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03/03/2018 08:00 EST | Actualisé 03/03/2018 08:00 EST

La grande valse occidentale au bord de l’Histoire

La danse change. Les danseurs étoiles s’éteignent. Reste l’Histoire. L’Histoire n’est que le mouvement de la danse.

Getty Images

La soirée se fait vieille. Lové au creux de Lumières désormais tamisées, l'homo sapiens occidental danse une dernière grande valse au bord de l'Histoire... et s'apprête à y tomber. Dans chaque mouvement, des millénaires d'expérience qui le guident.

Le pourtour de la méditerranée, premier terrain de jeu de notre civilisation, voit les organes vitaux du corps dansant de l'Occident prendre vie : humanisme, idéal républicain, christianisme et expansion territoriale supportée par une suprématie technologique. Dans le temps long, fort de ses armes, l'homo occidental deviendra un danseur étoile.

Voilà bientôt 2000 ans, Jésus prophétisait la fin du monde : peut-on lui en vouloir ? Son monde s'apprête à changer radicalement. L'autorité centrale romaine disparait en 476 et oblige les populations à se redéfinir sur le territoire, la partie ouest de l'Empire se désintégrant sous l'impulsion des migrations barbares. Cette refonte civilisationnelle est le creuset de notre monde. Sur les 1000 ans que dure un Moyen Âge viscéralement chrétien, la guerre est perpétuelle, mais confinée au continent européen outre quelques mésaventures en terre sainte qui réveillent au passage des instincts impérialistes. Le cavalier a choisi de tourner dans le sens des aiguilles d'une montre.

Ironiquement, la prise de Constantinople par les Turcs (1453) oblige les Européens à s'ouvrir à de nouveaux horizons. Le célébrissime Colomb échoue dans sa mission de trouver une route maritime vers les richesses de l'Inde. En revanche, il redécouvre l'Amérique. Mu par ses principes fondateurs, l'homo occidental s'impose au Nouveau Monde. Parallèlement, il renoue avec l'héritage gréco-romain, c'est la Renaissance. Le tempo s'accélère d'un coup. De vieilles idées sont remises au goût du jour, propulsées par l'imprimerie de Gutenberg... Surviennent alors des changements majeurs : réforme religieuse, révolution française, révolution industrielle. On exalte l'individu, on clame haut et fort des principes universels : le droit au bonheur, à la propriété aussi. La modernité paraît radieuse. La valse est belle. Le problème, c'est qu'elle tourne sur elle-même.

Le problème, c'est qu'elle tourne sur elle-même.

Au XXe siècle, l'Occident s'avachit deux bonnes fois (1914-18; 1939-45). Entrelacé, il perd l'équilibre, les yeux écarquillés, la foule occidentalisée retient son souffle, mais il retombe sur ses pieds. Après quoi les indépendances hurlent, tandis que l'Occident, lui, se déhanche au rythme de la Guerre froide. Quand son dernier grand cavalier soviétique l'abandonne en 1991, il se cherche un nouveau partenaire. Il devra aller au bal seul, pour l'instant.

Pour l'instant, parce qu'au tournant du troisième millénaire, le choc post-11 septembre est brutal. Dans un monde qui se multipolarise, une partie de la planète non occidentale occidentalisée choisit ses propres chemins, sans nous. Nos outils millénaires sont devenus obsolètes. L'humanisme, dépassé par la dictature des algorithmes, fait pâle figure devant la montée de l'extrémisme religieux. Le christianisme et ses Écritures ne peuvent plus répondre adéquatement aux questions existentielles inédites du XXIe siècle. La démocratie perd du terrain devant des régimes plus autoritaires. Notre expansion territoriale paraît saturée. Mince consolation peut-être : le capitalisme, ce système qui ne voulait pas mourir, survivra à l'Occident. Peut-être vivrons-nous organiquement à travers lui, devenant ainsi un symbole de la gloire passée occidentale ?

La danse change. Les danseurs étoiles s'éteignent. Reste l'Histoire. L'Histoire n'est que le mouvement de la danse.

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