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14/03/2013 09:47 EDT | Actualisé 14/05/2013 05:12 EDT

La papamobile: la voiture sponsorisée du Vatican depuis 83 ans

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On imagine mal le pape sponsorisé par de vils marchands. On imagine encore plus mal le souverain pontife portant haut les couleurs d'une marque, et se produisant, façon red carpet avec des vêtements prêtés l'espace d'une soirée par un grand couturier.

Même si quelques uns d'entre eux, de Castelbajac à Prada, ont tenté de revisiter le traditionnel costume vaticanesque. En vain, du moins sans que le Vatican ne confirme jamais leurs efforts. En revanche, la voiture papale, la fameuse papamobile est, depuis 83 ans, un cadeau offert au Saint Père par une marque automobile on ne peut plus terrestre.

Sans que personne ne songe à s'en offusquer. Une vieille habitude, devenue tradition, instituée par un Français: André Citroën. On ne doit pas seulement au fondateur de la marque d'avoir révolutionné l'automobile, il a également réussit quelques coups publicitaires de génie. Dont la Lictoria qu'il offrit à Pie XI en 1930. D'autres, avant les chevrons, avaient bien flairés la bonne affaire: la visibilité maximum offerte à ce placement de produit hors du commun. Mais plusieurs marques de l'époque se sont cassées les dents, et le pape du moment préférait toujours à leurs belles autos un carrosse plus traditionnel tiré par de vrais chevaux.

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Jusqu'à ce que l'industriel français eut l'idée de concevoir une auto rien que pour lui. Sur la base d'un modèle existant, il fit installer à l'arrière de la limousine un véritable trône en lieu et place de la banquette. Pour le différencier un peu plus encore de l'auto du vulgum pecus, toutes les parties chromées de la Lictoria furent dorées à l'or fin. Affaire conclue, Pie XI posa son pied chaussé de rouge dans le XXème siècle mécanisé et dans la Citroën rutilante. L'auto et son très unique passager fut photographiée dans les journaux du monde entier, et filmée pour toutes les actualités Pathé. Les retombées firent la gloire des automobiles Citroën, mais pas sa fortune. La maison, trop endettée, fut vendue à Michelin dès 1934. André Citroën pouvait se coiffer de multiples casquettes, mais jamais de celle du gestionnaire rigoureux. Peut-être que la nouvelle pub des chevrons, un poil provocatrice est un hommage déguisé à l'idée géniale de son créateur. On y voit la célèbre cheminée du Vatican émettant de la fumée noire. Après l'intervention d'un technicien Citroën, la fumée devient blanche. Manière parodique de rappeler les efforts de la marque pour filtrer les fumées toxiques de ses autos.

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Evidemment, l'auto-cadeau vaticanesque ne resta pas longtemps le seul apanage de Citroën. D'autant que, dans les années 30 comme aujourd'hui, l'adage voulait qu'au foot comme en matière d'automobiles, les Allemands gagnent toujours à la fin. Et rapidement, Mercedes reprit la balle au bond et conçu, toujours pour Pie XI, une Nurburg 460 d'allure on ne peut plus massive. L'auto servit jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Mais l'image de Mercedes spécialiste de la papamobile va se prolonger bien au-delà. On pourrait même accoler au constructeur de Stuttgart, le blason de fournisseur officiel du Vatican, tellement ses autos ont transporté de souverains pontifs. À de notables exceptions.

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La Cadillac de Dallas et la Fiat de l'attentat

La première parenthèse dans cette fourniture d'autos étoilées s'est évidemment déroulée durant la deuxième guerre mondiale et le pontificat de Pie XII. Rangé officiellement du côté des alliés, il se vit offrir une gigantesque Cadillac Fleetwood 75. Une auto qui donnait aux cortèges pontificaux une allure plutôt hollywoodienne. Mais dès les années 50, Mercedes reprenait droit de citer au Vatican et Jean XXIII ne se déplaçait qu'en 300 Landaulet. Mais son successeur Paul VI, épris de modernité, choisi en 1964 un modèle américain: une Lincoln Continental. Un choix curieux, puisque cette auto était assez proche de celle dans laquelle John F. Kennedy avait trouvé la mort un an auparavant à Dallas. Mais on ne transforme pas facilement une tradition bien ancrée.

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© DR

Et lorsque Jean-Paul devient pape, il en revient aux vieilles amours allemandes. Et c'est en 4x4 Mercedes entièrement décapotée qu'il salue les foules. Sauf le 13 mai 1981. C'est un autre 4x4 qui l'emporte dans les rues de Rome jour là. Un Fiat Campagnola toujours découvert. Ce qui permettra à Ali Agca de tirer à trois reprises sur le pape. Dès lors, plus aucun souverain pontife ne se déplacera en cabriolet. De marque Mercedes la plupart du temps, il sera dorénavant vitré et blindé. Une logique reconduite par Benoît XVI, allemand lui aussi. Et malgré une incursion de Renault dans le cercle très fermé des garages du Vatican, avec un Kangoo électrique, c'est en Mercedes Classe G que le pape démissionnaire a quitté le Vatican. Et c'est sans doute dans le même équipage que François 1er devrait le regagner.

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