettre Diderot aux arrêts à Vincennes. Il sera libéré plus de trois mois plus tard, le 21 octobre, jurant alors à ses geôliers de se tenir coi.

Malesherbes, beaucoup plus ouvert, mais néanmoins prisonnier de ses fonctions de remplaçant de d'Aguesseau, l'autorise à publier, en 1751, sa fameuse Lettre sur les aveugles. En 1753, paraitra anonymement son De l'interprétation de la nature, lequel promeut l'esprit scientifique et plus discrètement, le matérialisme.

Melchior Grimm entretient la publication de la Correspondance littéraire. Avec le Mercure de France, ils publieront un certain nombre de textes de Diderot, généralement de manière anonyme, bien que souvent démasqués et suffisamment novateurs pour susciter la grogne nuisible du clergé et de la noblesse attachée au roi.

Diderot a écrit deux pièces de théâtre, Le fils naturel et Le père de famille. Ces deux pièces seront publiées et jouées à Paris avec un certain succès.

À la suite de l'affaire Damiens(1), la censure et la répression prennent des proportions alarmantes pour les écrivains comme Diderot. Même le privilège de publication de l'Encyclopédie est révoqué, ce qui contraint Denis et ses collaborateurs de poursuivre l'entreprise dans la clandestinité. De plus, deux nobles et amis de l'Encyclopédie, de Denis et des philosophes, le baron d'Holbach et monsieur d'Helvétius, publient, sans signer leurs œuvres bien sûr, deux brûlots antimonarchique et antireligieux. La panique s'empare de la classe dirigeante. La colère, la peur et la frustration commencent à poindre ici et là dans cette vieille monarchie fatiguée.

Denis s'attèle à des ouvrages sur lesquels il travaillera jusqu'à sa mort ou presque. Par exemple La religieuse, débuté en 1760, ne sera publié en totalité qu'en 1796. Il se jette également, en 1760, sur son Jacques le fataliste, qui ne le sera aussi qu'en 1796. Quant au célèbre Le neveu de Rameau, amorcé en 1761, il ne connaitra sa première publication, en allemand, qu'en 1805.

De courts textes, tels que La promenade du sceptique et De la suffisance de la religion naturelle, seront respectivement publiés en 1830 et 1770. Il aidera son ami Raynal à refondre son Histoire des deux Indes et y intercalera plusieurs petits textes corrosifs, à partir de 1772.

Il publiera de même quatre contes sur l'amour et le mariage dans la Correspondance littéraire : Madame de La Carlière et Ceci n'est pas un conte en 1772, Les deux amis de Bourbonne, en 1770 et, finalement, L'oiseau blanc en 1777. Certains écrits seront donnés à la Correspondance littéraire comme la Réfutation d'Helvétius ou le Supplément au voyage de Bougainville ou encore Le rêve de d'Alembert. Avant son décès seront publiés, notamment, L'entretien d'un philosophe avec la Maréchale, Vie de Sénèque ou Essai sur les règnes de Claude et de Néron...

(1) Sigaut, Marion, «Mourir à l'ombre des lumières, l'Énigme Damiens», Paris, Éditions Jacqueline Chambon, 2010.

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